Les taxis de rue bruxellois se rassemblent ce jeudi pour une manifestation dans la capitale, pour réclamer de meilleures conditions de travail (des tarifs plus élevés et moins de commissions à payer) de leurs plateformes, telles que Uber et Bolt. Le secteur appelle également les parlementaires à réguler davantage ces conditions et à reporter la date de l'électrification du secteur prévue en janvier prochain. Les chauffeurs plaident aussi en faveur d’un statut identique pour les taxis de rue et les traditionnels taxis de station (qui ont un emplacement fixe, comme une gare par exemple).
La manifestation des taxis de rue devant Uber et le Parlement bruxellois pourrait créer des perturbations
Dès 9h, les chauffeurs se rassemblaient devant les bureaux de Uber, à Etterbeek, avant de se diriger vers la place Poelaert. Vers 11h30, ils démarreront à pied vers les locaux de la FGTB et rejoindront ensuite le Parlement bruxellois aux alentours de 13h00. Ils rejoindront la place Poelaert entre 14h00 et 15h00, où ils récupéreront leurs véhicules.
Plusieurs revendications sont portées par les chauffeurs de taxis à l'égard d'Uber, à commencer par la réduction des commissions perçues par la plateforme. "Sans notre accord, Uber a décidé d'augmenter le plafond des commissions au-delà des 25% - ce qui était déjà très élevé", déplore le président de l'Association belge des chauffeurs limousine (ABCL), Jean-Paul Mbenti.
Les chauffeurs exigent aussi la fin du système "TripRadar" (qui attribue les courses à plusieurs chauffeurs en même temps, créant une "compétition accrue" et une baisse de leurs revenus) et des blocages arbitraires de comptes de chauffeurs sans discussion préalable.
Pointant une difficulté évidente de rentabilité, le secteur des taxis de rue (qui travaillent pour des plateformes comme Uber et Bolt) exhorte les parlementaires bruxellois à réviser certains points de l'ordonnance de 2022. "Comme un meilleur prix net à la course, la possibilité d'utiliser les sites propres (jusqu'ici réservés aux taxis de station) ou encore l'opportunité de revendre notre licence", détaille Jean-Paul Mbenti.
Ils demandent en outre aux parlementaires de plafonner les commissions d’Uber, et de reporter l'électrification du secteur, pour l'instant prévue dès le 1er janvier 2025. "Nous ne sommes pas opposés au fait de passer à l'électrique, mais avec les difficultés de rentabilité que nous connaissons, ce délai est trop court. Il nous faut davantage de temps pour nous y préparer", conclut le président de l'ABCL.
Qui sont les chauffeurs de taxis de rue ?
"Ce sont en fait des chauffeurs qui achètent ou louent souvent à leurs propres frais des voitures chères, roulent pour le compte de plateformes comme Uber ou Bolt et espèrent gagner ainsi un revenu à temps plein", explique Hajo Beekman, spécialiste de la circulation routière à la VRT. Mais la réalité est souvent bien différente. "Les gens qui protestent ce jeudi se sont un peu fait "mettre dans le sac" par de grosses entreprises américaines. 'Achetez une belle Mercedes, roulez dans la ville et gagnez un beau revenu' leur ont-elles dit. Mais en réalité, ils parviennent à peine à couvrir leurs coûts".
"Jusqu’il y a 10 ans, il n’existait que des taxis traditionnels qui possédaient un emplacement fixe, comme la gare par exemple. On pouvait les arrêter en rue ou les appeler via l’une des sociétés de taxis", poursuit Hajo Beekman. Ensuite sont arrivés les plateformes en ligne et applications comme Uber et Bolt, qui permettent de commander un taxi et payer après réservation. "Leurs chauffeurs devaient remplir moins de conditions pour travailler et se situent dans une zone gris, puisqu’il s’agit souvent de particuliers qui veulent gagner un peu plus en conduisant un taxi". Les taxis traditionnels ont critiqué l’arrivé de cette concurrence.
En 2022, le gouvernement bruxellois créait un statut unique accordant des permis et emplacements tant aux taxis traditionnels que ceux des plateformes. Les taxis de rue ne peuvent cependant travailler que sur réservations et ne peuvent pas utiliser des emplacements fixes.
Le gouvernement bruxellois octroie maintenant près de 3.000 permis d’exploitation et plus de 7.000 laissez-passer de conducteurs, qui permettent aux taxis de station de travailler aussi comme taxis de rue. Ce qui crée une offre encore accrue pour un marché bruxellois assez restreint. "Il y a donc tout simplement trop de chauffeurs de taxis pour trop peu de clients".
En outre, les chauffeurs de taxis de rue ne sont pas autorisés à gagner autant que les chauffeurs de taxis de station. Pour ces derniers, le tarif est de 2,30 euros au kilomètre, alors que les taxis de rue peuvent prendre entre 1,5 et 3 euros au kilomètre. "Mais les plateformes comme Uber propose souvent uniquement le tarif minimum et prennent ensuite une commission", précise encore Hajo Beekman.

