A Saint-Gilles, en plein cœur de la capitale européenne, pas moins de 20% des rues font référence à des pays ou à des villes d'Europe. Comment expliquer cela ? C'est le sujet que nous propose de découvrir l’hebdomadaire BRUZZ dans sa rubrique Big City.
Rue du Danemark, rue du Portugal : pourquoi 31 rues de Saint-Gilles portent-elles des noms de pays européens ?
Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.
Les noms de rues nous aident depuis des siècles à nous orienter. Au Moyen Âge, les habitants donnaient aux rues un nom basé sur une caractéristique ou un élément distinctif. La rue des Boulangers si on fabriquait du pain à cet endroit, ou le chemin du Canal près d’un canal. Mais à partir du 18ᵉ siècle, ce sont les autorités qui déterminent les noms des rues comme l’explique Pierre Dejemeppe dans son ouvrage : "Saint-Gilles : Les histoires des rues".
Saint-Gilles passe du statut de village à celui de ville dans la seconde moitié du 19e siècle, et l'arrivée de la gare du Midi y est pour beaucoup. L’arrivée de cette gare favorise l’essor économique et démographique et déclenche des opérations urbanistiques d’envergure. Davantage d’habitants signifie de nouvelles constructions, de maisons et des nouvelles rues, qui doivent avoir un nom.
Souvent, les communes font appel aux noms d'habitants célèbres, mais une fois ces noms épuisés, l'inspiration commence à manquer. Ce problème s’est posé non seulement à Saint-Gilles, mais également dans d'autres communes de Bruxelles.
Noms de pierres précieuses, de plantes ou de valeurs
Les communes ont probablement pris des dispositions, notamment pour éviter les doublons. Cela se reflète dans la nomenclature : "Schaerbeek a opté pour les pierres précieuses – avenue du Diamant, rue du Saphir, avenue de l'Émeraude ; Molenbeek s'est vu attribuer des noms de plantes et de fleurs – avenue des Myrtes, rue des Fuchsias, avenue du Thym ; Anderlecht a opté pour des valeurs – rue du Bonheur, rue de l'Autonomie, rue de la Vérité. Ixelles : rue de Naples, rue de Paris, rue de Dublin – et Saint-Gilles ont choisi des villes et des pays."
Trafic ferroviaire
Le fait que la commune de Saint-Gilles soit liée à des noms de pays tire également son origine du trafic ferroviaire vers et depuis la Gare du Midi. Depuis l'ouverture de cette gare, des personnes de toute l'Europe sont arrivées à Saint-Gilles, et de là, les voyageurs ont pris le train pour de nombreuses destinations européennes.
En outre, "de nombreux nouveaux quartiers ont été construits dans la commune, ce qui, avec la construction de lignes de tram, son propre réseau de gaz, d'eau et d'électricité, la construction de l'hôtel de ville et la présence d'artistes renommés, a fait de Saint-Gilles une commune urbaine vivante". Elle n'avait pas à être inférieure aux villes étrangères. En donnant aux rues des noms de villes européennes, les autorités de Saint-Gilles ont jeté un pont avec ces destinations et ont également cherché à s’en rapprocher.
Ces noms de pays n'ont cependant pas tous perduré. Après la Première Guerre mondiale, tous les noms liés à l'Allemagne ou à ses alliés ont disparu. Ainsi, la rue de Munich est devenue la rue d’Andenne; la place de Constantinople est devenue la place des Héros; la rue de Ratisbonne, la rue de Lisbonne; la rue de Turquie, la rue de Tamines; la rue de Hongrie, la rue des Tirailleurs.
140 nationalités différentes
Comme l’écrit Marc Didden, cité dans le livre de Pierre Dejemeppe, "les rues portent des noms de partout : rue de Moscou, rue du Monténégro, rue d’Écosse, rue d’Espagne, rue du Portugal, rue du Danemark et rue de Bosnie, comme si ceux qui les avaient ainsi nommées il y a plus de cent ans savaient déjà que le monde entier se rassemblerait un jour à Saint-Gilles".
A Saint-Gilles, plus 140 nationalités différentes se côtoient, ce brassage multiculturel où aucune communauté ne l’emporte sur les autres crée, tout au contraire, une richesse inestimable pour la commune.
