La présence d'éléments de jeu d'argent dans les jeux vidéo augmente le risque que les adolescents s'adonnent par la suite à des jeux d'argent réels. C'est ce qui ressort d'une étude longitudinale à grande échelle menée par le laboratoire Médiaculture et Politiques de la KU Leuven, en collaboration avec l'Université de Gand (UGent) et la haute école UCLL.
Des experts mettent en garde contre des éléments de jeu d'argent dans les jeux vidéo, tremplins d'addiction
Roues de la fortune permettant de gagner un équipement spécial pour son personnage en ligne ou coffres au trésor accélérant la progression: ces mécanismes, parmi d'autres jeux de hasard et d'argent intégrés aux jeux vidéo, incitent les jeunes à jouer à des jeux d'argent réels. Cette étude universitaire est la première en Flandre à examiner sur le long terme la présence d'éléments de jeu d'argent dans les jeux vidéo et leur écosystème.
Les experts mettent plus particulièrement en garde contre les loot boxes (payantes ou gratuites), ces "boîtes surprises" contenant des objets virtuels, mais aussi les jeux de casino, les roues de la fortune et les vidéos de jeux d'argent. Les chercheurs ont suivi environ 2.300 élèves âgés de 12 à 17 ans pendant trois ans, les interrogeant sur leurs habitudes de jeu. Cinq-cents d'entre eux ont participé aux trois phases de l'étude.
Plus de huit adolescents sur dix ont déclaré jouer régulièrement à des jeux vidéo au cours des trois enquêtes. Parmi eux, 60% ont affirmé avoir participé à des jeux de hasard et d'argent au cours de l'année écoulée. Les paris entre amis (35%) et les jeux de grattage (33%) sont les plus populaires, bien que les jeux d'argent et de hasard soient interdits aux mineurs.
Les chercheurs ont constaté que les jeunes exposés à des éléments de jeu d'argent simulés lors de la première phase de l'étude présentaient un an plus tard une plus forte propension au jeu et des comportements de jeu réels plus fréquents. "L'effet allait dans ce sens, et non l'inverse", précise Rozane De Cock de l’Université de Louvain (KU Leuven).
"Nous n'avons pas observé que les jeunes ayant déclaré jouer à des jeux d'argent lors de la première phase se soient ensuite mis à utiliser des jeux d'argent dans les jeux vidéo. Cela commence par les jeux d'argent intégrés aux jeux vidéo et à leur écosystème, puis se traduit par une augmentation de la propension au jeu et des comportements de jeu réels un an plus tard", constatent les chercheurs.
Sur d’autres plateformes aussi
Il n’y a pas que les jeux vidéo dans lesquels les jeunes entrent en contact avec des jeux de hasard, d’argent et de paris. Dans le monde en ligne aussi, ces éléments sont de plus en plus fréquents. Pensez à ces films postés par des YouTubers connus dans lesquels ils achètent une grande quantité de "loot boxes" pour découvrir ensuite avec leurs abonnés ce qu’ils ont "gagné" d’intéressant.
Sur les plateformes Twitch et Kick, les streamers vont encore plus loin. Ils louent les éléments de jeux d’argent dans leur vidéos, distribuent des codes de réduction pour acheter des boites surprise et demandent parfois même à leurs abonnés de verser de l’argent pour certains éléments de jeu.
Législation insuffisante
L’étude de la KU Leuven démontre que la législation en la matière est insuffisante en Belgique. Ou du moins les sanctions qui y sont appliquées. "Il est donc nécessaire d’analyser les lacunes précises de la législation et de voir ce qui peut être fait pour la rendre plus efficace", indique Katleen Peleman, directrice du centre d’expertise flamand Alcool et autres Drogues (VAD).
L’étude souligne également l’importance de la prévention et la sensibilisation. "Les éléments de jeu d’argent dans les jeux vidéo ne sont pas innocents parce qu’ils donnent effectivement davantage envie aux jeunes d’essayer de vrais jeux de paris d’argent. Cela confirme les soupçons que nous avions déjà. Nous allons voir comment inclure ces nouvelles connaissances dans les paquets éducatifs que nous proposons sur ce sujet aux écoles, aux parents et aux jeunes".
"Il ne revient pas seulement aux autorités et aux développeurs de jeux de faire de la prévention et une sensibilisation. Les parents doivent aussi prendre leurs responsabilités", estiment les chercheurs. "Nous constatons que des conflits éclatent souvent entre les jeunes et leurs parents au sujet du temps de consultation d’écrans, alors que la plupart des parents ne savent pas que leurs enfants font exactement en ligne".
"Les parents attachent trop peu d’attention aux labels apposés sur les jeux vidéo. Nombre d’entre eux contiennent des limitations d’âge ou mettent en garde contre des contenus d’une violence extrême, à caractère sexuel ou contenant des éléments de jeu. Nous trouvons important que les parents parlent avec leurs enfants des restrictions indiquées, mais aussi des contenus. Et il serait encore plus intéressant s’ils jouaient avec leurs enfants, afin qu’ils sachent exactement ce qui se passe dans ce monde virtuel", concluait la professeure Rozane De Cock (KU Leuven).
