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Communales 2024 : quels sont les enjeux dans les grandes villes flamandes ?

Le 13 octobre, la Flandre ira aux urnes, avec cette fois la grande inconnue du taux de participation, puisque le vote n'est plus obligatoire pour les élections communales et provinciales dans le nord du pays. Quels sont les enjeux, dans ses principales villes?

Eric Steffens Belga
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Anvers

Anvers et Bart De Wever sont deux noms devenus inséparables ces dernières années. Y a-t-il dans la métropole de la place pour une autre figure politique? Le PVDA (Parti du Travail de Belgique) veut y croire, lui qui a dans la "Scheldestad" une tête de liste qui fait fureur chez les jeunes, entre autres via son utilisation habile des réseaux sociaux: Jos D'Haese, 32 ans.

Mais si Bart De Wever devenait Premier ministre fédéral, tout en étant élu bourgmestre, c’est la 2e de la liste N-VA, Els van Doesburg (35 ans), l’actuelle échevine du Logement qui deviendrait bourgmestre faisant fonction. 

Là où la N-VA a connu la stabilité, ses partenaires de coalition n'ont pas été épargnés. Vooruit, d'abord, dont une partie des élus refusaient de s'allier aux nationalistes, puis qui a vu son échevin Tom Meeuws quitter la politique après avoir été accusé de propos racistes.  Quant à l’échevine de l’enseignement Jinnih Beels, cheffe de file de Vooruit à Anvers, elle a renoncé à être tête de liste pour le scrutin communal. C’est finalement la députée européenne Kathleen Van Brempt qui emmène la liste Vooruit à Anvers.

En ce qui concerne l'Open VLD, l'unique échevine Erica Caluwaerts a décidé de fonder son propre parti en cours de route.

Dans l'opposition, Groen compte sur l'ancien directeur de l'organisation 11.11.11 Bogdan Vanden Berghe. Le CD&V opère un grand renouvellement, tandis que le Vlaams Belang revient avec Filip Dewinter. Mais la N-VA assure exclure toute coalition avec l'extrême-droite.  

Turnhout

A Turnhout, en province d'Anvers, le bourgmestre N-VA, Paul Van Miert a anticipé les nouvelles règles de priorité pour la création d'une majorité et la désignation du bourgmestre, en lançant une liste de cartel avec le CD&V.

Le principal challenger de cette liste mixte devrait être la tête de liste Vooruit Hannes Anaf, mais on s'attend aussi à une franche montée des extrêmes (VB et PTB), qui pourraient même forcer tous les autres à s'entendre pour une coalition. Actuellement, une coalition N-VA - CD&V - Vooruit - Groen dirige la ville.

Malines

A Malines, en province d'Anvers,  règne Bart Somers, ex-"meilleur bourgmestre au monde". Le libéral souhaite poursuivre pour un cinquième (!) mandat, l’Open VLD se présente en cartel avec Groen. Celui qui était ministre flamand des Affaires intérieures, dans le gouvernement de Jan Jambon, avait remis sa démission, il y a un an, pour pouvoir se concentrer entièrement sur sa ville de Malines.

Gand

A Gand, le bourgmestre Open VLD Mathias De Clercq s'est cette fois associé aux socialistes, dans l'espoir de conserver son écharpe maïorale. Leur liste commune, "Voor Gent", a d'autres atouts, comme les socialistes Freya Van den Bossche et Astrid De Bruycker.

Mais rien n'est certain pour le libéral, dont le grand rival reste Filip Watteuw, tête de liste Groen et parfois taxé d'être, dans l'ombre, le véritable dirigeant de la ville. Actuellement échevin de la Mobilité et de l'Espace public, il divise et déchaîne les passions, alors que la mobilité (places de parking, zone piétonne, zone de basses émissions, etc.) est un des grands enjeux de l'élection avec le logement.

