Depuis 2010, les Etats membres de l’Union européenne sont à peine parvenus à améliorer la qualité de leurs eaux de surface, comme les lacs et les rivières. C’est ce que révèle un nouvel examen approfondi mené par l’Agence européenne pour l’Environnement (AEE). D’ici 2027, tous les plans d’eau européens devront être en bon état. Mais à l’heure actuelle, seul un tiers des rivières et lacs concernés atteint une qualité d’eau suffisante. En Belgique, la situation est particulièrement pressante : l’agriculture pompe en effet beaucoup d’eau souterraine tout en étant source de pollution.
Seul un tiers des rivières et lacs d'Europe a une eau de qualité suffisante, en Belgique elle contient trop de pesticides et d'azote
D’ici 2027, la qualité de l’eau de toutes les sources européennes d’eau potable devra être bonne. C’est la mission claire mais excessivement difficile fixée en l’an 2000 par la Directive-cadre européenne sur l’eau. A l’époque, l’échéance avait encore été fixée à 2015. Elle a été repoussée de 12 ans lorsqu’il est apparu que de nombreux Etats membres ne parviendraient pas à atteindre cet objectif.
Ce report ne semble malheureusement pas avoir représenté un stimulant pour l’Union européenne puisque à trois ans à peine de la date butoir seuls 37% de tous les plans d’eau de surface qui sont suivis atteignent déjà le statut écologique requis. Concrètement, cela veut dire que la vie animale et végétale dans les rivières, lacs et eaux côtières n’y est pas endommagée.
Et ce n’est pas tout. Dans le domaine de la pollution chimique, l’Europe est encore moins bonne élève. La limite pour toute une gamme de produits chimiques n’est pas dépassée dans seulement 29% de tous les plans d’eau européens. "La qualité des eaux en Europe ne s’améliore pas", conclut sèchement l’Agence européenne pour l’Environnement (AEE).
L’agriculture met les réserves d’eau sous pression en Belgique
L’EMA effectue tous les 6 ans un bilan de la santé des eaux européennes. Cette fois, elle s’est basée sur des données fournies par 19 Etats membres de l’Union, dont la Belgique. Ensemble ces pays possèdent 120.000 plans d’eau de surface, soit 85% des rivières et lacs de l’Union.
L’EMA constate que divers Etats membres de l’UE font de gros efforts, mais que l’amélioration de la qualité des eaux est trop limitée et locale, alors qu’en certains autres endroits elle est réduite à néant.
La Belgique aussi éprouve de grosses difficultés à atteindre l’objectif fixé par l’Europe pour 2027. Notre pays est d’ailleurs cité à plusieurs reprises dans le rapport de l’AEE. La qualité de nos eaux de surface est mise sous pression par la pollution de nitrates et de pesticides provenant de l’agriculture.
Plus inquiétant encore : nos eaux souterraines sont également de mauvaise qualité. Ailleurs en Europe, l’état des eaux souterraines est bien meilleur que celui des eaux de surface. Mais en Belgique on pompe trop d’eau souterraine, en premier lieu pour l’agriculture. Quelque 71% des réserves des eaux souterraines dans notre pays sont trop sollicités. Seul le Portugal (avec 87%) s’en sort encore moins bien.
L’Agence européenne pour l’Environnement souligne néanmoins qu’il faut être prudent quand on fait des comparaisons entre pays. Les différences peuvent être liées non seulement à la situation sur le terrain, mais aussi à la manière dont les divers pays surveillent la situation et effectuent leurs rapports. Il peut y avoir des écarts à ce niveau.
Quoi qu’il en soit, les résultats de l’étude menée par l’AEE confirment ce que l’on savait déjà de longue date. La Belgique, et certainement la Flandre, est une petit entité densément peuplée, comprenant de surcroit beaucoup d’agriculture et d’industrie. Ces secteurs utilisent beaucoup d’eau, alors que le peu d’eau disponible est plus facilement pollué.
La Belgique doit apprendre d’urgence à mieux utiliser l’eau qui est encore disponible. Actuellement, c’est avant tout encore le sud de l’Europe qui est frappé par des sécheresses, mais cette situation évoluera avec le réchauffement progressif de la planète, met en garde l’AEE. "La pénurie d’eau s’étendra aussi à d’autres partie de l’Europe, comme la Belgique, la Bulgarie, la France, l’Allemagne, la Pologne et la Roumanie".
Satisfaire à tous les critères ?
"En Flandre, la qualité de l’eau s’est améliorée par rapport à la situation d’il y a 30 ans", nuance Katrien Smet de l’Agence flamande de l’environnement (VMM). "Le temps où les cours d’eau n’étaient guère plus que des égouts à ciel ouvert est heureusement passé. Mais à l’heure actuelle nous ne parvenons certainement pas encore à une bonne qualité des eaux. Ce n’est le cas que pour un des 195 cours d’eau" que la Flandre surveille.
"L’Europe met la barre très haut. Elle agit selon le principe 'one out, all out': les plans d’eau doivent ainsi satisfaire à tous les paramètres pour obtenir le label de ‘bonne qualité’. Si un plan d’eau remplit tous les critères mais qu’il contient moins de poissons, il obtiendra un label de qualité ‘moyenne’", constate Katrien Smet.
Est-il encore possible d’améliorer sensiblement la qualité de certains des 195 cours d’eau que surveille la Flandre, d’ici 2027 ? "Absolument. Nous pouvons ainsi veiller à ce que moins de pesticides aboutissent dans l’eau, ou alors laisser certains cours d’eau refaire des méandres".
"D’ici 2027, la situation s’améliorera certainement. Mais il n’est pas réaliste de penser que tous nos cours d’eau parviendront à atteindre une "bonne qualité" à cette date-là", estime Katrien Smet. "Les défis sont grands et nous devrons tous faire des efforts, y compris les consommateurs d’eau".
Notre pays risque néanmoins - comme d’autres Etats membres de l’UE - de recevoir des amendes s’il n’atteint pas les objectifs en 2027. Le nouveau ministre flamand de l’Environnement, Jo Brouns (CD&V), prévoit de négocier à ce sujet avec la Commission européenne. Il espère pouvoir la convaincre de tenir compte du fait que la Flandre est confrontée à des défis plus importants que d’autres régions moins densément peuplées de l’Union.
