La nouvelle ministre flamande de l'Enseignement, Zuhal Demir, est bien décidée à tuer dans l'œuf le projet évoqué dans de nombreuses écoles flamandes d'utiliser l'intelligence artificielle (IA) pour détecter chez les élèves de potentiels problèmes ou retards d'apprentissage. C'est "Smartschool", une plateforme utilisée par des nombreuses écoles flamandes mais aussi francophones, qui se retrouve au cœur du débat.
Le gouvernement flamand ne veut pas de l'intelligence artificielle pour détecter les risques de décrochage scolaire
Cette plateforme permet aux élèves et leurs parents d'accéder en ligne à des ressources propres à l'école, aux résultats, à des communications spécifiques à l'élève, notamment. Elle permet aussi de communiquer des tâches à réaliser ou de rendre des devoirs. L'outil fonctionne via un site web ou une application.
En octobre, la presse flamande révélait que Smartschool travaille depuis deux ans à une fonction de "signal" basée sur l'IA, destinée à alerter à temps sur de potentiels problèmes d'apprentissage en se basant sur trois paramètres: l'usage que fait l'élève de Smartschool (la fréquence de ses connexions au système), ses résultats scolaires, et ses absences. Selon Smartschool, les élèves en risque de décrochage seraient souvent détectés (et aidés) trop tardivement.
Procédure en justice ?
Il était alors annoncé qu'un projet pilote démarrerait dès 2024 dans dix écoles, avant que l'outil ne soit déployé plus largement dans les écoles secondaires flamandes durant l'année scolaire. La ministre flamande de l'Enseignement, Zuhal Demir, avait rapidement fait part de sa surprise et de son désaccord. Dans un entretien accordé au magazine Humo, elle indiquait la semaine dernière envisager une procédure en justice. Smartschool est une société privée, et "ce n'est pas à elle de rassembler des données sur nos enfants", justifiait-elle.
Interrogée ce jeudi au Parlement flamand par des élus de plusieurs partis, la ministre N-VA a été plus loin, expliquant qu'elle souhaite aussi mettre un terme au projet pilote prévu dès cet automne. "Je vais demander à mon administration de contacter les écoles concernées, et de leur conseiller d'attendre", a-t-elle indiqué. 92% des écoles secondaires flamandes utilisent Smartschool, ainsi que 34% des écoles primaires du nord du pays.
Smartschool synonyme de stress accru ?
"Je pense que l'outil peut être une bonne aide, mais j'entends aussi de nombreuses plaintes des enseignants à ce sujet", a ajouté la ministre. "Quand ils envoient un mail à leur classe, ils reçoivent souvent dix réponses de parents, qui eux-mêmes attendent une réaction". Une large évaluation de l'usage de Smartschool devrait suivre, touchant entre autres à la charge qu'il ajoute en termes de planification et à son apport potentiel en termes d'apprentissage.
Cet été, la commissaire flamande aux droits de l'enfant avait justement mis en garde contre une utilisation désordonnée d'outils comme Smartschool, qui peuvent être synonymes de stress accru chez l'élève et d'incompréhensions avec ses parents. Caroline Vrijens pointait dans un livre que, si l'outil en lui-même n'est pas mauvais, son utilisation sans lignes directrices claires et réfléchies pouvait être problématique. Par exemple quand elle aboutit à des notifications incessantes ou à une accumulation de tâches communiquées à l'élève en dernière minute, exigeant de sa part de se connecter très régulièrement depuis la maison.
