Une quinzaine d'interprètes originaires de Flandre orientale se sont mobilisés ce vendredi matin devant le Palais de justice de Gand. Ils sont en colère contre la justice parce que leurs factures n'ont pas été payées depuis le mois d'août. L'Union professionnelle des traducteurs et interprètes jurés s'est jointe à eux et souhaitait aborder le sujet lors d'une nouvelle concertation avec le service public fédéral Justice qui a eu lieu ce vendredi. Le SPF Justice a promis des mesures d'urgence pour payer les interprètes.
Des interprètes protestent devant le palais de justice de Gand : "Nous n'avons plus été payés depuis l'été"
Vers 8h30, les interprètes se sont postés devant le palais de justice pour manifester leur mécontentement aux visiteurs. "Nous sommes appréciés par les juges, les policiers et ceux pour qui nous traduisons, mais l'autre jour, un collègue m'a dit : « Malheureusement, je ne peux pas acheter du pain avec de l'appréciation", a déploré Jean Mercier, qui s'est fait le porte-parole des interprètes mécontents. "Beaucoup d'entre nous n'ont reçu aucune rémunération ou des 'clopinettes' depuis le mois d'août. J'ai moi-même reçu 36 euros la semaine dernière".
Entretemps, en tant que travailleurs indépendants, ils doivent avancer leur TVA, leur sécurité sociale et leurs frais de déplacement. En Flandre orientale, le problème est spécifique. "Le budget de la justice est épuisé depuis novembre mais nous, en Flandre orientale, sommes donc confrontés depuis août à une nouvelle équipe au bureau d'évaluation, qui doit approuver nos factures. Mais ils font fi des règles décrites dans les arrêtés royaux", constate Jean Mercier, selon qui ses interlocuteurs ne font que suivre les instructions émanant de Bruxelles.
Selon Mercier, certains interprètes quittent déjà la profession, découragés. "Nous ne demandons pas plus d'argent, mais le paiement de nos factures dans les délais et le respect des arrêtés royaux." L'Union professionnelle des traducteurs et interprètes jurés déplore également cette situation, qui s'est également produite ces derniers mois dans le Limbourg, à Bruxelles et à Hal-Vilvorde, notamment. "Ces problèmes s'ajoutent aux retards de paiement importants, voire au gel des paiements des frais de justice, que l'on connaît et qui se font sentir depuis un mois dans tous les arrondissements."
L'association professionnelle se dit solidaire des interprètes et traducteurs judiciaires de Flandre orientale. "Il est inacceptable qu'ils soient maintenant démotivés par la nouvelle approche. Les interprètes et les traducteurs exigent une communication claire sur les nouvelles règles et la fin de l'arbitraire actuel."
Des mesures d'urgence annoncées
L'Union professionnelle des traducteurs et interprètes jurés ainsi que d'autres associations participaient ce vendredi à une concertation structurelle prévue avec des responsables du SPF Justice et des représentants du cabinet du ministre de la Justice. "Le SPF Justice veut introduire toutes sortes de restrictions à la prestation des traducteurs et des interprètes dans les affaires pénales. Il s'agit clairement d'économies. Dans la pratique, ces restrictions sont souvent déjà appliquées, même si elles ne reposent généralement sur aucune base juridique."
"Dans l'attente de réformes structurelles, le SPF Justice prend des mesures d'urgence pour limiter l'impact sur les partenaires externes: nous déployons les ressources disponibles là où le besoin est le plus grand, nous donnons la priorité aux factures des fournisseurs de prestations qui dépendent de nos paiements et nous reportons nos propres besoins internes. Nous en informons également le secteur en toute transparence", réagit l'administration fédérale à la suite de la réunion.
Le SPF Justice attribue le problème actuel au "sous-financement historique du département". Il assure comprendre la situation et souligne l'importance des traducteurs et des interprètes. "En ce qui concerne la situation au bureau de taxation de Gand, nous pouvons dire que 82,8% des états de frais sont payés dans les 30 jours. En moyenne, le délai de paiement est de 16 jours", conclut l'administration.
