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Temples antiques, femmes nues et trains: des thèmes chers à Paul Delvaux

Femmes, temples et trains : à la découverte des mondes de Paul Delvaux au musée La Boverie de Liège

Le musée La Boverie, installé dans l'ancien Palais des Beaux-arts de Liège datant de l'Exposition universelle de 1905, propose encore jusqu’au 16 mars 2025 une grande rétrospective de l’œuvre du peintre, graveur et illustrateur surréaliste Paul Delvaux (1897-1994). Ses thèmes sont reconnaissables entre mille : des trains, des squelettes et surtout beaucoup de femmes nues dans de mystérieux décors de monuments antiques. "Un art intemporel", souligne Camille Brasseur, curatrice de l’exposition "Les Mondes de Paul Delvaux ", qui rassemble plus de 150 œuvres et objets, notamment en dialogue avec des œuvres de ses contemporains. C’est l’occasion de revoir l’ensemble de l’œuvre de Delvaux et de comprendre la place qu’il occupe dans le surréalisme et plus largement dans l’histoire de l’art.

Anne François Kristien Bonneure
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La naissance du surréalisme il y a cent ans exactement est largement fêtée en Belgique, un pays qui est souvent décrit comme surréaliste lui aussi. A Bruxelles, on avait déjà pu voir cette année les expositions "Histoire de ne pas rire" au Bozar et "Imagine" aux Musées royaux des Beaux-Arts.

La Wallonie rend à son tour hommage à ce mouvement poétique et artistique du 20e siècle qui entend dépasser le réalisme et dont l’existence était annoncée par la parution du Manifeste du surréalisme en 1924. Le 19 octobre, le Musée des Beaux-Arts de Mons ouvrait l’exposition "Le surréalisme : bouleverser le réel ". Quant au musée La Boverie de Liège, il se plonge dans "Les mondes de Paul Delvaux ", dont l’art fut d’abord post-impressionniste, expressionniste puis surréaliste.

"La dernière grande rétrospective de Delvaux date de 1997", expliquait la curatrice Camille Brasseur. C’était aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, dans la capitale, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’artiste. La rétrospective proposée à Liège - avec plus de 150 tableaux, dessins et objets du maître provenant d’autres musées et de collections privées - est une occasion unique de voir le monde de Delvaux se déployer de sa première à sa dernière œuvre (1920-1986).

"La gare forestière" (1960) de Paul Delvaux

En costume d'Eve

Tant la première que la dernière toile de Delvaux représentent une femme. Au cours de sa longue carrière, l’artiste né à Wanze (province de Liège) mais installé à Bruxelles dès 1918, a représenté de très nombreuses femmes, parfois en longues robes démodées avec un chapeau à fleurs, mais le plus souvent totalement dénudées.

La ‘Vénus endormie’ en cire découverte par Delvaux dans un cabinet de curiosités à la foire de Bruxelles

La femme de la fête foraine

Il y a un siècle environ, Paul Delvaux tombait sous le charme d’une ‘Vénus endormie’ (photo ci-dessus) dans un cabinet de curiosités à la foire de Bruxelles. Il s’agissait d’un modèle de femme en cire, dont la poitrine se soulevait et s’abaissait grâce à un petit moteur incorporé, comme si elle respirait dans son sommeil. Ce même modèle de cire antique qui fascina Delvaux est installé dans l’exposition à La Boverie, telle Blanche Neige dans un cercueil de verre. Le peintre surréaliste a représenté à plusieurs reprises cette Vénus endormie, d’abord de façon expressionniste, puis dans son style typique, mystérieux et paisible.

Ses squelettes ont davantage d’expression que ses femmes sculpturales

Camille Brasseur, curatrice

Les nombreuses femmes dépeintes par Paul Delvaux sont des figures inexpressives et idéalisées. Ce n’est absolument pas le cas des squelettes, que l’artiste a aussi souvent représentés. "Il les a peints dans des situations ordinaires. Ils ont une expression dramatique, à l’opposé de celle des femmes, qui ressemblent davantage à des statues", remarque Camille Brasseur.

En 1954, Delvaux présentait “La mise au tombeau" dans le pavillon belge de la Biennale de Venise. Le squelette du Christ est déposé dans une tombe par deux autres squelettes. Un tableau qui n’a pas plu à tout le monde. Un cardinal plaida pour que l’exposition soit interdite aux croyants.

"La mise au tombeau" (1953) de Paul Delvaux

J'ai le trac devant une toile vide

Paul Delvaux

Un squelette baptisé Oscar tenait compagnie à Delvaux dans son atelier, situé dans une chambre mansardée de la commune bruxelloise de Boitsfort. Cet atelier a été méticuleusement recréé pour l’exposition liégeoise. On peut y voir notamment un documentaire sur Delvaux, projeté de façon ludique. L’artiste y peint de façon décontractée, en fredonnant par moments. Puis il avoue: “Je ne suis pas un virtuose. J’ai le trac devant une toile vierge. De l’agoraphobie".

Une autre œuvre controversée de Delvaux est reprise dans l’exposition : "La visite" datant de 1939. Un jeune garçon nu entre dans une chambre vide où une femme adulte, nue elle aussi, est assise sur une chaise et se tient la poitrine. En 1962, cette œuvre fut retirée d’une exposition à Ostende, à cause d’une "attaque manifeste contre la moralité". La toile fut ensuite replacée dans l’expo, mais réservée aux visiteurs de plus de 21 ans.

"La visite" de Paul Delvaux

“Les mondes de Paul Delvaux" présente aussi des dessins de l’artiste et illustre comment il évolua de l’expressionnisme vers sa version très personnelle du surréalisme ou du réalisme magique. Lui le qualifiait de "réalisme poétique".

"Le tunnel" (1978) de Paul Delvaux

Dialogue avec d'autres artistes

Bien que solitaire dans la création, Delvaux a façonné son univers au contact de l’œuvre de ses aînés et contemporains. L’exposition révèle ces parentés ou des divergences en plaçant en regard les œuvres de Delvaux et celles de 9 autres grands noms. Si la mise en regard avec René Magritte ou Giorgio De Chirico peut s’avérer évidente de par les liens au surréalisme, elle l’est moins avec d’autres artistes. On sait peu que Delvaux s’intéressa à Amedeo Modigliani dont le travail encouragera le peintre, encore débutant, à assumer pleinement la nudité.

Par la suite, Delvaux se révéla proche de l’expressionisme offrant des liens méconnus avec Constant Permeke ou Gustave De Smet. L’intérêt que Delvaux porta à l’Antiquité permet de rappeler sa formation auprès de Constant Montald et d’ouvrir un rapprochement sensible avec Pablo Picasso. Dans cet ensemble, les œuvres de James Ensor et Félicien Rops offrent des contre-points intéressants par le traitement des thèmes (le squelette et les Deux Amies) qui chez Delvaux prennent une forme moins sulfureuse que celles adoptées par ses prédécesseurs.

"L'aube" (1943) de Delvaux

Témoignant des influences, des emprunts et des coïncidences, ces dialogues inédits avec d’autres artistes lèvent le voile sur des filiations et démontrent comment l’univers de Delvaux, d’apparence hermétique et clos, s’est façonné. A l’entrée de l’exposition, le visage de Paul Delvaux peint en quatre versions colorées par Andy Warhol (1928-1987) accueille le visiteur. L’artiste américain était impressionné par l’œuvre du Belge, qu’il a rencontré et dont il a croqué le portrait.

Quatre portaits de Delvaux par Andy Warhol

L’exposition “Les mondes de Paul Delvaux ” est à voir à La Boverie à Liège jusqu’au 16 mars 2025.

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