Un juge d'instruction anversois est obligé de vivre dans la clandestinité depuis plusieurs semaines suite à des menaces émanant du milieu de la drogue. C'est ce qu'ont révélé les journaux du groupe Mediahuis et le parquet d'Anvers l’a confirmé à VRT NWS. "Nous ne nous sentons plus en sécurité dans notre travail", déclare Philippe Van Linthout de l'Association des juges d'instruction.
Un juge d'instruction anversois vit dans la clandestinité depuis plusieurs semaines suite à des menaces provenant du milieu de la drogue
Depuis plusieurs semaines, un juge d'instruction anversois est obligé de vivre caché dans une "safehouse" (refuge sécurisé). Ce juge aurait reçu de graves menaces de la part du milieu criminel des trafiquants de drogue. C'est la première fois que cela se produit dans notre pays. Auparavant, les magistrats et les collaborateurs du parquet bénéficiaient d'une protection policière.
L'Association des juges d'instruction tire la sonnette d'alarme. "La brutalisation de la criminalité organisée est le sujet de discussion dans les couloirs", déclare Philippe Van Linthout, président de l'Association des juges d'instruction.
"Les collègues ne se sentent plus en sécurité dans leur propre bureau. Ils voient leur nom apparaître dans des dossiers de drogue, car dans les portables des criminels, on trouve les numéros des plaques d'immatriculation des juges d'instruction et d'autres éléments de leur vie privée", ajoute Philippe Van Linthout.
Le téléphone portable dans la cellule
Les juges d'instruction réclament des mesures et des budgets au futur gouvernement fédéral. "Nos propres bâtiments sont catastrophiques : ils sont vieux et mal sécurisés. De plus, les prisons sont surpeuplées et nous ne pouvons donc pas y enfermer les personnes qui y ont leur place. De plus, elles sont aussi étanches qu'une passoire si l'on en juge par le nombre de téléphones portables qui y circulent. Depuis leur cellule, les détenus peuvent rester actifs et donc nous menacer nous aussi", explique M. Van Linthout.
"Notre travail est une vocation. En tant que juges d'instruction, nous sommes disponibles jour et nuit. Nous devons donc être mieux encadrés, sans devoir craindre pour notre vie et celle de nos familles. Sinon, nous sapons le pouvoir judiciaire", conclut M. Van Linthout.
Ce jeudi matin, le procureur du Roi d'Anvers, Franky De Keyzer, a également réagi. Il soutient l'appel des juges d’instruction. "Il est grand temps que notre pays s'efforce de mieux sécuriser et protéger nos magistrats. Chaque jour, ils se consacrent à la sécurité de notre société et il est clair qu'ils ne le font pas sans risque", a-t-il déclaré.
"Ces dernières années, notamment en raison de notre lutte permanente contre la criminalité organisée, nous avons constaté une augmentation des agressions à l'encontre de nos concitoyens. Jusqu'à présent, il était trop facile d'ignorer ce phénomène. Cela ne devrait jamais être considéré comme allant de soi ou comme faisant partie du travail. Il est minuit moins cinq", conclut le procureur d'Anvers.
Que fait un juge d'instruction ?
Un juge d'instruction a pour mission de rechercher la vérité dans les affaires pénales. Il se doit d’être indépendant et impartial et n'appartient donc ni à la police ni au parquet. Il peut notamment interroger les suspects, ordonner des perquisitions, autoriser des analyses ADN, faire procéder à des écoutes téléphoniques et désigner des experts.
Lorsque des indices sérieux sont relevés à l’encontre d’un suspect, celui-ci peut être mis en examen par le juge d'instruction. Si les nécessités de l’enquête l’exigent, le juge peut également délivrer un mandat d'arrêt à son encontre, entraînant une privation de liberté.
Une fois son instruction terminée, le juge transmet le dossier au procureur du Roi, qui dirige le parquet. Ce dernier décide ensuite de l’orientation à donner à l’affaire : classement sans suite, transaction pénale ou poursuites devant une juridiction compétente.
