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L'échevine Christel Engelen (Vlaams Belang), le bourgmestre Bart Goris (PIT) et l'échevin Tim Peeters (Vrij Ranst) lors de la présentation de leur coalition.

Comment le cordon sanitaire a-t-il été à la fois rompu, et renforcé ce week-end à Ranst ?

Le cordon sanitaire, qui tenait le parti d'extrême-droite Vlaams Belang hors de toute majorité, a été rompu de manière inattendue ce week-end dans la commune de Ranst (Anvers). Le Vlaams Belang y gouvernera avec deux listes locales pour les six prochaines années. Le président du Vlaams Belang Tom Van Grieken espère que d’autres communes suivront, toutefois les partis nationaux ont envoyé un signal fort à leurs membres qui souhaiteraient également franchir le pas, ils ont tous élé exclus.

Eric Steffens Belga
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Quelle sera la commune qui brisera en premier le cordon sanitaire ? À Denderleeuw, où le Vlaams Belang est clairement le plus important ? Ou à Middelkerke où Jean-Marie Dedecker pourrait être le premier à s'aventurer avec le parti de Tom Van Grieken ?

Alors que les médias et les politiciens nationaux se concentraient sur ces questions, deux partis locaux de Ranst œuvraient discrètement à la formation d'une coalition avec le Vlaams Belang. Samedi, ils sont parvenus à un accord. Le Vlaams Belang, le PIT et le Vrij Ranst gouverneront la commune ensemble pour les six prochaines années.

Ranst est une petite commune plutôt aisée de 20 000 habitants qui est surtout connue des automobilistes qui la traversent via l'autoroute E313.

"Nous étions obnubilés sur les communes où le Vlaams Belang avait réalisé un bon score ou avait gagné le droit d'initiative dimanche dernier", explique Laura Jacobs, politologue à l'université d'Anvers (UAntwerpen).

Le Vlaams Belang n’est que le troisième parti à Ranst

À Ranst, le Vlaams Belang a obtenu 14,6 %. Il n'a donc gagné que 3 points de pourcentage par rapport à il y a six ans et est le troisième parti après le PIT et la N-VA.

Il est frappant de constater que le Vlaams Belang entre dans un conseil communal en tant que petit parti. "Nous n’avions pas tenu compte de cette possibilité. Mais c'est peut-être aussi ce qui a expliqué que cela a fonctionné. Le parti aura été plus désireux que Groen et la N-VA de rejoindre le conseil. En tant que parti beaucoup plus petit que le PIT, il pourra moins peser sur le fond, mais il fera partie de la majorité au pouvoir. Et ça c'est historique" ajoute Laura Jacobs.

Le Vlaams Belang dispose de trois sièges et, avec Christel Engelen, il pourrait également fournir un échevin. Mme Engelen siège au conseil municipal de Ranst depuis 18 ans et a rejoint le parti - qui s'appelait alors Vlaams Blok - il y a 35 ans. "Je resterai fidèle à mon parti pendant six ans et je suivrai ses grands principes en termes de contenu. Elle misera sur la sécurité et la propreté" à Ranst, une commune qui accueille un centre pour demandeurs d'asile" a-t-elle déclaré aux journalistes.

"Je pense que pour la première fois depuis longtemps les élections communes sont vraiment revenues à un niveau local. Il y a beaucoup plus de dynamiques locales en jeu dans la manière dont les gens votent et dans la formation des coalitions. Il est donc logique que les dispositions nationales telles que le cordon sanitaire aient eu moins d'impact", explique de son côté le politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

C'est la fête au Vlaams Belang

"C'est un grand jour pour la démocratie", a déclaré Barbara Pas, députée du Vlaams Belang, dans l’émission "De Zevende Dag". Le parti est au septième ciel. "Une nouvelle époque s'ouvre, une époque où la politique est à l'écoute des citoyens", a-t-elle déclaré.

