Plusieurs centaines de travailleurs européens issus des secteurs du gardiennage, de l'Horeca et du nettoyage se sont rassemblés mardi midi sur la place Jean Rey à Bruxelles, au sein du quartier européen, pour appeler à une réforme des règles de l'Union européenne sur les marchés publics. En raison de cette manifestation tous les vols passagers au départ de l'aéroport de Charleroi (BSCA) et de Zaventem (Brussels Airport) ont été annulés ce mardi.
Des centaines de manifestants dans le quartier européen à Bruxelles, les aéroports de Zaventem et de Charleroi impactés
Les syndicats en front commun dénoncent des appels d'offres publics qui poussent aux prix les plus bas, ce qui entraîne de mauvaises conditions de travail.
Quatorze organisations issues de neuf pays européens ont mené cette manifestation destinée à demander à la Commission européenne et au Parlement européen de réformer les règles d'attribution des marchés publics et ainsi améliorer les conditions de travail et de rémunération des travailleurs concernés par ces marchés. Ces marchés représentent "des millions de travailleurs et 14% du PIB de l'Union européenne", ont souligné les syndicats.
Selon une étude d'Uni Europa, publiée en 2023, près de la moitié des marchés publics en Europe sont attribués sur base du prix le plus bas. Les syndicats appellent à ce que les conditions de ces attributions soient mieux réglementées au profit des travailleurs.
Rendre visibles des travailleurs qu'on ne connaît souvent pas
Outre ces revendications, l'objectif de cette manifestation était de "rendre visibles" des travailleurs "qu'on ne connaît souvent pas malgré leur travail essentiel", a indiqué Gaëtan Stas de la CSC Alimentation et Services. "Sans eux, notre société ne fonctionne pas", a renchéri le secrétaire régional de la fédération syndicale européenne Uni Europa, Oliver Roethig. "Le travail d'il y a 30 ans n'est plus celui d'aujourd'hui. Un travail de trois heures doit maintenant être fait en une. Cela ne peut plus durer", a encore témoigné une travailleuse du secteur du nettoyage, dénonçant un "manque de respect" des employeurs.
"Notre message aux parlementaires européens et aux entreprises est que la situation actuelle est inacceptable", a souligné Gaëtan Stas. "Le Parlement européen a la main sur cette réforme. Mais celui-ci tend vers la droite et l'extrême-droite et cela ne nous rassure pas."
Plusieurs députés européens, parmi lesquels l'ex-secrétaire bruxelloise de la FGTB Estelle Ceulemans, étaient présents parmi les manifestants pour appuyer la demande de réforme. Celle-ci serait soutenue par près de 180 parlementaires, selon Uni Europa. "Il est inacceptable que l'argent public finance des emplois de moindre qualité. Il faudra faire entendre régulièrement votre voix pour rappeler que cette directive européenne doit être revue", a clamé la députée socialiste devant la foule.
Plusieurs députés européens ont apporté leur soutien aux manifestants
"Nous accueillons la volonté d'Ursula Von der Leyen de réformer ce règlement européen, mais nous serons vigilants que cela ne se fasse pas au bénéfice des entreprises, mais des travailleurs", a abondé Enrico Somaglia, secrétaire adjoint de l'EFFAT, la fédération européenne des syndicats de l'alimentation.
Les syndicats souhaitent en outre que la réforme comprenne un point sur les sous-traitants, afin d'éviter que la directive sur les marchés publics soit contournée. "Plus il y a d'employeurs, au moins on sait qui est vraiment responsable. Il s'agit ici d'argent public, on doit donc s'assurer de la manière dont il est dépensé", a argumenté Oliver Roethig d'Uni Europa. "Pour l'instant, nous avons organisé un petit événement, mais nous voulons adresser le message que nous sommes prêts à nous mobiliser."
Les revendications des syndicats européens ont par ailleurs été appuyées par une lettre ouverte signée par une centaine d'économistes, parmi lesquels Thomas Piketty et Isabella Weber.
Outre le rassemblement sur la place Jean Rey, quelques dizaines de travailleurs ont également manifesté à Brussels Airport, où tous les vols ont été annulés, faute de sécurité suffisante.
