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Ionut Cibotariu au piano dans le mythique Studio 1 de Flagey

Un employé du centre culturel Flagey se révèle être un brillant pianiste et reçoit un contrat pour réaliser son rêve

Depuis l’âge de 5 ans Ionut Cibotariu joue du piano. Il en a 30 maintenant. La musique est sa passion, un besoin vital. Lorsqu’il a atterri à Bruxelles et commencé à travailler au service de restauration du centre culturel Flagey, la direction ne s’en doutait pas. Jusqu’à ce qu’elle découvre son talent par hasard, grâce à une vidéo. Elle soutient à présent le jeune pianiste venu de Roumanie, pour qu’il puisse donner des concerts, participer à des concours et réaliser son rêve.

BRUZZ Anne François
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Le Roumain Ionut Cibotariu installé à Bruxelles travaille depuis quelques années au centre culturel Flagey . Il y a commencé en coulisses, au service de catering et en backstage. Un emploi qui lui a été trouvé par le centre public d’aide sociale (CPAS) au lendemain de l’épidémie de corona. Mais dès qu’il a une pause, Cibotariu en profite pour jouer sur l’un des nombreux pianos de Flagey. Il connait cet instrument à la perfection puisqu’il en joue depuis l’âge de 5 ans et a suivi une formation musicale poussée pendant ses humanités artistiques et au conservatoire à Bucarest.

Mais la direction de Flagey ne soupçonnait pas ce talent. Jusqu’au jour où le jeune employé montra à un autre pianiste une vidéo qu’il avait enregistrée pendant qu’il répétait la Deuxième sonate pour piano de Rachmaninov. Le programmateur de jazz à Flagey, Maarten Van Rousselt, était présent et en resta bouche bée. Il envoya cette vidéo à quelques collègues, qui furent tout aussi ébahis que lui.

"Rester moi-même pendant l’audition"

Peu de temps après, Ionut Cibotariu recevait une invitation à donner un petit concert pour la direction de Flagey, en guise d’audition. "Ce fut une journée très excitante et stressante", se souvient le jeune Roumain. "Ces responsables écoutent les plus grands pianistes au monde. Comment pouvais-je me distinguer? Devais-je jouer aussi parfaitement que possible ou rester moi-même ? Sur le conseil de mes amis, j’ai opté pour la seconde voie et tout s’est bien passé. Après l’audition, le directeur Gilles Ledure m’a demandé quelles étaient mes ambitions. Une voix intérieure me disait alors que j’avais besoin d’un professeur pour améliorer mon jeu et devenir plus résilient".

La détection et le développement de talents fait partie de l’ADN de Flagey. Depuis six mois, Cibotariu est donc conseillé par le grand pianiste belge Jean-Claude Vanden Eynden. A 16 ans, ce dernier a remporté le troisième prix du Concours musical international Reine Elisabeth de Belgique pour piano. Le centre culturel Flagey soutient également le pianiste roumain avec une session portrait et un enregistrement professionnel dans l’excellent Studio 1, et l’aide à se constituer un répertoire. Le but est de le préparer à une série de concerts et concours. Sans trainer, car à 30 ans Cibotariu atteindra bientôt l’âge limite pour participer à des concours.

La grande salle de concert (Studio 1) de Flagey, pendant le Concours Reine Elisabeth de piano en 2023

Une famille de musiciens

Pour le jeune employé de Flagey, c’est un rêve d’enfant qui se réalise. Dans sa famille, on se transmet en effet le talent musical de génération en génération. Ses deux grands-pères étaient musiciens. Son père est un clarinettiste et saxophoniste passionné, qui jouait parfois jusqu’à 3h du matin. "La clarinette de mon père était comme un jouet pour moi", racontait Ionut Cibotariu à nos collègues de BRUZZ . "Quand il en jouait, je battais invariablement la mesure, dès l’âge de deux ans. Je voulais aussi apprendre la clarinette, mais je n’ai encore jamais suivi de cours. A quatre ans, l’instrument était beaucoup trop difficile pour moi, m’expliquait mon père".

