Les Belges vivant en ville ont trop peu accès à la nature, en particulier dans les communes les moins riches, si l’on en croit une analyse réalisée par Greenpeace sur base d'une carte élaborée par DataLab. Au moins un million de personnes ne disposent ainsi d'aucun parc d'au moins 0,2 hectare à 300 mètres de chez elles, pointe l'ONG environnementale. La ville limbourgeoise de Genk (ancienne ville minière) donne le bon exemple en matière de nature urbaine. Les villes qui veulent faire rapidement des progrès dans le domaine de l’accès à la nature doivent avant tout planter de grands arbres, conseille le professeur néerlandais Cecil Konijnendijk.
Seules 18 communes urbaines belges offrent suffisamment d'arbres et de nature à leurs habitants
La carte préparée par DataLab révèle le niveau d'accès à la nature urbaine de chaque bâtiment en Belgique. Elle utilise pour cela la règle des 3-30-300, élaborée par le professeur néerlandais Cecil Konijnendijk. Cette règle établit qu'un bâtiment doit offrir une vue sur au moins 3 arbres, que le quartier doit être couvert à 30% de verdure et que 300 mètres maximum doivent séparer chaque bâtiment d'un espace vert public. Cette règle est appliquée dans ce que le gouvernement flamand utilise depuis 2023 comme nouvelle "norme verte", à l’usage non contraignant des autorités qui veulent verdir leur territoire.
Diverses études indiquent que la présence d’arbres - certainement dans des communes et villes densément construites - apporte des avantages pour la santé des habitants. Plus il y a d’arbres dans les rues, au mieux les riverains sont protégés contre les maladies cardiovasculaires, les problèmes mentaux et le stress. En 2022, l’Université de Louvain (KU Leuven) avait constaté que moins de médicaments sont vendus dans les quartiers bruxellois plantés de beaucoup d’arbres.
Les arbres forment aussi un tampon climatique. Pendant les vagues de chaleur, ils rendent la ville moins étouffante et peuvent en faire baisser la température jusqu’à 6 degrés Celsius. Mais pour la plupart des villes et communes belges, la norme de 3-30-300 n’est encore qu’un rêve lointain. C’est ce qui ressort de l’analyse de DataLab, une équipe de scientifiques indépendants qui a combiné des données officielles sur l’urbanisme et la présence d’arbres dans nos villes.
Voici le score des communes de Belgique par rapport à la règle des 3-30-300. Utilisez la souris pour voir le score de votre commune.
Genk, championne verte
L'analyse de Greenpeace montre que dans 101 villes belges - parmi lesquelles Verviers, Mouscron, Wavre et Etterbeek - aucune habitation ne respecte l'intégralité de cette règle des 3-30-300. Dans 74 des 100 villes et communes les plus peuplées de Belgique - comme Namur, Charleroi, La Louvière, Anvers ou Bruges - moins d'un dixième des bâtiments sont conformes à la règle.
A contrario, dans 18 communes - comme Genk (photo), Watermael-Boitsfort, Viroinval, Vresse-sur-Semois ou encore Brasschaat - plus de la moitié des bâtiments sont conformes à cette règle.
"On constate une répartition très inégale des arbres et des parcs", signale Ruth-Marie Henckes, chargée de campagne biodiversité chez Greenpeace Belgique. "Les quartiers et les communes les plus riches sont aussi les plus verts, tandis que les plus pauvres se retrouvent enclavés dans du béton. Par conséquent, les bénéfices d'un environnement vert pour la santé sont également inégalement répartis". L'ONG appelle dès lors les futurs élus des élections communales du 13 octobre à "s'attaquer d'urgence à cette injustice".
Parcs de poche et arbres d’adoption
Le professeur néerlandais Cecil Konijnendijk précise que les villes et communes belges ont avant tout des difficultés à parvenir à couvrir 30% de leur territoire de verdure. Ce qui tire leur score total vers le bas. Et pourtant ce paramètre a la plus grande influence sur la santé des gens. "Quelques pourcents en plus (même passer de 10 à 12% de couverture verte) fait déjà la différence".
Ce sont avant tout les vieux et grands arbres qui permettent de faire monter le score d’une commune, grâce à leur couronne verte imposante. "Les villes doivent commencer par reverdir leur noyau central, dans les quartiers où vit une population défavorisée. On peut y planter des parcs de poche avec de grands arbres bien visibles. Ailleurs, on peut voir quels anciens sites industriels sont appropriés".
Parfois il n’y a pas beaucoup de place dans les villes pour y planter des arbres, en raison de leurs racines. "Sous la sol, il y a des forêts de câbles et de canalisations. Comme à Amsterdam, on peut y rassembler les canalisations pour gagner de la place en souterrain". L’occasion se présente par exemple quand des rues sont réaménagées dans le cadre de transitions énergétiques ou de mobilité, indique encore le professeur néerlandais.
Cela nécessite évidemment une certaine planification. Comme l’a fait la ville de Courtrai (Flandre occidentale) avec le premier Urban Forestry Masterplan (un masterplan pour la verdure urbaine), qui donnera à terme des résultats sur le terrain.
Et si les habitants ne veulent pas attendre que l’administration communale planifie davantage de verdure ? "Arrêtez d’abattre les arbres privés. Les gens se débarrassent souvent d’arbres dans leur propre jardin, par exemple parce qu’ils créent des nuisances. Mais on peut renverser cette tendance”, indique Cecil Konijnendijk.
Greenpeace donne pour sa part une dizaine de conseils pour accroitre la végétation urbaine. Elle demande davantage d’attention pour les petits et grands parcs, mais aussi que les projets "vieillots" concernant la nature urbaine menacée soient abandonnés au profit de constructions incluant des arbres existants. C’est mieux que d’abattre de vieux arbres pour les remplacer par de nouveaux petits arbres.
