Le nombre d'emplois en Belgique a diminué pour la première fois en quatre ans. C'est ce que révèlent les chiffres de la Banque nationale. Selon Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING, il n'y a pas d'amélioration à attendre à court terme. "L'industrie belge et européenne face à des difficultés. Cela a également un impact sur toutes sortes d'emplois dérivés, par exemple dans le secteur des services".
Pour la première fois depuis 2020 l’emploi recule en Belgique et aucune amélioration n'est attendue à court terme
Audi Forest, Van Hool, Beaulieu, Janssen Pharmaceutica, Ontex et plus récemment Casa : de nombreuses entreprises ont connu des difficultés cette année en Belgique.
Cela a souvent entraîné des licenciements : chez Van Hool, 2 400 emplois ont été supprimés (dont 250 ont pu être sauvés). Chez Ontex et Janssen Pharmaceutica ont a également procédé à des licenciements.
Chez Audi Forest, la direction est toujours à la recherche d'un repreneur, mais il est très probable que de nombreux emplois seront également perdus.
Pour la première fois depuis 2020, le nombre d'emplois en Belgique est donc en baisse. Entre le premier et le deuxième trimestre de cette année, le nombre total d'emplois a diminué de 200. Cette baisse semble minime, mais elle inquiète les experts. Au niveau sectoriel, l'industrie est la branche d'activité la plus touchée : 5 500 emplois y ont déjà disparu depuis la fin de l'année dernière.
Les faillites atteignent des sommets
Parallèlement, les faillites atteignent également des sommets avec des pertes d'emplois évaluées à 26.800 unités depuis le début de l'année en Belgique. C'est un quart de plus que la moyenne enregistrée sur la période 2014-2023.
Au cours de la première moitié de l'année, l'emploi a baissé dans la construction, le commerce et l'horeca. Dans l'agriculture et la pêche également, l'emploi s'est contracté. On note en revanche une augmentation de l'emploi public, en ce compris l'enseignement et la défense.
Des stocks importants et peu de commandes
"Il ne s'agit pas d'un problème propre à la Belgique : l'industrie est touchée dans toute l'Europe", explique Peter Vanden Houte. Selon lui, ce déclin est principalement dû aux coûts élevés de l'énergie et de la main-d'œuvre. Il devient donc de plus en plus difficile de concurrencer les importateurs étrangers.
"L'industrie dispose partout de stocks importants", poursuit Peter Vanden Houte. "Mais les commandes sont vraiment faibles. On peut absorber cette situation pendant un certain temps, mais à un moment donné, il faut commencer à se restructurer. Les entreprises sont alors moins enclines à embaucher de nouveaux employés".
Dans les cas les plus extrêmes, les entreprises font faillite, comme Van Hool et BelGaN, par exemple, et des milliers d'emplois sont supprimés.
Une spirale descendante
Un autre problème est que d'autres secteurs, en particulier les services, sont entraînés dans cette spirale descendante. "Pensez à la maintenance, à la logistique et au transport, à l'administration.... L'industrie est le moteur de ce que l'on appelle les emplois dérivés", explique encore M. Vanden Houte. En raison des difficultés de l'industrie, des emplois disparaissent ailleurs.
De plus, le secteur de la construction n'est pas en reste. "L'année dernière, le nombre de demandes de prêts hypothécaires a atteint son niveau le plus bas depuis 20 ans", explique M. Vanden Houte. On peut espérer que ce marché trouvera un second souffle à partir de 2025, lorsque la BCE (Banque centrale européenne) commencera à réduire ses taux d'intérêt."
Le moteur de l'emploi va-t-il bientôt redémarrer ? M. Vanden Houte craint que non, du moins à court terme. "Les secteurs dans lesquels des emplois ont été créés ces dernières années, comme les soins de santé, l'éducation et l'administration, dépendent fortement des investissements publics. Mais avec les plans d'austérité mis sur la table lors des négociations fédérales, il ne faut pas s'attendre à une amélioration de sitôt."
