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Chaque mois, deux femmes meurent en Belgique de violence conjugale

En Belgique, environ deux femmes meurent chaque mois sous les coups de leur (ex-)partenaire. Depuis le début de l'année 2024, le nombre de victimes de violence conjugale s'élève à 20. "Le problème reste souvent caché jusqu'à ce qu'il devienne effectivement fatal", déclare Liesbet Stevens de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH), en cette journée internationale contre la violence à l'égard des femmes.

Eric Steffens Belga
Publié:

Stéphanie, Maria, Ingrid, Marijke, Véronique... sont toutes décédées cette année des suites de violences conjugales mortelles. Depuis le début de l'année 2024, on dénombre au moins 20 victimes. On ne dispose pas de chiffres officiels, pour l'instant, c'est pourquoi nous nous sommes appuyés sur nos propres nouvelles et sur les informations fournies par les services de police et parquets.

La collecte de toutes les données a permis de produire cette carte. Si vous cliquez sur une des boules, vous obtiendrez plus d'informations (en néerlandais) sur la victime :  

Les 20 décès figurant sur la carte ci-dessus ne sont que la partie émergée de l'iceberg.  "C'est un problème qui reste souvent caché jusqu'à ce qu'il devienne effectivement fatal", déclare Liesbet Stevens de l'Institut pour l'égalité entre les hommes et les femmes.

"La plupart des cas de violence conjugale fatale sont précédés d'une violence conjugale non fatale. Souvent, la police est déjà au courant de l'existence de tels problèmes dans une famille ou une relation donnée", précise Liesbet Stevens.

En 2023, par exemple, environ 260 cas de violence conjugale potentiellement mortelle ont été recensés dans notre pays. Environ 10 % d'entre eux se sont effectivement terminés par un décès. Les autres ont, pour ainsi dire, "eu de la chance". "Mais il y a aussi les victimes de violences sexuelles mortelles et de violences basées sur l'honneur. Et puis il y a le problème des personnes qui ne s'adressent pas toujours à la police et au système judiciaire, si bien que parfois personne n’est au courant de ce qu'il advient de ces personnes".

Bert a perdu sa mère et sa sœur

L'impact que la violence intrafamiliale peur avoir est immense. Bert peut en témoigner. Il avait 13 ans lorsque sa vie a basculé. Pour le monde extérieur, sa famille originaire de Tirlemont semblait parfaite, mais ce qui se passait à l'intérieur de la maison était complètement différent.

"Il y avait beaucoup de violence à la maison", a déclaré Bert, âgé aujourd’hui de 50 ans, à VRT NWS. "Enfant, j'ai essayé d'envoyer un signal en m'enfuyant à plusieurs reprises. Mais à chaque fois, j'étais mis à l'écart comme un garçon difficile".

Une nuit, son père est devenu extrêmement violent et a attaqué les autres membres de la famille. "Ma mère et ma sœur ont été gravement blessées. Ma mère a survécu mais a gardé de graves séquelles neurologiques. Ma sœur est décédée quelques jours après les faits. Je suis moi-même resté dans un coma profond pendant un mois. À mon réveil, ma sœur était déjà morte et enterrée. Je n'ai pas pu lui dire au revoir", raconte Bert. "Les médecins pensaient que je vivrais comme une plante, mais après une longue rééducation, j'ai pu parler et marcher à nouveau mais j’ai dû tout réapprendre. Depuis, je vis avec un handicap, j'ai eu la chance d'être jeune et résistant".

42 ans plus tard, Bert doit encore faire face aux conséquences au quotidien, mais il n’est pas amer. "Si mon témoignage peut éviter ne serait-ce qu'une seule victime, cela en vaudra la peine. Je veux surtout faire passer le message que nous ne devons pas ignorer les signaux émis par les enfants. Ne vous contentez pas de regarder leur comportement (problématique), mais écoutez-les vraiment".

"Je trouve également regrettable que l'on entende rarement parler d'enfants qui se retrouvent dans de telles situations. Leur vie change aussi du tout au tout : ils perdent souvent leur mère et leur père d'un seul coup, si ce dernier est arrêté. Ils se retrouvent seuls et, dans la plupart des cas, perdent aussi leur maison. Ils méritent eux aussi une attention et un soutien adéquats".

