À Deinze (Flandre Orientale), la ville natale de l'artiste Emile Claus, le musée Mudel expose plus de 130 œuvres du "prince du luminisme", celui qui a fait jaillir la lumière du soleil de la peinture. Toutes les grandes œuvres provenant de musées y sont exposées, mais aussi des tableaux qui appartenaient à des collections privées et que même les experts ne connaissaient que par les livres.
Emile Claus, prince du luminisme : des oeuvres remarquables issues de musées et de collections privées rassemblées à Deinze
Le Mudel, le musée de Deinze et du Pays de la Lys se prépare à accueillir la grande foule de visiteurs. Cette rétrospective est l'apothéose de l’année Emile Claus. Emile Claus est né à Sint-Eloois-Vijve, près de Waregem en 1849, il y a 175 ans et est décédé en 1924 à Astene, soit il y a tout juste un siècle. Il s'agit donc d'un double anniversaire.
Vous ne pouvez pas le manquer à Deinze : des drapeaux arborant la silhouette moustachue d'Emile Claus flottent dans toutes les rues commerçantes et même les cabines électriques sont recouvertes de son œuvre ensoleillée. Après une année entière d'activités et de célébrations, cette exposition est un moment fort.
"100 ans après sa mort, nous voulions rassembler 100 de ses œuvres, mais finalement nous avons pu en obtenir plus de 130", explique avec fierté Wim Lammertijn, le conservateur de Mudel. Les tableaux proviennent de tous les musées et institutions publiques de notre pays, ainsi que du musée d'Orsay à Paris. "Jamais autant d'œuvres qu'Emile Claus n'avaient été rassemblées dans un même endroit", ajoute-t-il.
"L'annonce de la préparation d’une année Emile Claus a suscité un élan particulier, en ce sens que de nombreux propriétaires privés de ses œuvres se sont manifestés", explique encore Wim Lammertijn. Des tableaux surprenants ont ainsi refait surface. Même les experts ne connaissaient certaines œuvres que par des images en noir et blanc dans de vieux livres.
La récolte du lin et les fesses nues d'un bébé
Une scène d'hiver, une version plus petite du tableau "Enfants jouant sur la glace" (1891) ou une toile colorée représentant les préparatifs d'une procession mariale, par exemple, proviennent de particuliers. L'œuvre "La récolte du lin" de 1883 est particulièrement intéressante (voir l'image en haut de cet article).
"C'est l'une des premières œuvres dans lesquelles Emile Claus explore l'impressionnisme", explique Johan De Smet, conservateur et expert d’Emile Claus. "On y voit déjà la lumière ou le violet au loin, qu'il a emprunté à Claude Monet". Plus tard, cette lumière brillera à travers tout, Claus devenant le maître de la lumière par excellence, éclaboussant chaque toile".
La scène d'un jeune couple de paysans, d'un bébé presque nu et d'un petit garçon accroché au pantalon de son père joue également sur l'émotion du public. "Il dépeint les gens avec empathie. En effet, il a lui-même très bien connu la vie à la campagne et le dur labeur dans ce petit biotope".
Le vieux jardinier : des pieds sales aux cheveux d'or
Le vieux jardinier (1886-1887) est un tableau essentiel d'Emile Claus qui provient du musée La Boverie à Liège. "Claus dirige l'image et joue avec la lumière et l'obscurité", précise encore Johan De Smet.
Vaches traversant la Lys : le calme et le mouvement dans une toile monumentale
Une salle de l’exposition est remplie de peintures animalières, la toile monumentale avec une douzaine de "Vaches traversant la Lys", qu'Emile Claus a peinte pendant trois ans, de 1897 à 1899, est un autre coup de maître. "Le calme et le mouvement dans un tableau monumental", explique Johan De Smet.
Voyage en Afrique du Nord
La Lys et la vie rurale dominent l'œuvre d'Emile Claus. Mais son amour de la couleur et de la lumière vient pourtant d'ailleurs. En 1879, Claus entreprend un voyage en Afrique du Nord. Un nouveau monde s'ouvre à lui. "Il disait lui-même : "Je suis parti comme un aveugle et je suis revenu comme quelqu'un qui voyait", raconte Johan De Smet.
La lumière de l'Afrique du Nord a intrigué Emile Claus. Et il a fait le portrait de personnes qu'il a rencontrées, spontanément, en petit format. "Ce sont mes préférés", déclare Johan De Smet. "Cela montre qu'Emile Claus avait de nombreux visages. Au cours de sa longue carrière, il aura été plusieurs peintres et au pluriel".
Charlotte et Jenny
Emile Claus était marié à Charlotte Du Faux, la fille d’un notaire. Dans ce portrait qu'il a peint d'elle en juillet 1900, une petite œuvre avec des canards est accrochée au mur. Cette œuvre a été prêtée par le Musée des Beaux Arts de Tournai et peut être admirée au Mudel à Deinze.
Emile Claus a eu de nombreux élèves qui sont venus apprendre le métier auprès de lui. Parmi eux se trouvaient plusieurs femmes, comme Anna De Weert ou Yvonne Serruys, qui devint plus tard une sculptrice à succès. C'est elle qui a réalisé le grand monument en l’honneur d’Emile Claus dans le parc de la Citadelle à Gand.
Jenny Montigny était également l'une de ses élèves, et aura aussi été la maitresse d'Emile Claus jusqu'à sa mort. Il y a une histoire particulière à ce sujet.
Après sa mort en 1924, Claus fut enterré au cimetière d'Astene, où Jenny Montigny venait déposer des fleurs tous les jours. La veuve de Claus n'a pas apprécié cela et a décidé de le réenterrer dans son propre jardin, de la Villa Zonneschijn, sous une sculpture en marbre de George Minne.
Émile Claus. Prince du luminisme" se tient du 28 septembre 2024 au 26 janvier 2025 au Mudel, le musée de Deinze et du Pays de la Lys.


