Les enseignants risquent de perdre des dizaines de milliers d'euros en pensions lorsque les mesures d'austérité proposées par les partis de la coalition Arizona en négociation seront lancées. C'est ce qu'a calculé le syndicat chrétien flamand de l'enseignement COC sur la base des plans divulgués jusqu'à présent dans la super-note du formateur Bart De Wever (N-VA). "Un énorme problème se profile pour l'attrait d'un emploi dans l'enseignement", selon ce syndicat.
Les enseignants risquent de perdre jusqu’à 116.000 euros de pensions : les syndicats tirent la sonnette d’alarme
Le mois dernier, des fuites dans la presse révélaient que le formateur fédéral Bart De Wever (N-VA) prévoyait une économie de quelque 3 milliards d'euros sur les pensions d'ici 2029. Pour y parvenir, sa super-note énumère toute une série de mesures.
Une grande partie de ces mesures d'économie concerne les pensions des fonctionnaires. Il s'agit notamment de l'abolition du système de la péréquation (le système par lequel les pensions de retraite et de survie des fonctionnaires suivent l'évolution des rémunérations des fonctionnaires actifs et peuvent augmenter en plus de l'index), de la suppression progressive de la pension de maladie, mais aussi d'un nouveau mode de calcul des pensions des fonctionnaires.
En effet, aujourd'hui, les pensions des fonctionnaires statutaires sont calculées sur la base du salaire moyen des 10 dernières années de carrière. Avec la proposition figurant dans la super note, il faudrait que ce soit les 20 dernières années de carrière à la fin de la prochaine législature, et même 40 années de carrière en 2040.
Calculer le salaire moyen sur une carrière complète est beaucoup moins avantageux que de le calculer sur les 10 dernières années.
Koen Van Kerkhoven, secrétaire-général du syndicat chrétien flamand de l'enseignement COC.
Comme les enseignants sont pour la plupart des fonctionnaires statutaires, cela se fera sentir. Car dans l'enseignement, les rémunérations augmentent tous les 2 ans. Dans ce cas, calculer le salaire moyen sur une carrière complète est beaucoup moins avantageux que de le calculer sur les 10 dernières années.
En outre, le tantième, la fraction utilisée pour le calcul des pensions de l'enseignement, devrait être adapté de 1/55 à 1/60. Une rupture de pension avec un dénominateur plus grand se traduit aussi logiquement par un montant de pension plus faible.
Des dizaines de milliers d'euros en moins lorsque la réforme sera lancée
De combien serait alors réduit le montant total de la pension des enseignants ?
Le syndicat de l'enseignement chrétien flamand COC a calculé que :
"Un enseignant moyen ayant une carrière complète de 40 ans, qui prendrait sa retraite en avril 2025, perdrait 15 à 16 % de sa pension nette avec ces mesures", explique Koen Van Kerkhoven, secrétaire général du COC. "Si cet enseignant vit encore 20 ans, il perdrait jusqu'à 96 000 euros de pension nette s'il est titulaire d’un niveau bachelier et jusqu'à 116 000 euros s'il a un master".
"Pour un directeur - dans ce cas, titulaire d’un master- qui a été directeur pendant 20 ans sur une carrière complète de 40 ans - cette perte nette atteint 23 %. S'il vit encore 20 ans au-delà de la date de sa retraite, il perdra donc au total plus de 217 000 euros de pension avec ces mesures".
Le calcul du syndicat suppose que les mesures proposées atteignent leur vitesse de croisière. "S'il y a des mesures transitoires, l'effet sera moindre", admet Koen Van Kerkhoven.
"Mais la question sera de savoir quelle sera l'ampleur de ces mesures transitoires. Nous craignons qu'elles ne soient très rapides. Les mesures transitoires ne seront donc pas telles que tous ceux qui sont déjà dans l'éducation pourront éviter ces interventions".
La profession sera moins attrayante
"Pour l'instant, la situation est encore très incertaine. La questions des pensions n'a pas encore été tranchée par les négociateurs de l'Arizona. Mais ces calculs inquiètent beaucoup le syndicat chrétien", explique Koen Van Kerkhoven.
"La pension est un salaire différé pour le fonctionnaire statutaire, ce statut lui garantit un salaire raisonnable le jour où il arrêterait de travailler. Une étude réalisée en 2003 indique que le salaire des enseignants est compétitif sur le marché du travail, mais avec tous les paramètres tels que la pension complète dont nous disposons aujourd'hui. La pension plus élevée dont bénéficient les enseignants est compensée dans le secteur privé par la pension complémentaire. Si notre pension diminue, l'attrait d'un emploi dans l'enseignement risque de s'en ressentir".
Une journée de grève ce mardi dans l'enseignement francophone
A noter que les enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles, de même que le personnel administratif et technique des écoles, sont appelés à se croiser les bras ce mardi pour une journée de grève, la première depuis l'installation de la nouvelle majorité MR-Engagés en juillet dernier.
Les syndicats entendent dénoncer par cette action les économies que la nouvelle majorité va, selon eux, imposer à l'enseignement.
