Lorsqu’on se promène à Bruxelles on trouve encore aujourd’hui de nombreuses rues sans issue ou en cul-de-sac, mais est-ce là une caractéristique de Bruxelles ? C'est le sujet que nous propose de découvrir l’hebdomadaire BRUZZ dans sa rubrique Big City.
Pourquoi les impasses ou rues sans issue sont-elles caractéristiques de Bruxelles ?
Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.
De nombreuses impasses (que l'on nomme gang en néerlandais) s'enchevêtraient jadis dans le tissu des voies urbaines bruxelloises. Ces ruelles étroites et sans issue se comptaient par centaines.
La plupart de ces impasses sont apparues à une époque où Bruxelles connaissait une forte urbanisation. Afin d'utiliser au mieux les terrains constructibles du centre ville, des extensions ont été réalisées derrière les maisons existantes, là où il y avait encore de grands terrains libres. C'est ainsi que de plus en plus de petites ruelles ont vu le jour. En général, on ne pouvait y accéder depuis la rue principale que par un passage étroit.
En 1866, environ 27.000 Bruxellois vivaient dans de telles ruelles (environ 20% de la population de la ville), en 1910, ce chiffre était déjà tombé à 10.600 (environ 5%). Les conditions de vie y étaient souvent insalubres.
Des noms de produits ou de saints
Parce qu'elles étaient un peu à l'écart de l'espace public, ces rues sans issue présentaient aussi certains avantages. On y trouvait parfois des tavernes où l'ambiance pouvait être un peu plus animée, ou encore des lieux où des réunions politiques secrètes avaient lieu. De même, les habitants formaient souvent une petite communauté, où tout le monde se connaissait, vivait et jouait à l'extérieur. Cela créait une forme de contrôle social. Des fêtes de quartier y étaient organisées, et des commerçants s'y établissaient aussi, car ils pouvaient y exposer leurs marchandises de manière visible.
Ces ruelles prenaient parfois le nom des produits qui y étaient vendus, comme le Kantwerkgang (Passage de la Dentelle) ou le Poppengang (Passage des Poupées), ou de saints, c'est au bout de l'impasse Sainte-Pétronille que se trouve le célèbre théâtre de marionnettes de Toone.
Maintien de l’ordre ?
Le caractère quelque peu caché de ces impasses posait un problème aux autorités de la ville, car il n'était pas toujours clair si un tel passage relevait de l'espace public ou du domaine privé, et donc qui était responsable du maintien de l'ordre.
Ce n’était pas la seule raison pour laquelle la ville préférait, à terme, réduire le nombre de ces impasses. En effet, ces passages abritaient souvent une forte densité de population, et les conditions d’hygiène y étaient loin d’être idéales. Lorsque plusieurs épidémies ont éclaté dans le centre-ville, à la fin du XIXᵉ siècle, elles se sont particulièrement propagées dans ces ruelles. Les mauvaises conditions de logement dans le centre ont d’ailleurs été l’une des raisons pour lesquelles, lors du voûtement de la Senne en 1867, on a opté pour de grandes artères centrales, comme à Paris ce qui a entraîné la disparition des ruelles étroites.
Lors de grands chantiers urbains ultérieurs, comme la construction du Palais de Justice ou la réalisation de la jonction ferroviaire Nord-Midi, de nombreux quartiers populaires ont également disparu. Il s’agissait le plus souvent de quartiers pauvres, avec des ruelles étroites et souvent sans issue.
Il ne reste qu'une quarantaine de ces impasses
Lorsque de nouveaux quartiers sociaux ont été construits, le choix s’est plutôt porté sur des immeubles de grande hauteur ou des ensembles résidentiels uniformes, qui étaient plus faciles à organiser. On peut penser, par exemple, au quartier Hellemans près de la place du Jeu de Balle, dans le quartier populaire des Marolles. Enfin de nombreuses impasses ont aussi été détruites dans les années ’70 par les promoteurs immobiliers lors de ce qu’on a appelé la bruxellisation.
Sur les centaines d’impasses autrefois présentes dans le Pentagone bruxellois, il n’en reste plus qu’une quarantaine. Certaines ont perdu leur fonction résidentielle, tandis que d’autres sont devenues des oasis accueillantes, où l’on peut échapper à l’agitation de la ville et faire d’agréables découvertes en tant que passant.