Cibotariu n’avait cependant d’yeux que pour la clarinette, jusqu’à ce qu’il voie un enregistrement du Concours Chopin à Varsovie. "C’était l’une des premières éditions, qui a finalement été remportée par le pianiste russe Yakov Zak", se souvient le jeune Roumain. "Il jouait avec tant de perfection, de façon presque surhumaine. C’est grâce à lui que je me suis mis au piano", dès l’âge de 5 ans.

J’avais tellement peur de faire des fautes lors de mon premier concert. Pourtant, c’est le meilleur exercice.

Ionut Cibotariu

Chaque jour, le jeune garçon travaillait son instrument pendant des heures. "Enfant, je trouvais cela ardu. A un moment, j’ai même voulu arrêter le piano, mais mon père m’a convaincu de continuer". A l’âge de 14 ans, Ionut Cibotariu était accepté au prestigieux collège national de musique George Enescu à Bucarest.

"C’est alors que j’ai participé à mes premiers concours. J’avais tellement peur de faire des fautes. Jouer sur une scène dans des conditions stressantes est pourtant le meilleur exercice qui soit. Cela vous rend chaque fois plus résilient et assuré en tant que musicien". Le jeune musicien commença d’ailleurs à aimer les concours et "cette énergie compétitive".

Une grosse dépression

Le travail acharné permit à Ionut Cibotariu de remporter plusieurs compétitions. Mais il eut aussi d’autres conséquences : pendant la dernière année de ses humanités musicales, le jeune musicien tomba dans une profonde dépression. Qui dura plusieurs années. "J’étais bien entouré par ma famille et des musiciens, mais je me trouvais en mode de survie. J’ai patiemment attendu jusqu’à ce que la dépression passe". Pendant quatre ans, il toucha à peine au piano.

A l’âge de 22 ans, Cibotariu atterrit à Genève grâce à une connaissance, et sa passion pour la musique se ralluma. Peu de temps après, il s’installa en Belgique. “Ici, j’ai recommencé à zéro. J’ai décidé de donner des cours privés de piano. Cela marchait bien, jusqu’à l’arrivée du Covid”.

Cibotariu perdit son emploi au cause de la pandémie et n’eut pas d’autre solution que de solliciter de l’aide auprès du CPAS pour trouver du travail dans le secteur artistique. "Ils ne m’ont pas trouvé de travail comme professeur de piano, mais m’ont proposé un job au centre culturel Flagey, comme employé en backstage et au catering. Je me suis dit que je ne pourrais sans doute pas y jouer du piano, mais que j’y serais entouré d’artistes merveilleux. C’est difficile à décrire, mais le contexte de Flagey me donne énormément de force et d’inspiration".

Exploration de l'âme

Depuis que Flagey a découvert son immense talent, Ionut Cibotariu reçoit un soutien professionnel. Son trajet a débuté en février 2024 avec la préparation, pour passer actuellement à la composition d’un programme de concert et la présentation du jeune pianiste à un plus large public. Le musicien roumain conserve en effet son ambition de devenir pianiste professionnel.

"La musique est bien davantage qu’une passion pour moi. C’est un besoin vital. Le piano est mon mode d’expression le plus sincère. Chaque note que je joue est une partie de moi. Chaque morceau est une exploration de mon âme", explique Cibotariu. "Mais devenir pianiste professionnel n’est pas seulement un but. Cela nécessite un dévouement total pour repousser mes limites artistiques, maîtriser l’instrument avec une précision absolue et pouvoir transmettre la puissance émotionnelle de la musique. C’est une responsabilité énorme à porter".

"Mais la musique est mon univers, ma manière de m’exprimer et de partager mes émotions avec les autres. Pouvoir vivre toute cette expérience à Flagey, c’est magique !", concluait le jeune pianiste.

Lisez ici l'interview d'Ionut Cibotariu dans BRUZZ , avec une vidéo où il s'exprime en français. 

Le bâtiment Flagey en face des étangs d'Ixelles

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