Ninove

En Flandre orientale également, il y a le suspense propre à Ninove, ville de Guy D'haeseleer. Cette figure du Vlaams Belang a-t-elle de réelles chances d'atteindre une majorité absolue, avec son "Forza Ninove"? La bourgmestre libérale Tania De Jonge a rassemblé une liste large, avec des indépendants et des chrétiens-démocrates, sous le nom "Positief Ninove", pour contrer les ambitions de l'extrême-droite.

Louvain

Louvain (Brabant flamand), ville universitaire par excellence, est aux mains des socialistes depuis Louis Tobback en 1995.

La question qui se pose ici est: est-ce que Mohamed Ridouani (Vooruit), qui selon toute vraisemblance restera maïeur, choisira de construire sa coalition avec Groen, comme celle qui est en place actuellement (avec aussi le CD&V), ou se tournera-t-il vers la N-VA, dans la même veine que le gouvernement flamand?

Mohamed Ridouani semble en tout cas avoir toutes les cartes en main, et sa majorité n'a flanché sur aucun dossier lors des dernières années. Une prolongation serait donc la plus logique, mais Groen pourrait bien perdre des plumes, ce qui mettrait sa position dans la majorité en danger.

Le CD&V est dans la même situation, qui pourrait perdre de précieux points de pourcentage. Selon certains, une alliance avec la N-VA comme au niveau régional pourrait également être utile pour faire avancer d'importants projets de construction.

Vilvorde

A Vilvorde, le bourgmestre Hans Bonte (Vooruit) brigue un troisième mandat. Mais le socialiste pourrait ne plus avoir la main. D'une part, Groen, en cartel avec Vooruit en 2018, présente sa propre liste. D'autre part, les deux autres partenaires de la majorité sortante, l'Open VLD et le CD&V, se présentent ensemble devant l'électeur, avec la ferme intention de l'emporter.

À gauche, Vooruit devra aussi faire face à la concurrence du PTB, arrivé en tête dans la commune aux élections fédérales et régionales du 9 juin dernier avec 21% des voix. La présence d'une liste Team Fouad Ahidar ajoute une inconnue supplémentaire à l'équation. 

De l'autre côté de l'échiquier politique, la N-VA entend revenir dans la majorité. En l'absence d'une liste Vlaams Belang, le comportement de ses électeurs sera scruté attentivement. L'extrême-droite avait récolté 13% des voix en juin. Enfin, il n'y aura pas de liste UF (Union des Francophones) dans cette commune sans facilités de la périphérie bruxelloise, mais bien une liste MR tirée par... les deux conseillers communaux UF sortants.

Hasselt

A Hasselt, chef-lieu du Limbourg, c'est un N-VA qui est à la barre depuis les précédentes élections: Steven Vandeput, ex-ministre fédéral de la Défense. Une petite révolution en soi, car depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale la ville était systématiquement dirigée par un chrétien-démocrate ou un socialiste. Pendant plus de deux décennies, de 1995, à 2016, le sp.a (désormais Vooruit) était ici incontournable.

L'enjeu pour Steven Vandeput est clair: garder l'écharpe maïorale, grâce à l'annonce très précoce (dès janvier) d'un cartel N-VA - Open VLD qui compte bien rester au pouvoir, le parti nationaliste pesant dans cet attelage bien plus lourd (12 sièges au conseil communal) que les libéraux (4). Actuellement, ces deux formations sont en coalition avec "RoodGroen+", un mélange de socialistes, écologistes et indépendants (11 sièges) qui a cependant éclaté durant l'été, les Verts accusant les socialistes d'être allé discrètement négocier avec la N-VA.

L'ex-secrétaire général de l'Otan Willy Claes tentera de "rebooster" les socialistes en poussant la liste Vooruit de Tine Jans, jeune trentenaire qui a échoué en juin à se faire élire à la Chambre. Mais les derniers sondages prédisent aussi une percée du Vlaams Belang, qui occupe 3 sièges actuellement.

