La Belgique organise une mission économique au Brésil du 23 au 30 novembre, sous l'égide de la princesse Astrid. La sœur du roi Philippe emmène depuis samedi dans son sillage quelque 170 entreprises et une délégation académique. Soit 400 personnes au total. Cette mission économique doit permettre à la Belgique d'initier ou de consolider des liens avec le monde entrepreneurial du Brésil, considéré comme la neuvième puissance économique mondiale. Elle est aussi l'occasion pour la ministre Hadja Lahbib d'effectuer un ultime déplacement international en tant que ministre des Affaires étrangères. Elle devra d’ailleurs quitter le pays d'Amérique latine ce lundi soir puisque la nouvelle commissaire européenne est attendue à Strasbourg mercredi. Pour Pierre-Yves Jeholet et Matthias Diependaele par contre, il s'agira d'une première grande mission de représentation de la Wallonie et la Flandre avec leur nouveau portefeuille économique.
La princesse Astrid mène une importante mission économique au Brésil
Ce déplacement constitue une première pour la princesse Astrid mais son frère Philippe, lorsqu'il était encore prince, a déjà effectué trois voyages similaires au Brésil: en 1999, 2005 et 2010. Depuis, c'était le calme plat. Le retour à la présidence de Lula l'an dernier, après un premier passage de 2003 à 2011, et la présence brésilienne sur la scène internationale ont probablement poussé les entreprises belges à venir y promouvoir leurs produits. La première économie du continent sud-américain est en effet le théâtre de grands événements internationaux comme le sommet du G20 la semaine dernière ou la prochaine conférence sur le climat (COP30) à Belem en novembre 2025.
Le cortège belge de 400 personnes fera halte à Sao Paulo et Rio de Janeiro, les deux locomotives du pays. Certains grands noms de l'industrie belge, comme Solvay et UCB, sont déjà bien implantés dans cette nation d'Amérique latine et ce déplacement sera l'occasion de présenter à la princesse les prouesses réalisées par leurs filiales. Dimanche, le groupe chimique Solvay ouvrait le bal en accueillant la délégation belge au sein de sa filiale Rhodia Brasil, qui dispose d'un vaste site à Paulinia, à une centaine de kilomètres au nord de Sao Paulo. L'entreprise belge y est opérationnelle depuis 1942. Quelque 650 personnes y produisent des phénols, des polyamides et des solvants pour des biens de la vie quotidienne, l'emballage, et les secteurs de la construction et de l'automobile.
Alors que l'Europe tente depuis de nombreuses années de conclure un accord avec l'union douanière du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie), le Brésil reste une destination de choix pour le monde des affaires belge.
Echanges stables
"C'est un partenaire important, qu'il y ait accord entre l'UE et le Mercosur ou pas", avance Gonzague Vannoorenberghe, professeur à l'UCL, spécialisé dans le commerce international. Pour Bruno Henry de Frahan, professeur à la faculté de bioingénieur de l'UCL, les craintes du monde agricole belge et français à propos de cet accord ne sont pas fondées. Le texte prévoit un quota clair, autour de la viande bovine par exemple, estimé à 99.000 tonnes. Aujourd'hui, 180.000 tonnes de bœuf de ces pays, principalement l'Argentine, arrivent en Europe, avec des droits de douane. L'accord avec le Mercosur stipule qu'un maximum de 99.000 tonnes pourront être importées au sein de l'Union, sans droits de douane. "La Commission européenne est très attentive à protéger le marché européen, pour le lait, l'huile d'olive et la viande bovine, notamment", ajoute Bruno Henry de Frahan. "On se tire une balle dans le pied en ne signant pas cet accord. Si on ne saisit pas cette opportunité, on sera remplacé par d'autres à commencer par la Chine." Et ce sera une partie du travail des entreprises belges présentes cette semaine au Brésil: tenter de convaincre leurs homologues brésiliennes que l'herbe n'est pas forcément plus verte en Chine.
Les échanges avec l'Union européenne sont assez stables ces dernières années. L'UE est le deuxième partenaire du Brésil, mais loin derrière la Chine, avec 19% des importations et 14% des exportations. La Belgique se distingue dans les produits pharmaceutiques envoyés au Brésil, étant le troisième fournisseur derrière les Etats-Unis et l'Allemagne. Mais de manière générale, notre pays peine à s'inscrire dans le top 5 européen des partenaires commerciaux. Si c'est le pharmaceutique made in Belgium qui s'impose au Brésil, nous engloutissons en retour une bonne quantité de produits agroalimentaires, un secteur qui représente 42% de toutes les exportations du Brésil.
