Aller au contenu principal
Les foires sont aussi des démonstrations de techniques

La culture foraine de Belgique et de France entre au patrimoine de l'humanité

La culture foraine séculaire de Belgique et de France a fait son entrée ce jeudi au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, à la suite d'une décision de l'Unesco. C’est ce qu’a annoncé la Secrétaire d'État bruxelloise au Patrimoine Ans Persoons. Les gouvernements des deux pays voisins ont préparé leur dossier pour l’Unesco pendant 10 ans, en collaboration avec les associations de forains et des universitaires. Une démarche qui vient de porter ses fruits. “Les forains reçoivent enfin une reconnaissance de leur travail et de leur vie de nomades, souvent difficile", se réjouissent les chercheurs du projet d’études Science at the fair de l’Université d’Anvers. Ils rappellent aussi que les kermesses ont été pendant longtemps des lieux de présentation de nouvelles techniques et d’apprentissage pour la population.

Anne François Belga
Publié:

"Grâce à cette reconnaissance, la culture foraine est désormais considérée comme un patrimoine dynamique, vivant et itinérant, et les traditions sociales, culturelles et artistiques des forains seront préservées", a souligné la Secrétaire d’Etat bruxelloise An Persoons. "Plus important encore, cette reconnaissance garantit que les générations futures pourront continuer de s'amuser sur les autos tamponneuses, dans les maisons hantées, sur les grandes roues, dans les luna parks et dans bien d'autres attractions qui sont gravées dans nos mémoires".

La kermesse servait aussi à s'amuser

La demande avait été introduite en 2021 par les deux pays, à l'initiative d'urban.brussels, l'administration bruxelloise en charge du patrimoine. Le 19e comité intergouvernemental pour la protection du patrimoine culturel immatériel, réuni à Asunción (Paraguay), l'a approuvée ce 4 décembre 2024.

En France, la communauté foraine compte plus de 100.000 personnes et 40.000 entreprises. En Belgique, environ 850 entreprises familiales regroupent quelque 7.000 forains. Plus précisément, environ 330 entreprises familiales sont inscrites en Wallonie, 75 à Bruxelles et 440 en Flandre.

Les chercheurs de l’Université d’Anvers trouvent logique que les kermesses belges soient reconnues comme patrimoine culturel immatériel. "Chaque année, quelque 2.000 kermesses sont encore organisées dans notre pays. Elles sont un merveilleux exemple de culture populaire et elles existent depuis le Moyen Age".

Source de connaissance scientifique et technique

Bien que les kermesses existent depuis le Moyen Age, elles ne ressemblaient à l’époque pas du tout à celles que nous connaissons aujourd’hui, souligne Nele Wynants du projet Science at the fair de l’UAntwerpen. "Actuellement, on y voit avant tout des attractions mécaniques, alors que les kermesses aux siècles passés servaient avant tout à apprendre. On y organisait des spectacles de théâtre qui oscillaient entre magie et science, mais aussi divers musées".

Via son projet, Nele Wynants étudie le rôle des kermesses dans la diffusion des sciences : "Au 19e siècle, seule une minorité de citoyens savaient lire. La kermesse annuelle représentait donc une source importante d’information. Elle permettait d’échanger des connaissances".

Nombre de progrès technologiques des 150 dernières années ont d’abord été présentés sur des kermesses. Quelques mois après que Wilhelm Röntgen ait découvert qu’avec l’aide des radiations on peut faire de l’imagerie médicale, le processus était déjà montré sur les kermesses. Ces développements scientifiques étaient présentés par des “physiciens”. Ils utilisaient les découvertes pour présenter des spectacles. La machine à coudre électrique et les premières formes de photographie ont aussi été présentées à des foires.

Les attractions de kermesses faisaient preuve de beaucoup de technique

Les kermesses jouaient aussi un rôle primordial dans les connaissances anatomiques des citoyens. "Dans les musées d’anatomie, les gens pouvaient découvrir le corps humain. Ces musées contenaient des statues de cire représentant le corps humain. Ces dernières étaient aussi utilisées pour les cours de science à l’époque", précisait Wynants.

Les musées d’anatomie avaient un caractère éducatif. "Via les statues de cire, les gens pouvaient par exemple apprendre quels étaient les conséquences sur le corps humain d’un abus d’alcool. L‘évolution du fœtus dans l’utérus de sa mère était aussi un exemple typique de ce que les gens découvraient dans les musées des kermesses".

Une carte postale montrant un musée d'anatomie, installé sur des kermesses

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5