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Le Musée de la Mode d'Anvers fait sortir des coulisses les artistes du maquillage, ces "peintres de la mode"

Après Ostende, c’est au tour d’Anvers de célébrer depuis fin septembre les 75 ans de la mort du peintre James Ensor (1860-1949) avec quatre expositions présentées au Musée des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA ), au Musée de la Photo (FOMU ), au Musée Plantin-Moretus et au MoMu . Jusqu’au 2 février 2025, le Musée de la Mode anversois propose ainsi "Mascarade, maquillage & Ensor ", une exposition multimédia haute en couleurs qui célèbre le savoir-faire et la créativité de ces peintres de la mode que sont les artistes du maquillage et de la coiffure. L’engouement de James Ensor pour les masques et déguisements est aussi placé au centre de cette exposition, avec plusieurs de ses toiles. L’artiste ostendais les utilisait pour révéler la vraie nature des personnages masqués, évoquer séduction, tromperie, artifice et fugacité, et poser des questions universelles sur la nature humain. Des questions qui sont toujours d’actualité.

Anne François Kristien Bonneure
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Tout au long de l’histoire, on a comparé le maquillage au port d’un masque et à la volonté de cacher son vrai visage, rappelle le MoMu. James Ensor, fin observateur et critique du monde et des gens qui l’entouraient, reconnaissait leurs incertitudes et leur fausse coquetterie. À partir de 1888, l’artiste ostendais s’est souvent servi de masques, de vêtements et d’accessoires comme instruments ambigus de démasquage. Une manière de révéler la vraie nature et les sentiments profonds de ses créatures masquées.

L’œuvre d’Ensor conduit encore aujourd’hui à des questions universelles : pourquoi portons-nous des masques ? Pourquoi l’être humain a-t-il si peur de vieillir manifestement ? Comment répondre à des idéaux de beauté en constante évolution et impossibles à atteindre ?

Le maquillage et la beauté, devenus une industrie qui brasse des milliards, placent l’être humain face à l’évanescence de son physique, à ses imperfections imaginaires et à ses peurs existentielles. Mais, tout comme la peinture, le maquillage est également une forme d’expression personnelle, d’expérimentation artistique, de joie et de liberté. L’exposition "Mascarade, maquillage & Ensor" explore donc le lien étroit qui relie le maquillage à de nombreux aspects de notre condition humaine.

Les artistes du maquillage travaillent en coulisses, mais ils complètent la silhouette

Elisa De Wyngaert, curatrice de l’exposition

Dans le prolongement de l’œuvre d’Ensor, le MoMu fait sortir de l’ombre les artistes du maquillage et de la coiffure, ceux que la curatrice Elisa De Wyngaert appelle les peintres de la mode. "Bien qu’ils travaillent en coulisses, ils possèdent une grande force artistique et complètent la silhouette. Nous pouvons enfin mettre leur travail en lumière, parce qu’ils ne reçoivent souvent pas assez de crédit pour ce qu’ils font".

C’est notamment le cas de Peter Philips , le Belge qui est directeur artistique du maquillage chez Dior et qui emmène partout avec lui son tout premier pinceau de maquillage. Ou Inge Grognard , artiste de maquillage qui a travaillé pour pratiquement tous les créateurs belges et avant tout pour Martin Margiela. Elle en parle dans une vidéo présentée à l’exposition. L’artiste de la coiffure Julien d’Ys dévoile ses carnets d’inspiration, qui sont remplis de couleurs et d’étonnante créativité.

Carnets de croquis du styliste de la coiffure Julien d'Ys pour une collection 2002

Histoire de mouches

Le maquillage peut être vu comme un masque, un camouflage, mais aussi comme moyen puissant d’exprimer sa personnalité. Ces deux aspects sont traités dans l’exposition, parfois même en une seule application : déjà à l’époque des perruques, le point noir ou "mouche" que l’on s’appliquait sur le visage servait à en camoufler les imperfections. Aujourd’hui on utilise parfois aussi des petites étoiles que l’on colle sur des boutons pour les cacher (ou les souligner ?).

L’exposition multimédia au MoMu est difficile à résumer, il faut avant tout s’y promener. Elle comprend des vidéos perturbantes sur la façon dont l’intelligence artificielle se sert du maquillage et du visage humain. On y découvre aussi des applications artistiques pour les sourcils et les lèvres, ou des fonds de teint en 59 nuances de l’entreprise de la chanteuse Rihanna. Les cagoules très colorées du styliste anversois Walter Van Beirendonck, qui cachent tout le visage, n’ont pas été oubliées.

Des artistes contemporains sont également présentés. Comme l’Irlandaise Geneviève Figgis, dont les peintures colorées et les personnages grotesques rappellent ceux de James Ensor.

Une séance de photos de mode: 'Fashion shoot' de Genevieve Figgis (2021)

Le Musée de la Mode d’Anvers présente évidemment aussi plusieurs toiles de James Ensor, provenant de divers autres musées, comme celui des Beaux-Arts de Gand. On y voit comment l’artiste ostendais traite le maquillage dans ses portraits de femmes. Il dépeint ainsi sa sœur Mitche avec des lèvres rouges, une couleur qui était à l’époque moins acceptable pour la bouche que pour les joues, indiquait la curatrice Romy Cockx.

'Vieille dame aux masques' de James Ensor (1889)

Dans son portrait "Vieille dame aux masques" datant de 1889, Ensor dépeint un chapeau démodé, un front rempli de rides et des taches de beauté noires, pour illustrer la fugacité de la mode et de la beauté. Les masques de l’artiste ostendais sont légion, notamment dans l’œuvre énigmatique "L’étonnement du masque Wouse" (1889).

Ensor a une puissance qui est super-contemporaine

Elisa De Wyngaert, curatrice

Le MoMu analyse dans cette exposition "comment les idées d’Ensor à propos de la mascarade, la (fausse) coquetterie, la séduction, la tromperie, l’artifice et la fugacité peuvent résonner plus de 100 ans plus tard auprès d’un public contemporain".

Le Musée anversois s'associe à la plateforme emblématique d'art, de beauté et de culture Beauty Papers pour présenter les œuvres des artistes du maquillage et de la coiffure et de photographes contemporains de premier plan dans trois nouvelles installations vidéo explorant les thèmes clés de l'œuvre d'Ensor sous l'angle de la beauté d'aujourd'hui.

L’exposition "Mascarade, maquillage & Ensor " est à voir au MoMu à Anvers jusqu’au 2 février 2025.

L'affiche de l'exposition au MoMu

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