Pour le président du VB Tom Van Grieken, il s'agit d'une victoire personnelle. Il a toujours exprimé son ambition de participer à la gouvernance. Tom Van Grieken veut transformer un parti de l'ombre en un parti de gouvernement. Il y parvient pour la première fois, dix ans après son arrivée à la présidence.  

Le cordon sanitaire a-t-il été rompu ou pas ?

Le fait que le Vlaams Belang entre dans une majorité à Ranst avec les listes locales PIT et Vrij Ranst ne va pas faire sauter les digues et provoquer une réaction en chaîne. C’est ce qu’a estimé celui qui fut à l'initiative du cordon sanitaire politique en Belgique en 1989, Jos Geysels, dimanche dans l'émission "De Zevende Dag" (VRT).

L'ancien secrétaire politique d'Agalev (devenu Groen) a rappelé que le cordon sanitaire est une déclaration de principe formulée par un certain nombre de partis à l'époque : CVP (devenu CD&V), SP (devenu Vooruit), PVV (devenu Open VLD), VU (duquel est issu la N-VA) et Agalev. Ceux-ci s'engagent à ne pas former de coalition avec des partis qui ne soutiennent pas les fondements de la démocratie. Il s'agit du principe fondamental selon lequel chacun, quelle que soit son origine, sa couleur de peau ou ses convictions politiques, naît égal en valeurs et en droits.

Jos Geysels a aussi évoqué le contexte local à Ranst, en province d'Anvers, où les listes locales ont pris cette "décision rance" de s'allier avec l'extrême-droite. En tant que partis nationaux, le CD&V et l'Open VLD ont respecté le cordon sanitaire en prenant la ferme décision d'exclure leurs membres impliqués dans cet accord. "C'est un signal important et porteur d'espoir", selon l'écologiste.  

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Un cordon sanitaire rompu et renforcé à la fois

La rupture du cordon sanitaire à Ranst a conduit simultanément à une réaffirmation sans équivoque de ce même cordon. Les partis nationaux n’ont pas cédé d’un millimètre. Moins d'une heure après l'annonce de la nouvelle coalition, le CD&V et l'Open VLD ont exclus les élus de Ranst qui avaient rejoint la coalition. Le PIT et le Vrij Ranst comptaient tous deux des membres de partis nationaux.

"Nous ne pouvons pas accepter de collaborer avec un parti extrémiste », a déclaré le président du CD&V, Sammy Mahdi. « C'est contraire à nos statuts. Les membres de notre parti ne peuvent pas coopérer avec des personnes qui ne respectent pas les droits de l'homme en général », a déclaré Eva De Bleeker, présidente de l'Open VLD.

Sammy Mahdi a confirmé dimanche que trois membres du CD&V faisaient partie de la liste locale PIT. "Leur décision n'est pas soutenue par le conseil du parti. C'est pourquoi nous leur avons retiré leur carte de membre", a-t-il relaté sur le plateau de l'émission De Zevende Dag (VRT). Sur VTM, M. Mahdi a ajouté que la section locale du CD&V à Ranst n'était plus active.

La décision de s'allier au Vlaams Belang a dès lors été prise par un parti local, a conclu Sammy Mahdi.  

Sammy Mahdi

Y aura-t-il un effet domino ?

Tom Van Grieken place tous ses espoirs dans les listes locales sans affiliation nationale pour répéter ce qui s’est passé à Ranst. "Nous discutons avec plusieurs communes, y compris dans les jours à venir. Nous le faisons de manière discrète et constructive. Espérons que Ranst soit le premier domino" a déclaré le président du Vlaams Belang.

Laura Jacobs, politologue à l’Université d’Anvers (UAntwerpen) n'exclut pas que ce soit le cas. "Le premier obstacle a été franchi. Je pense que cela joue un rôle pour les autres listes locales, qui ne seront plus considérées comme celles qui ont franchi le cordon pour la première fois".

Tom Maddens pense également que dans certaines communes où une collaboration était déjà en cours, les candidats seront habilités à former une coalition. "Mais cela se limitera à un petit nombre tout au plus. Il n'y aura pas de véritable effet domino".

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