Lors de la restauration de l'Agneau Mystique dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand, des repeints datant du XVIᵉ siècle ont été découverts. Les figures de Jean-Baptiste, de Marie et de la Divinité avaient alors reçu une nouvelle couche de peinture. À cette époque, les dommages étaient simplement recouverts par de la peinture, au lieu d’être restaurés. Ces couches supplémentaires ont maintenant été retirées.
Des repeints datant du XVIᵉ siècle découverts lors de la restauration de l'Agneau mystique à Gand
L’Adoration de l'Agneau mystique (en néerlandais : Het Lam Gods, littéralement L'Agneau de Dieu), réalisé par les frères Hubert et Jan van Eyck, est un polyptyque peint sur bois qui a été achevé en 1432.
La restauration des différents panneaux de ce chef-d'œuvre de la peinture des primitifs flamands est en cours depuis 2012. Le public peut suivre le déroulement de la rénovation en temps réel dans l'atelier ouvert du musée des Beaux-Arts de Gand.
Depuis le mois de mai de cette année, les sept panneaux supérieurs et les sept derniers panneaux, qui représentent le monde céleste, ont été restaurés.
Et cette restauration a réservé des nouvelles surprises. Au cours de la troisième et dernière phase du projet de restauration, qui s'achèvera en 2026, d'importants repeints du XVIe siècle ont été découverts sur les panneaux supérieurs du retable ouvert, ces repeints n'ont pas été réalisés par Van Eyck lui-même. "Cela n'a rien d'étrange en soi", explique Camille De Clercq, responsable de la conservation et de la restauration à l'Institut royal du patrimoine artistique (IRPA).
"Ce que nous savons maintenant avec certitude, c'est que les repeints datent du XVIe siècle et que nous avons donc été autorisés à les enlever. Car il faut savoir que même les frères Van Eyck peignaient parfois sur leurs propres œuvres. Lorsque nous enlevons des surpeints, nous devons être sûrs à 100 % qu'ils ont été ajoutés après coup et qu'il ne s'agit pas d'une autre touche appliquée ultérieurement par l'artiste. Nous n’aimerions pas devoir vivre cela".
"Après nettoyage, la technique exceptionnelle des frères Van Eyck brille à nouveau de tous ses feux"
Sur les figures d'Adam et Ève, on a trouvé sensiblement plus de feuilles d'or et d'argent sur la couche inférieure, celle d'origine. "C'est frappant, car cela n'avait pas été constaté lors de la restauration précédente des panneaux inférieurs, qui représentent le terrestre. Pour le céleste, les frères Van Eyck ont donc utilisé des matériaux beaucoup plus riches. Cela donne certainement une dimension supplémentaire à la peinture".
A présent que l'équipe de restaurateurs est certaine que les repeints n'ont pas été réalisés par Van Eyck lui-même, elle peut enlèver les couches de peinture ajoutées. Quand on voit les deux versions côte à côte, on remarque une grande différence. Ces nuances sont si fines et si particulières à la palette de Van Eyck. Les couleurs sont également beaucoup plus intenses. Ce n'est pas pour rien que les frères Van Eyck ont été tant loués dans le monde entier. C'est clairement un patrimoine mondial".
L'Institut royal du patrimoine artistique (IRPA), en charge de la restauration, détaille que ces repeints sont surtout présents sur le drapé des habits de Jean-Baptiste, de Marie et de la divinité. Les repeints sont déjà enlevés pour la moitié, "ce qui rend à nouveau visibles les couleurs originelles dans toute leur vigueur et remet les figures centrales en harmonie avec le reste du retable".
Les panneaux d'Adam et Eve semblent moins recouverts de repeints et présentent surtout des couches superposées de vernis et des retouches. Après nettoyage, la technique exceptionnelle des frères Van Eyck brille à nouveau de tous ses feux. Les panneaux des anges musiciens et chanteurs seront aussi soigneusement nettoyés, ce qui permettra d'admirer des détails très précis et des techniques complexes, tel que l'usage de feuilles d'or et d'argent.
Cette phase-ci de la restauration, centrée sur les panneaux supérieurs du retable, clôt ce projet de restauration au long cours. A son terme, les panneaux seront revernis et les dégâts à la peinture originelle seront retouchés avec des matériaux réversibles.
L'Adoration de l'Agneau mystique, une des oeuvres les plus importantes du XVe siècle, se rapprochera ainsi au plus près de sa gloire d'antan. Le projet a été financé par divers partenaires, tant flamands qu'internationaux, et exécuté par une équipe de spécialistes faisant usage des techniques scientifiques les plus poussées.
Les repeints désignent des couches de peinture ajoutées après l'exécution initiale d'une œuvre, que ce soit dans un cadre artistique ou dans des travaux de restauration. Ces repeints peuvent être intentionnels ou accidentels et sont fréquents dans la conservation des peintures, des fresques et même des sculptures polychromes. Les repeints constituent donc un aspect fascinant mais complexe dans l’étude des œuvres d’art, mêlant histoire, esthétique et éthique de la conservation.

