Le Premier ministre belge Alexander De Croo a pris la parole ce mardi après-midi à la Conférence de l’Onu sur le climat à Bakou (COP29). Il se trouve en Azerbaïdjan avec une délégation de 140 Belges. C’est moins de participants que lors de la Conférence qui se tenait en 2023 à Dubaï. L’industrie belge s’intéresse moins que l’an dernier à la COP : trois grosses pointures seront même absentes à Bakou. Quant aux représentants politiques présents, à commencer par ceux du gouvernement fédéral sortant, ils ne pourront sans doute pas prendre de grands engagements quand il sera question d’argent.
La Belgique à la COP29 : une délégation rétrécie et 4 des 5 ministres présents qui ne peuvent s'engager
"Quelle surprise. En juin, je ne m’attendais pas à être ici devant vous", déclarait fin octobre la ministre fédérale Zakia Khattabi (Ecolo) en charge du Climat, lors de la conférence de presse préparant la COP29. "Mais la crise climatique n’attend personne, pas même le prochain gouvernement fédéral". Elle pointait ainsi du doigt le problème : notre pays attend encore la formation d’une nouvelle coalition fédérale, mais aussi bruxelloise. Quatre des 5 ministres présents à Bakou représentent ainsi un gouvernement sortant, en affaires courantes.
Outre Zakia Khattabi, il y a le Premier ministre De Croo et la ministre fédérale à l’Energie Tinne Van der Straeten (Groen) qui représentent le fédéral à Bakou. Le mandat du ministre bruxellois de l’Environnement Alain Maron (colo) se termine également. Ces quatre représentants ne pourront donc faire de grandes promesses. De nouveaux engagements de taille doivent en effet être couverts par le prochain gouvernement.
Seule la ministre flamande du Climat, Melissa Depraetere (Vooruit) représente donc en Azerbaïdjan un gouvernement qui peut s’engager pour les années à venir. Cela faisait d’ailleurs depuis 2019 que la Flandre n’avait plus envoyé de ministre à la Conférence sur le climat. Zuhal Demir (N-VA) avait jugé inutile de faire le déplacement, affirmant suivre la COP depuis Bruxelles.
"Ce nouveau gouvernement veut être plus ambitieux dans le domaine du climat", expliquait Depraetere dimanche. "Mais je veux aussi éviter que d’autres décident à notre place. Car si vous n’êtes pas présent à la COP, c’est ce qui arrive. Des accords internationaux sur le climat sont passés et vous n’êtes pas là pour en décider aussi".
Des grands acteurs de l’industrie belge absents
L’an dernier, les politiques avaient avant tout défendu les intérêts de l’industrie belge, qui s’était rendue à Dubaï pour y prendre des contacts pour de grands projets de construction dans le domaine de la transition d’énergie, comme par exemple des installations d’hydrogène (John Cockerill) ou les parcs éoliens offshore (Jan De Nul).
Quelques-unes des grandes entreprises semblent moins enthousiastes cette année. Jan De Nul, Fluxys, North Sea Port et Elia envoient bien des représentants à Bakou, tandis que Bekaert (acier), John Cockerill (hydrogène) en Euroclear (services financiers) seront absents. La ministre Van der Straeten avait pourtant encore loué ces trois entreprises l’an dernier pour leur implication dans la transition énergétique et climatique.
La raison primordiale de leur absence est le manque de possibilités d’investissement en Azerbaïdjan, affirment les trois grandes entreprises. Bekaert estime aussi que la COP29 manque de visibilité, tandis que Cockerill affirme avoir "déjà suffisamment de projets en cours". Les entreprises belges ne sont d’ailleurs pas les seules à s’absenter en Azerbaïdjan, pays autoritaire. Bakou attend quelque 40.000 participants, soit moins de la moitié de ceux qui étaient à Dubaï l’an dernier.
Alexander De Croo, qui préside la délégation belge, estime pour sa part que l’industrie belge n’est pas moins présente à Bakou qu’à Dubaï. "Nous avons encore toujours une grande délégation. La transition vers une économie qui tienne compte du climat se passera avec nos entreprises, et pas sans elles. C’est une bonne chose d’apporter à Bakou nos solutions à la crise climatique. Car si l’industrie se retire d’Europe, elle déménagera vers des pays qui ont des règles climatiques moins strictes".
L’aide belge au développement est-elle équitable ?
Mais même sans l’industrie belge, la COP représente un enjeu pour notre pays. La Conférence portera cette année sur les finances, et cela aura des répercussions pour la Belgique également. A l’heure actuelle, 25 pays industrialisés versent 100 milliards de dollars pour le financement du climat aux pays pauvres. Cela permet à ces derniers de s’adapter au changement climatique ou de réduire leur propre pollution. Mais cet accord prendra fin cette année, et un nouvel accord doit être signé. Les pays pauvres espèrent recevoir plusieurs centaines de milliards de dollars, si possible mille milliards ou davantage. Les défis climatiques n’ont en effet qu’augmenté.
Tant qu’il n’y aura pas de nouveau gouvernement fédéral, peu de décisions pourront être prises sur le futur soutien qu’accordera la Belgique en matière de climat. "Raison de plus pour former rapidement un gouvernement”, estime Alexander De Croo. Les pays riches montrent peu d’enthousiasme à augmenter le montant de leur aide aux pays plus pauvres. Quoi qu’il arrive, la Belgique devra aussi contribuer à ce fonds.