Féminicide

Jusqu'à présent, les données n'étaient pas systématiquement enregistrées. Mais c’est sur le point de changer, car "compter, c'est savoir". L'Institut pour l'égalité entre les hommes et les femmes recueille des données et publiera un rapport annuel à partir de 2026.

Cette évolution est due à la "loi contre les féminicides" en vigueur depuis octobre de l'année dernière. Cette loi définit précisément ce qu’est un féminicide et les violences (sexuelles, psychologiques, de contrôle coercitif) qui y sont liées. Elle distingue aussi quatre types de féminicides : intime (par un partenaire), non intime (par une personne tierce), indirect (après violences par exemple) ainsi que l’homicide fondé sur le genre.

La loi impose également de récolter des données sur les féminicides et d’émettre deux publications : un rapport statistique annuel détaillé et un autre, qualitatif, qui aborde le sujet de la fréquence, du taux de condamnation, l’efficacité des mesures, etc.

Le féminicide est un crime de haine contre les femmes dans lequel des femmes sont tuées parce qu'elles sont des femmes. "En effet, tout indique que la plupart des victimes de la violence conjugale sont des femmes", a déclaré Mme Stevens. "Mais nous savons que les hommes peuvent aussi être victimes, et nous mettons ces cas en lumière".

Des autorités plus accessibles

"Ces dernières années, la police et la justice ont vraiment fait d'énormes efforts pour mieux répondre à ces cas", affirme Liesbet Stevens. "Par exemple, ils utilisent désormais un outil d'évaluation des risques pour déterminer de manière plus scientifique les mesures à prendre d'urgence par la police et la justice". "Pourtant, nous constatons qu'il arrive que les choses tournent mal et que la bonne approche n'est pas utilisée. De plus, l'évaluation des risques doit être répétée régulièrement. Les risques peuvent augmenter ou diminuer. Il est donc nécessaire d'effectuer un suivi régulier". En outre, la police et la justice ne sont pas les seules à avoir un rôle à jouer, estime Mme Stevens.

"Il devrait également être plus facile de parler à un médecin généraliste ou à un autre conseiller. Nous devons faciliter la possibilité pour les personnes de signaler quelque chose à une instance de manière accessible : "Ecoutez, je suis dans une relation abusive, j'ai besoin d'aide" d'une manière accessible, sans intervention immédiate de la police ou de la justice."

Une femme tuée par un proche toutes les 10 minutes dans le monde

Au moins 85.000 femmes et jeunes filles ont été tuées de manière intentionnelle dans le monde en 2023, pour la plupart par des proches, selon des chiffres publiés lundi par l'ONU, "un niveau alarmant" pour des meurtres qui pourraient pourtant être "évités".

"La maison reste l'endroit le plus dangereux" pour les femmes, 60% d'entre elles ayant été victimes de "leur conjoint ou d'autres membres de leur famille", relève ce rapport de l'Office viennois des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et de l'organisation new-yorkaise ONU femmes. Soit 140 chaque jour ou une toutes les 10 minutes.

Un phénomène "qui dépasse les frontières, touche toutes les catégories sociales et groupes d'âge", les Caraïbes, l'Amérique centrale et l'Afrique étant les régions les plus touchées devant l'Asie.

Sur le continent américain et en Europe, les féminicides sont majoritairement perpétrées par le partenaire, tandis que dans le reste du monde ce sont des membres de la famille qui sont le plus souvent en cause.

De nombreuses victimes ont signalé avant leur mort des violences physiques, sexuelles ou psychologiques, d'après les données disponibles dans certains pays, dont la France. "Ce qui suggère que de nombreux meurtres pourraient être évités", souligne l'étude, par exemple par "des mesures d'injonction judiciaire". Dans les régions où il est possible d'établir une tendance, le taux de féminicides a stagné ou décliné seulement légèrement depuis 2010, démontrant que cette forme de violence "est enracinée dans les pratiques et normes" et est difficile à éradiquer, note l'ONUDC qui a analysé les chiffres recueillis dans 107 pays.  

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