"Il n'y a jamais eu d'intention de fraude". C'est ce qu'a affirmé ce mardi l'ancien président du CPAS d'Anderlecht, Mustapha Akouz (PS), devant la commission des Affaires sociales de la Chambre. Il réagissait ainsi au rapport du magazine d’investigation Pano (VRT), qui avait révélé que le CPAS d'Anderlecht octroyait parfois indûment des allocations de subsistance et que le président intervenait dans les dossiers.
L'ex-président du CPAS d’Anderlecht reconnaît des erreurs dues à la pression de travail mais conteste qu’il y ait eu fraude
Mis en cause à la suite d'un reportage de la VRT, le mandataire PS s'est longuement expliqué devant la commission des Affaires sociales de la Chambre. "Nous devons reconnaître qu'il y a eu des défaillances de la part du CPAS", a-t-il expliqué avant de resituer l'institution dans le paysage belge: Anderlecht est la 3e commune la plus pauvre de Belgique, son CPAS reçoit 171.000 demandes et s'occupe de 20.000 usagers par an. La part de revenus d'intégration sociale dans la population des 18-64 ans atteint 8,9% alors que le CPAS peine à recruter des assistants sociaux.
L'homme est accusé d'avoir favorisé par des interventions personnelles le traitement de certains dossiers au détriment d'autres. Plusieurs députés ont assuré qu'ils avaient reçu des témoignages en attestant. Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a cité plusieurs cas individuels. "Saviez-vous que l'on appelait le 3e étage du CPAS où se trouve votre bureau le couloir des miracles?", a-t-il lancé.
"A aucun moment, il n'y a eu de passe-droit, je n'ai jamais influencé une décision individuelle, il n'y a jamais eu de clientélisme", a affirmé Mustapha Akouz. Conformément à la loi, le président a certes reçu des gens mais toujours en présence d'un collaborateur et de l'assistant social en charge du dossier. Il a également accordé des interventions d'urgence, comme la loi l'y autorise, mais le règlement interne d'Anderlecht impose que celles-ci soient ratifiées par les instances compétentes et les limite à 250 euros par ménage. En 6 ans, cela représente à peine 12.500 euros.
De nombreuses libertés avec la vérité
A plusieurs reprises dans ses réponses, Mustapha Akouz semble avoir pris quelques libertés avec la vérité. Ainsi, l'ancien président du CPAS a déclaré qu'il n'était ni possible ni souhaitable que le CPAS vérifie si les membres de la rédaction de Pano qui ont demandé un revenu d'intégration résidaient bien à Anderlecht. L'une d'entre elles "a insisté sur le fait qu'elle vivait de manière nomade", a déclaré M. Akouz. Or ce n'est pas exact : les deux membres de la rédaction qui ont approché le CPAS d'Anderlecht en caméra cachée ont donné une adresse résidentielle concrète.
"Dans les deux cas, les allocations de subsistance ont été bloquées après plusieurs mois", a ajouté Akouz, et les montants récupérés. "Le contrôle de l'attribution des allocations de subsistance a fonctionné ", a-t-il conclu. Or ce n'est pas vrai non plus : ce sont nos chefs de rédaction qui ont eux-mêmes bloqué les dossiers des membres de la rédaction et ont remboursé les montants. Dans l'un des cas, le salaire de subsistance était encore déposé 2 semaines après que nos rédacteurs aient arrêté la piste et remboursé les montants qu'il avait précédemment perçus.
En outre, l'argument d'Akouz s'écarte des données que nos rédacteurs ont pu consulter. Par exemple, des questions ont été soulevées la semaine dernière au sujet de l'aide aux factures d'énergie payée par le CPAS d'Anderlecht à une femme décédée et à 4 sans-abri, entre autres.
"Le décès est survenu après la décision du CPAS", a déclaré M. Akouz. Cela non plus ne correspond pas aux données que notre rédaction a examinées. D'autre part, M. Akouz a déclaré qu'aucune aide à l'énergie n'était accordée aux personnes utilisant le CPAS comme adresse de référence, ce qui est souvent le cas des sans-abri. Cette affirmation ne correspond pas non plus aux quatre décisions que nos rédacteurs ont pu examiner. Auparavant, le CPAS avait refusé de répondre aux questions de la rédaction sur l'aide à l'énergie.
En outre, les réponses d'Akouz diffèrent sur certains points des témoignages de 8 assistants sociaux avec lesquels notre rédaction s'est entretenue. Selon eux, par exemple, aucun assistant social n'était présent lorsqu'Akouz recevait les demandeurs d'aide à son bureau.
De nombreuses questions ont été posées. Plusieurs députés ont dit rester sur leur faim. "Vous êtes dans le déni, on ne pourra pas s'arrêter là, il faudra une commission spéciale, une commission d'enquête", estime le président de la commission, Denis Ducarme (MR).
