La cérémonie commémorative pour les victimes de l'attentat terroriste perpétré il y a exactement un an à Bruxelles a eu lieu ce mercredi matin, vers 10h20, sur la place Sainctelette, en présence notamment du Premier ministre Alexander De Croo et de son homologue suédois, Ulf Kristersson.
Alexander De Croo et son homologue suédois commémorent les victimes de l'attentat terroriste du 16 octobre 2023
Le 16 octobre 2023, peu après 19h00, le Tunisien Abdesalem Lassoued avait ouvert le feu sur un taxi à proximité de la place Sainctelette, emportant la vie de deux des passagers - des supporters suédois venus soutenir leur équipe nationale de football qui rencontrait ce soir-là la Belgique, au stade Roi Baudouin. Un troisième passager, un Suédois âgé d'environ 70 ans, avait été grièvement blessé dans le véhicule.
Peu après les faits, l'assaillant avait revendiqué l'attaque dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Le lendemain matin, il avait été intercepté et abattu par la police dans un café situé à Schaerbeek. Le même jour, le groupe terroriste État islamique avait revendiqué le double assassinat perpétré par le Tunisien.
Dans une atmosphère manifestement chargée d'émotion, un moment de recueillement musical au violoncelle a ouvert la cérémonie (voir ci-dessous).
Les deux Premiers ministres ainsi que le ministre belge de la Justice, Paul Van Tigchelt (Open VLD), la ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close (PS), ou encore le chef de corps de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles, Michel Goovaerts, ont ensuite rendu hommage aux victimes en observant une minute de silence.
Les familles des victimes étaient présentes
Les familles des victimes, ainsi que le chauffeur de taxi accompagné de sa femme, étaient également présents.
Les deux Premiers ministres ont ensuite déposé les gerbes de fleur en hommage aux défunts, accompagnées d'un maillot de football de la Suède, au pied du bâtiment en verre. "À jamais dans nos pensées", pouvait-on lire sur la couronne de fleurs.
Le chauffeur de taxi, la victime "oubliée" de cet attentat
Un an après l'attentat terroriste perpétré sur la place Sainctelette, à Bruxelles, l'association Life for Brussels a tenu à rappeler le quotidien plus que compliqué d'une quatrième victime "souvent oubliée", le chauffeur de taxi.
"Ce soir-là, il a croisé le regard du terroriste et depuis lors, n'a pas été épargné par la spirale infernale du syndrome de stress post-traumatique. Il a été reconnu inapte à reprendre le travail", a souligné mercredi l'association pour l'aide et l'accompagnement des victimes d'actes de terrorisme. Life for Brussels a rendu hommage aux victimes décédées, à leur famille, ainsi qu'à l'homme blessé et ses proches, tout en exprimant son soutien à cette autre victime "jusqu'ici ignorée".
"Ma famille et moi avons été complètement oubliés, laissés pour compte", a déclaré le chauffeur de taxi. "Depuis le 16 octobre, je ne suis plus le même, chaque jour est un combat, et parfois je me demande combien de temps je pourrai encore tenir. La vie n'a plus de sens. Je revis cette journée sans fin, et je me demande pourquoi personne ne me considère."
Malgré son statut de victime d'acte de terrorisme, "cet homme n'a pas droit à l'indemnisation pour les séquelles profondes laissées par cette nuit d'horreur", déplore Life for Brussels. "Cette injustice ne résulte pas d'un manquement de la part des assurances, mais bien d'un vide législatif qui, à ce moment-là, ne permettait pas une indemnisation adéquate pour de tels actes", dénonce-t-elle.
Depuis 2017, l'association dit alerter le gouvernement belge sur le risque de la survenance d'un attentat dans les lieux n'étant pas couverts par une assurance. "L'État belge aura mis sept ans pour légiférer à ce sujet, soit en 2024. C'est donc beaucoup trop tard pour ce chauffeur de taxi, qui n'a pas pu en bénéficier", regrette Life for Brussels.
Sur les quatre victimes de l'attentat, il est le seul à ne pas avoir reçu d'indemnités. "Les assurances n'ont fait qu'appliquer la loi en vigueur à l'époque et malheureusement, la nouvelle loi d'indemnisation des victimes d'actes de terrorisme n'est pas rétroactive", poursuit l'association.
Life for Brussels appelle ainsi le ministère de la Justice, dont la commission pour l'aide financière dépend, à "faire preuve d'humanité" et à accorder "l'attention nécessaire" au dossier de cette victime. "Il est temps que cet homme, qui a fait preuve de bravoure face à la barbarie, reçoive enfin la reconnaissance et le soutien qu'il mérite."
L'association ajoute que "l'une des victimes suédoises, décédée dans un bâtiment et non dans le taxi, n'aurait donc pas dû être couverte par une assurance, et sa famille n'aurait pas dû être indemnisée. Fort heureusement, elle l'a été et nous nous en réjouissons. Mais alors, pourquoi le chauffeur de taxi n'a-t-il pas eu autant d'égard?", s'interroge-t-elle.


