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Les textiles de chaînes de vêtements comme Shein ou Fashion Nova sont souvent considérés comme de la mode "ultra rapide", éphémère et jetable

Les magasins de seconde main refusent la mode éphémère, de piètre qualité, et voient leur offre dégringoler

Fast fashion - la mode jetable ou éphémère - nuit à l’environnement et à la santé de ceux qui la fabriquent, mais les consommateurs en sont trop peu conscients. C’est ce que constate Annick Schramme, professeure en Management de la mode à Anvers, alors qu’un nombre croissant de "kringwinkels" - les magasins de seconde main en Flandre - refusent pareils vêtements en raison de leur trop mauvaise qualité et que leurs collègues aux Pays-Bas voient déjà leur offre dégringoler. "Nous devons éduquer nos enfants à être des consommateurs critiques", estime Schramme.

Anne François
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Depuis les années 1990, le concept de ‘fast fashion’ voire même d’ultrafast fashion prend de l’ampleur. Les entreprises du secteur de la mode tentent ainsi de produire "aussi vite que possible autant de vêtements que possible, et de les vendre à un aussi grand nombre de clients que possible en un temps record", explique Annick Schramme, qui enseigne le Management de la mode à l’Université d’Anvers. Elle était tout récemment invitée dans l’émission De Wereld Vandaag de la VRT. Cette approche de la mode, qui fait des vêtements quelque chose d’éphémère et de jetable, présente de nombreux inconvénients.

Le Parlement européen a fait calculer en 2020 les impacts sur l’environnement de la production et des déchets textiles, après avoir constaté que la "mode rapide" (fast fashion en anglais) a fait exploser le nombre de vêtements produits et jetés. On apprend ainsi que la production d’un T-shirt en coton nécessite environ 2.700 litres d’eau douce. Une quantité qui donnerait à boire pendant 2 ans et demie à un adulte moyen.

Toujours selon le Parlement européen, l’industrie de la mode est, de façon générale, responsable pour 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est davantage que les émissions totales provenant du transport aérien et maritime international.

Qualité médiocre

D’après Annick Schramme, le plus grand coupable de pollution dans ce secteur est le polyester. Ce tissus synthétique est réalisé à base de pétrole. L’avantage? Il ne se froisse pas, il conserve bien sa couleur et il est facile à laver. Et il est bon marché.

Le problème est que ce tissus se révèle souvent de très mauvaise qualité. "Après avoir lavé une fois des vêtements en polyester, on constate qu’ils se détériorent". Et ce n’est qu’un aspect, parce que le processus de fabrication de ce tissus s’avère en outre problématique.

"Les personnes qui fabriquent ces vêtements synthétiques travaillent dans des conditions très pénibles, dans des ateliers de misère. Elles doivent travailler très vite, puisque plus elles passent du temps sur un vêtement, plus ce produit devient cher. Or, le but est de commercialiser vite, beaucoup et à petits prix".

Annick Schramme comprend que les magasins de seconde main refusent de plus en plus la mode éphémère. "Le circuit de seconde main est basé sur le principe d’octroyer une seconde vie à des vêtements. Mais si leur qualité est médiocre à la base, même les kringwinkels ne peuvent plus rien en faire". Ils ne parviennent en effet plus à les écouler à leur clientèle. Ils refusent alors les vêtements ou les revendent à un chiffonnier. En définitive, ces vêtements atterrissent souvent sur de gigantesques décharges (photo), par exemple dans le désert chilien (voir ce reportage de "Terzake").

Une décharge de vêtements au Ghana

Chaque jour, 46 tonnes de textiles sont déposées dans les magasins de seconde main en Flandre, mais seulement un quart de ces vêtements sont ensuite vendus. Le reste est considéré de trop mauvaise qualité et est revendu à des entreprises qui vont retrier pour l’exportation, une réutilisation ou le recyclage. Le résiduel est, lui, souvent brûlé, expliquait Ellen de Craemer de l’organisation Kringloopwinkel à VRT NWS.

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Directives européennes à concrétiser

Parfois, les vêtements portés ne passent même plus par des magasins de seconde main. Les gens jettent à la poubelle leur T-shirt à 5 euros et en rachètent un nouvel exemplaire. "Les consommateurs considèrent l’habillement de plus en plus comme un produit jetable. Peu d’entre eux sont conscients à quel point cela nuit à l’environnement et à la santé", souligne Schramme.

L’Union européenne a pris une série de mesures ces dernières années pour freiner l’expansion de la mode jetable. Il existe ainsi des initiatives pour réaliser des "passeports numériques" qui permettent aux consommateurs de savoir en quelles matières et dans quelles manufactures ou usines textiles leurs vêtements ont été réalisés.

Une autre directive européenne rend les vendeurs responsables de toute la chaîne d’approvisionnement, afin qu’ils ne puissent plus fermer un œil sur des pratiques en vigueur dans certains pays. Le gouvernement français a utilisé ce levier européen pour trancher sur la loi contre la mode rapide. Il a ainsi interdit la publicité sur les produits très bon marché et introduit une ‘surtaxe environnementale’ sur certains produits à bas prix.

Rendre les consommateurs plus critiques

Cette réglementation est-elle suffisante ? Annick Schramme estime qu’il faut davantage de mesures. "Les consommateurs ne considèrent pas toute la chaîne de production, mais seulement le produit fini. De cette façon, tout devient un produit jetable”.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle important dans cette problématique. "Beaucoup d’entre nous sont influencés par des modes qui sont partagées sur ces réseaux. Et en plus la mode éphémère ne coûte pas cher : on paie le prix de trois bières ou trois petits bouteilles d’eau".

Annick Schramme plaide donc pour que les enfants soient éduqués à être des consommateurs critiques. "Cela concerne la nourriture, l’habillement, des choses de la vie de tous les jours. Si on explique aux gens comment les produits sont fabriqués et d’où ils viennent, les consommateurs seront rapidement plus sensibles à la durabilité des choses".

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