La jeune entreprise Gitoo projette de louer des logements privés d’étudiants (plus communément appelés "kots" en Belgique) à des touristes ou des associations pendant les mois d’été. Une majorité de ces logements ne sont alors pas occupés. L’entreprise veut ainsi remédier au problème de logements vides et promet une rémunération tant aux étudiants qu’aux propriétaires des logements. La ville de Gand (Flandre orientale) émet des réserves, mais ne veut pas encore imposer des règles plus strictes. Gitoo se concentrera d’abord sur Gand, mais projette déjà d’étendre son initiative à d’autres villes, si elle est concluante.
Une start-up gantoise louera aux touristes des kots d'étudiants vides pendant les vacances d'été
"Nous nous sommes donné la mission de remplir les kots d’étudiants vides pendant l’été", expliquent Thomas De Baerdemaeker et Gianni Vermeire, les deux étudiants-entrepreneurs qui ont lancé Gitoo. La start-up constate en effet que 80% des kots ne sont que rarement ou jamais occupés pendant l’été.
Leur idée est de louer les chambres d’étudiants pendant les mois de juillet et août. Gitoo se chargera de l’administration et du nettoyage des logements. Le propriétaire et l’étudiant qui loue un kot à l’année y gagneront aussi quelque chose. Selon les deux entrepreneurs, 96% des étudiants qui ont un kot doivent le louer pendant 12 mois, même s’ils n’y sont pas l’été. Gitoo leur permettra de débourser un peu moins en juillet et août.
De 50 à 150 euros pour une chambre
De Baerdemaeker et Vermeire comptent sur une période de location de minimum deux semaines. "Nous verserons alors environ 70% du prix de location d’un kot pour cette période à l’étudiant et 30% au propriétaire du logement. Gitoo gagne des sous grâce au montant que nous demandons aux touristes. Nous visons des prix allant de 50 à 150 euros la nuit, en fonction de l’endroit où se trouve le logement et de sa taille".
"Nous sommes en train de préparer notre propre plateforme de réservation, mais dans un premier temps nous voulons offrir des chambres via Airbnb et Booking.com. Nous commençons à Gand, mais projetons de nous étendre ensuite au reste de la Flandre et à Bruxelles. Le but est de louer les premières chambres dès cet été. A terme, c’est l’Europe qui s’ouvre à notre projet".
Pas limité aux touristes
Gitoo vise avant tout, mais pas exclusivement, les touristes. "Des clubs de sport, des associations et des étudiants internationaux pourront aussi s’adresser à nous quand ils participent à des tournois, des camps, des formations ou des stages d’été". Selon la start-up, le potentiel est grand. “Il y a environ 30.000 kots à Gand, qui reçoit annuellement la visite de 1,3 million de touristes à petit budget. Ils ne peuvent payer qu’un prix modéré pour un logement".
L’entreprise se concentrera sur les kots de particuliers, pas sur les chambres dans les grands foyers d’étudiants. "Nous voulons commencer modestement. Il y a des personnes intéressées, mais nous ne nous attendons pas à une bousculade. Les personnes candidates peuvent se faire connaître. En février nous commencerons à visiter les chambres qui pourraient être mises à disposition de Gitoo. Mais d’abord il y a les examens, c’est aussi très important", plaisante le duo de jeunes entrepreneurs. Thomas De Baerdemaeker et Gianni Vermeire se sont bien préparés pour mener à bien leur projet et ont pris des conseils juridiques. Ils font leurs premiers pas en tant qu’entrepreneurs sous l’aile de The Company van Gentrepreneur, une organisation ancrée au Cirque d’hiver de Gand et qui aide les étudiants-entrepreneurs à démarrer.
"Il faut que le propriétaire sous d’accord"
"Les étudiants qui kottent et les propriétaires peuvent sous-louer à certaines conditions", explique Joy Vanstichele de la Plateforme flamande des locataires. "Les étudiants qui louent à l’année doivent être d’accord et leur propriétaire doit donner son accord à l’avance et par écrit. Il n’est pas permis de sous-louer si le propriétaire n’est pas au courant".
L’Union des entrepreneurs indépendants Unizo salue l’initiative des deux jeunes Gantois. "Le gâteau est assez grand pendant l’été", estime Steven Van Vooren, qui exploite deux hôtels à Gand. "Il y a suffisamment de touristes. Je ne crains pas de perdre des clients. Dans le passé, nous étions réticents par rapport à d’autres plateformes, comme Airbnb, mais leur effet est resté limité". Pendant les Fêtes de Gand (photo), par exemple, la demande est plus grande que l’offre en logements.
La ville de Gand pourrait imposer des règles supplémentaires, mais ne veut pas encore le faire. "Nous avons des réserves. Que faire d’éventuelles nuisances causées par des étudiants qui resteront dans leur kot pendant l’été ? Quelle influence le système proposé par Gitoo aura-t-il sur le prix des kots ?", s’interroge l’échevine écologiste Tine Heyse.
Gitoo constate que le règlement en matière de sécurité incendie est plus sévère pour les logements d’étudiants que dans les logements touristiques courants. "Le contenu des kots est aussi assuré, afin que les étudiants et les propriétaires soient protégés".
Pendant les mois d’été, De Baerdemaeker et Vermeire seront tout le temps de permanence pour limiter les nuisances, mais aussi pour nettoyer les kots. “Quand les choses commenceront à tourner bien, nous avons l’intention d’engager du personnel étudiant. Ce qui donnera encore davantage de valeur à notre projet”, concluaient les deux jeunes entrepreneurs.