Les dépenses belges pour le climat ont fortement augmenté ces dernières années. Rien qu’au niveau fédéral - qui représente près de 90% de toute l’aide climatique belge -, les dépenses sont passées au cours de la législature qui s’achève de 70 millions en 2020 à 216 millions en 2023. Cet argent est destiné en grande partie aux pays africains, par exemple au profit de la Grande muraille verte contre la désertification au Sahel, ou de la recherche dans la forêt tropicale congolaise, ou encore de mesures améliorées de la météo, en collaboration avec l’Institut royal de météorologie.
Il s’agit en outre d’un soutien très utile. Quelque 70% de l’agent belge pour le climat est alloué sous forme de bourses. D’autres pays de l’OCDE procèdent en général différemment. La plus grosse partie des aides climatiques provenant de pays riches - avec la France en tête - sont allouées sous forme de prêts. Cet argent retourne ainsi dans les caisses des pays occidentaux, qui y gagnent souvent encore quelque chose.
Mais l’aide belge en matière de climat est-elle suffisante ? Cela dépend de la façon dont les calculs sont faits. D’après le site internet climatique Carbon Brief, la Belgique a déboursé en 2020 suffisamment que pour compenser sa contribution historique au réchauffement climatique actuel. Les calculs effectués récemment par le service public fédéral Affaires étrangères ont donné un montant bien supérieur à ce que la Belgique dépense actuellement, soit 540 millions d’euros. Si l’on convient à la COP29 d’un montant multiple de 100 milliards de dollars, alors le montant alloué par la Belgique devra aussi augmenter dans la même mesure. Ce qui l’amènera rapidement à 1 milliard de dollars, voire davantage.
Réaliste et abordable?
La question est de savoir si pareille aide est réaliste, ou en termes politiques "réalisable et abordable". Le Premier ministre De Croo veut combler avec des financements privés le fossé entre ce que les pays pauvres demandent comme aide et ce que les pays riches veulent donner. Ils pourraient prendre la forme de fonds de pension au profit des investissements climatiques du Sud, ou en rendant les investissements de firmes dans ces pays plus aisés. Mais les pays pauvres sont méfiants envers l’argent du secteur privé. Ils estiment que les pays riches fuient ainsi leurs responsabilités.
"Réalisable et abordable, c’est une question de priorités politiques", estime Kiki Berkers, experte en politique environnementale auprès de la coupole d’organisations non-gouvernementales 11.11.11. Elle trouve aussi que les états doivent investir davantage de fonds publics. "Pour la crise sanitaire du Covid des milliards ont été débloqués, à juste titre. La même chose est apparemment possible pour la défense. Mais nous considérons hélas trop peu la crise climatique comme une question de sécurité".
Berkers souligne, comme la ministre Melissa Depraetere, que ne rien faire a aussi un prix. "La bombe d’eau a coûté à la Belgique 2,9 milliards d’euros en 2021 (photo). C’est plus de quatre fois le montant de 500 millions d’euros que la Belgique devrait payer comme contribution juste au climat". La réalité politique semble cependant aller dans un autre sens. Dans la “super note” socio-économique du formateur Bart De Wever, il est question d’allouer moins d’aide au développement plutôt que davantage. Ce qui ferait également baisser le budget de soutien au climat.
Mais que la contribution belge augmente ou diminue : tant qu’il n’y aura pas de nouveau gouvernement fédéral, il n’y aura pas de décision sur un nouveau budget et peu de choses sensées peuvent être dites sur la future aide belge au climat. "Raison de plus pour former au plus vite un nouveau gouvernement dans la plénitude de ses pouvoirs", concluait Alexander De Croo.
Discours à Bakou : "La Belgique a doublé son financement climat"
Devant la COP29, le Premier ministre belge a fait valoir ce mardi après-midi que "la Belgique a doublé son financement climatique, principalement accordé sous forme de dons et ciblé sur les pays les moins développés". "En plus de cela, grâce à des garanties publiques, nous avons mobilisé un demi-milliard d'euros de plus pour les pays en développement".
En 2023, le financement climatique de la Belgique pour les pays en développement a atteint près de 248 millions d'euros, dont plus de 182 millions sous formes de dons. Sur ces 248 millions d'euros, 216 millions d'euros ont été financés par le fédéral, ce qui représente un triplement depuis 2020. Le financement climat wallon s'est élevé à 16,4 millions d'euros l'an dernier, celui de la Flandre à 12,5 millions d'euros et celui de la Région de Bruxelles-Capitale à 3 millions d'euros.
Pour Alexander De Croo, ce n'est que "lorsque nous mobiliserons les acteurs privés, que nous atteindrons les milliers de millions d'investissement nécessaires mondialement". Alors que les sommets climats sont régulièrement critiqués pour leur manque de résultats et leurs palabres, "ces négociations ardues sont loin d'être parfaites", a reconnu le Premier ministre belge. "Mais si l'on compare la politique climatique actuelle par rapport à il y a 10 ans, nous vivons dans un monde différent", a-t-il ajouté dans son discours à la COP29, constatant qu'une majorité forte a désormais embarqué pour le voyage vers la neutralité climatique.
Le Premier ministre belge a aussi appelé à une "transition juste" et à "plus de croissance, plus de coopération, plus d'innovation, plus d'investissements mais abordables et réalisables pour tous". "La concurrence mondiale doit être équitable. A cet égard, la Belgique et l'UE redoubleront d'efforts pour renforcer la compétitivité et la durabilité de notre économie", a encore promis De Croo.