Genk

L'ancienne ville minière sera le 13 octobre le théâtre d'un duel renouvelé, entre la ministre flamande et poids lourd de la N-VA, Zuhal Demir, et le bourgmestre en place, le CD&V Wim Dries. Ce dernier possède depuis 2009 l'écharpe maïorale (actuellement avec le soutien des socialistes), et tous ses prédécesseurs depuis la Seconde Guerre mondiale étaient des chrétiens-démocrates.

Wim Dries, un pur produit local qui a fait toute sa carrière politique à ce niveau, reste très populaire. Mais comme dans bien d'autres communes du Limbourg, les chrétiens-démocrates voient leurs bases historiques grignotées par les formations plus à droite de l'échiquier politique: en juin, ils ont reculé tandis que la N-VA se maintenait et que le Vlaams Belang faisait un bon pas en avant.

Et à l'autre extrémité du spectre, le PTB a réalisé un véritable bond. Les extrêmes droite et gauche pourraient bien devoir batailler pour la troisième place dans la ville, avec d'une part l'expérimenté Chris Janssens (VB), une machine à voix, et d'autre part l'ex-ouvrier de Ford Gaby Colebunders (PTB). Vooruit et Groen se présentent avec une liste commune, et les libéraux, en état de mort clinique à Genk, ne se présentent pas du tout.

Bruges

L'actuel bourgmestre de Bruges Dirk De fauw, CD&V, semble bien parti pour rempiler. La coalition CD&V - Vooruit - Open VLD a traversé les six dernières années sans réelles disputes, et les sondages le récompensent, en donnant le bourgmestre sortant favori. La seule ombre au tableau était un désaccord au sein de la majorité au sujet de la fusion de deux hôpitaux de la ville, un dossier qui reste ouvert. L'Open VLD a Mercedes Van Volcem en tête de liste, Vooruit Pablo Annys, et la N-VA Maaike De Vreese. Le Vlaams Belang table sur une valeur sûre, Stefaan Sintobin.

Ostende

Qui dit Ostende, dit Bart Tommelein. Il y a 6 ans, le libéral a réalisé un tour de force dans la ville côtière, y boutant les socialistes hors du pouvoir avec une coalition Open VLD - Groen - CD&V - N-VA. Mais face à lui, Vooruit a un certain John Crombez, et les socialistes se portent bien dans les sondages.

Bart Tommelein se présente à l'électeur en cartel Open VLD - Groen - CD&V, sous le slogan "Fier d'Ostende". La majorité en place a connu de premières années sans tempête, mais c'était moins évident durant les derniers mois, notamment avec l'instauration d'une zone 30 dans le centre-ville, qui ne fait pas l'unanimité. John Crombez promet, à certains endroits, de l'annuler. Le dossier délicat de la rénovation du Thermae Palace a également créé des remous.

Courtrai

Courtrai, ville où coule la Lys, toute proche de la France, est aussi la cité de Vincent Van Quickenborne (Open VLD), turbulent ex-ministre fédéral de la Justice dont l'étoile semble avoir pâli. "Quickie" ne fait plus vraiment recette depuis le "Pipigate". C'est Ruth Vandenberghe, qui occupait son poste pendant son mandat ministériel, qui a donc été placée en tête de liste, celle de la "Team Burgemeester Stadslijst Kortrijk" qui rassemble aussi bien des libéraux que des chrétiens-démocrates. Courtrai est une ville "rock 'n' roll", nous assure cette liste, qui s'est amusée à "recréer" 19 visuels iconiques de pochettes vinyles pour mettre en scène ses 41 candidats.

Historiquement, Courtrai était une ville dominée par le CD&V, comme d'ailleurs la Flandre occidentale dans son ensemble. Jusqu'à la prise de pouvoir de Vincent Van Quickenborne en 2013, aidé des nationalistes et socialistes. Reste à voir comment les Courtraisiens verront ce changement de cap avec l'alliance des libéraux aux chrétiens-démocrates. La N-VA a aussi un candidat-bourgmestre, Axel Ronse, ainsi que le Vlaams Belang, Wouter Vermeersch. Ce dernier a été très performant en juin aux élections de la Chambre, avec 35.200 voix de préférence.

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