Ce dimanche, le taux de participation aux élections communales a été historiquement bas, non seulement en Flandre, mais aussi à Bruxelles. C'est ce qui ressort d'une analyse réalisée par la politologue Emilie van Haute (ULB) et VRT NWS. Malgré la participation obligatoire en Région de Bruxelles-capitale, 1 électeur sur 5 ne s'est pas présenté. En outre, les résidents non-belges qui souhaitent voter devaient d'abord s'inscrire, mais seule une minorité l’a fait. Si l'on tient compte de ce groupe, le taux de participation à Saint-Gilles et à Ixelles est même inférieur à 50 %.
Dans 2 communes bruxelloises, moins de 50% des électeurs ont voté : quelles en sont les raisons ?
Saint-Gilles et Ixelles sont 2 communes "relativement aisées" du sud de la Région bruxelloise où les socialistes obtiendront (à nouveau) le poste de bourgmestre. Mais dans ces 2 communes - coïncidence ou non - la nouvelle majorité ne représentera qu'une partie limitée de l'électorat.
En effet, moins de la moitié des habitants autorisés à voter dans ces communes ont effectivement voté. "Les coalitions y ont une majorité de sièges, mais ne représentent qu'une petite minorité d'électeurs", souligne Emilie van Haute, politologue à l'ULB.
Sur la carte ci-dessous le taux de participation en Région bruxelloise, plus la commune est foncée moins il y a d'électeurs qui sont allés voter.
Une constatation frappante qui s'explique par deux raisons principales :
Seul 1 électeur non-belge sur 6 était inscrit sur les listes électorales
Il convient d'examiner en premier le nombre total de citoyens autorisés à voter, autrement dit les "électeurs". Tout d'abord, il s'agit de tous les résidents de nationalité belge âgés de plus de 18 ans. Ils sont toujours soumis au vote obligatoire à Bruxelles.
La spécificité des communes bruxelloises est qu'elles comptent également un nombre particulièrement important de résidents qui n'ont pas la nationalité belge. Ils peuvent également voter, s'ils sont majeurs et inscrits dans la commune en question. Les non-ressortissants de l'UE doivent également résider légalement en Belgique depuis plus de 5 ans.
Au total, les communes bruxelloises comptaient 241 417 résidents de l'UE et 69 383 non-résidents de l'UE qui remplissaient ces conditions pour ces élections communales. Ensemble, ils représentent pas moins d'un tiers de toutes les personnes ayant le droit de vote à Bruxelles.
Ils sont les seuls à devoir s'inscrire sur les listes électorales. Et c'est là que le bât blesse : seul 1 résident non belge sur 6 l'a fait. Par conséquent, avant même les élections, l'électorat ne représentait que 71,4 % de l'ensemble des personnes ayant le droit de vote.
Dans le tableau ci-dessous, seule une minorité des non-Belges s'est inscrite pour voter.
"L'inscription sur les listes électorales n'était possible que jusqu'à la fin du mois de juillet. En outre, de nombreux non-Belges ne vivaient pas depuis longtemps à Bruxelles, ce qui n'est pas idéal pour leur intégration sociale et politique", explique encore Emilie van Haute. "Par ailleurs certaines communes n'ont pas informé suffisamment les non-Belges. Et les partis politiques n’ont pas fait assez d'efforts pour mobiliser ces électeurs".
À Ixelles et à Saint-Gilles, où le taux de participation est passé sous la barre des 50 %, vivent notamment un nombre relativement important de personnes de nationalité européenne. Il s'agit notamment d'expatriés "hautement qualifiés".
Certains d'entre eux peuvent donc ne rester à Bruxelles que quelques mois ou quelques années. "Mais ce problème se pose également pour les électeurs belges", explique Emilie van Haute. "La mobilité est généralement très élevée à Bruxelles. Une étude montre que plus de 2 habitants sur 3 ont déménagé dans leur commune au cours des 5 dernières années."
Un taux de participation historiquement bas, malgré l’obligation de vote
Contrairement à la Flandre, Bruxelles est toujours soumise au vote obligatoire. Cela signifie que tous les électeurs inscrits sont obligés de se rendre dans l'isoloir. Ceux qui ne le font pas risquent en principe une amende.
Pourtant, dimanche, dans toute la région bruxelloise, près d'1 électeur sur 5 ne s'est pas présenté, soit un taux de participation de 80,6 %. Il s'agit d'emblée du taux le plus bas depuis le début du siècle. À titre de comparaison, les précédentes élections communales de 2018 avaient encore enregistré un taux de participation de 84,3 %.
Faible participation dans les communes bruxelloises, plus la commune est foncée, plus il y a eu d'électeurs qui ne se sont pas présentés.
Parmi les communes bruxelloises, les plus mauvais élèves sont Molenbeek-Saint-Jean (76,3 %), Bruxelles-Ville (76,9 %) et Anderlecht (77,3 %), où près d'un quart des électeurs ne se sont pas présentés. Auderghem (85,1) a enregistré le taux de participation le plus élevé, même si plus d'1 électeur inscrit sur 7 ne s'est pas rendu dans l'isoloir.
Si l'on ajoute ce nombre élevé d’ abstentionnistes aux nombreux résidents non belges qui ne s'inscrivent même pas sur les listes électorales, on obtient un taux de participation de seulement 56,8 % pour l'ensemble de la Région bruxelloise. En d'autres termes, moins de 6 résidents sur 10 autorisés à voter se sont rendus dans l'isoloir. À Ixelles et à Saint-Gilles, c'est même moins de la moitié.
Un nombre élevé de votes blancs
De plus, cela ne dit rien sur le décompte final des voix. En effet, ce n'est pas parce qu'1 personne se présente qu'elle a bien voté pour une liste donnée. Le vote est numérique partout à Bruxelles, les votes nuls ne sont donc pas possibles, mais le nombre de votes blancs est partout beaucoup plus élevé qu'en Flandre. Dans l'ensemble de la région bruxelloise, 5,9 % des électeurs qui se sont présentés ont voté blanc.
Si l'on tient compte de ces votes blancs, on constate que sur l'ensemble des personnes autorisées à voter à Bruxelles, seules un peu moins de 54 % ont effectivement voté pour une liste donnée.
Analyse des résultats des élections à Bruxelles : Un peu plus de la moitié des électeurs bruxellois a effectivement exprimé un "vote valable".
Outre Saint-Gilles et Ixelles, Etterbeek passe également sous la barre des 50 % (48,2 %). Bruxelles-Ville termine à peine à 50 %. "Il y a donc lieu de s'interroger sur la légitimité des conseils communaux", conclut Emilie van Haute.