Le plus grand producteur de café au monde achemine ses grains dans le port d'Anvers, avant qu'ils ne soient commercialisés sur le marché européen. Autre incontournable pour l'Européen sur la table de son petit-déjeuner: le jus d'orange, avec là aussi une pole position mondiale détenue par le Brésil. Deux des trois plus grands grossistes en jus d'orange, la multinationale Louis Dreyfus et le Brésilien Citrosuco, disposent d'un terminal dans le port de Gand. Ce jus est ensuite confié aux producteurs de boissons en Belgique et en Europe.
"On pourrait donc dire que presque tous les jus de fruits que l'on boit en Europe proviennent de Gand", commente la Fédération de l'industrie alimentaire belge (Fevia). Une quinzaine de membres de la Fevia prendront part à cette mission économique et espèrent ne pas passer à côté de ce gigantesque marché de quelque 215 millions de consommateurs. A ce jour, les produits à base de pommes de terre, les frites en tête, et les fruits et légumes transformés trouvent déjà preneurs au Brésil. Mais les producteurs de chocolat, gaufres et pain d'épices ont rempli leurs bagages de douceurs qui devraient faire succomber leurs interlocuteurs commerciaux.
Flandre et Wallonie représentées
La Flandre et la Wallonie étant bien parvenues à constituer leur gouvernement respectif, depuis les élections du 9 juin, le ministre-président flamand Matthias Diependaele et le vice-président wallon Pierre-Yves Jeholet examineront, chacun pour leur Région, les opportunités de jeter des ponts entre les entreprises flamandes et wallonne d'un part, et celles de la neuvième économie mondiale d'autre part. L'actuel ministre wallon de l'Economie ne part pas en terre inconnue lui qui a pris part à des missions économiques de 2017 à 2019, avec le même portefeuille. Il souligne que les deux prochains pays visités par la princesse Astrid, le Brésil et l'Inde, font partie de ces nations émergentes vers lesquelles il faut se tourner, surtout pour les secteurs stratégiques que la Wallonie a définis comme l'aéronautique, la défense et le pharmaceutique. "Le Brésil est un partenaire commercial stable pour la Wallonie, notre deuxième marché d'exportation en Amérique après les Etats-Unis", analyse le ministre Jeholet.
Matthias Diependaele s'est, lui, déjà rendu en France et aux Pays-Bas depuis son accession à la ministre-présidence de la Flandre. Il devrait notamment visiter des installations du groupe logistique Katoen Natie et dévoiler un projet du groupe courtraisien spécialisé dans la technologie de l'image, Barco. Aucune fumée blanche n'ayant été détectée au-dessus de la Région bruxelloise, c'est le ministre-président sortant Rudi Vervoort qui représente la Région-capitale au Brésil.
Hadja Lahbib a précédé la mission au Brésil
Alors que la princesse Astrid et les quelque 400 membres de la délégation n'arrivaient que samedi à Sao Paulo, Hadja Lahbib était déjà au Brésil depuis jeudi. Elle avait programmé une escale à Brasilia, la capitale ne figurant pas au menu de la mission économique. Les premiers jours de la ministre sortante étaient notamment consacrés à la rencontre de son vis-à-vis brésilien, Mauro Vieira. Cela faisait près de 10 ans qu'un ministre belge des Affaires étrangères n'avait plus été reçu au Brésil. Il semble que la mandature de Jair Bolsonaro (2019-2023) n'ait pas enthousiasmé les milieux politique et économique belges.
Luiz Inácio Lula da Silva est désormais de retour à la présidence, et le Brésil demeure un acteur important sur la scène internationale. Plusieurs chapitres de l'actualité devaient nourrir les échanges entre Lahbib et Vieira, comme la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et le changement climatique.
Hadja Lahbib suit depuis dimanche l'ensemble de la mission économique, mais devra rentrer en Belgique ce lundi soir. Elle est en effet attendue mercredi à Strasbourg en tant que nouvelle commissaire européenne en charge de l'égalité, de la gestion des crises et de l'aide humanitaire. Ce 27 novembre, une séance plénière au Parlement européen de Strasbourg devra valider la composition du prochain exécutif européen pour une mise en marche le 1er décembre de l'équipe présidée par Ursula von der Leyen.
