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Visite du pape: quelle est aujourd'hui l'importance de l'Eglise et de la foi catholique en Belgique ?

Le pape François sera en visite en Belgique du jeudi 26 au dimanche 29 septembre. A l’approche de cet événement, on peut se demander qui attache encore de l’importance à sa venue dans notre pays ? Le pape prêche-t-il encore devant une église pleine ? Qu’en est-il aujourd’hui de la foi catholique en Belgique ? Et quelle a été l’influence des scandales révélés ces dernières années de violences sexuelles perpétrées au sein de l’Eglise ? La sécularisation s’est poursuivie très rapidement au cours des dernières décennies.

Anne François Peter Decroubele
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Chaque année, l’archevêché de Malines-Bruxelles publie un rapport rempli de chiffres et de résultats de recherches qui donnent un aperçu sur l’évolution de la foi catholique romaine et de l’adhésion à celle-ci en Belgique. Nombre de ces chiffres sont en baisse. Le rapport le plus récent (datant de novembre 2023 et concernant les chiffres de 2022) atteste notamment d’une chute libre de la fréquentation des églises dans notre pays.

La première façon de mesurer la "popularité" de la foi est de compter le nombre de chrétiens pratiquants qui se rendent à l’église. Et ce nombre diminue d’année en année. Il y a de moins en moins d’églises remplies, moins d’eucharisties qui sont célébrées, alors que le nombre d’églises désacralisées qui reçoivent une nouvelle attribution augmente. Elles sont alors souvent utilisées à des fins non-religieuses ou restent tout simplement vides. Cette tendance prend de l’ampleur, dans les villes mais aussi à la campagne.

(Ci-dessous: Le nombre de chrétiens pratiquants qui se rendent à l'église - mesuré le 3e dimanche d'octobre - a nettement diminué en 5 ans)

L’Eglise dans notre pays a l’habitude de mesurer le nombre de visiteurs dans ses lieux de culte sur base de deux moments de comptage : le 3e dimanche d’octobre et le 25 décembre. Une méthodologie qui est contestée, notamment parce que les églises se remplissent avant tout le jour de Noël.

En 2022, on a ainsi recensé un total de 173.000 participants à l’eucharistie du 3e dimanche d’octobre et quelque 400.000 croyants à la messe de Noël. Ce qui représente, respectivement, environ 2% et 4% de la population. Et cela dans un pays dont 50% des habitants se déclarent encore catholiques. Peu d’entre eux sont donc encore pratiquants. La messe retransmise à la télévision publique flamande est suivie chaque semaine par 60.000 spectateurs.

En l’espace de 5 ans, le nombre de personnes en Belgique qui se rendent chaque semaine à l’église a presque diminué de 30%. Le nombre de premières communions et de confirmations a régressé de 15%. Le nombre de baptêmes et de mariages a par contre augmenté, mais il s’agit sans doute de chiffres faussés par une vague de rattrapage après les mois d’interdiction de célébrations dans les églises pendant l’épidémie de coronavirus.

Le nombre de funérailles célébrées dans une église en l’espace de 5 ans a baissé de 14%. A l’heure actuelle, deux tiers des enterrements n’ont plus lieu à l’église. Le nombre de prêtres a aussi chuté de 25% en 5 ans : nombre d’entre eux ont pris leur retraite, d’autres ont quitté le sacerdoce, alors que les vocations se font rares. Il n’y a pratiquement plus d’ordination de nouveaux prêtres. En résumé, la pratique de la foi catholique et les sacrements se raréfient dans notre pays.

Le nombre de baptêmes diminue aussi

Désinscription du registre des baptêmes

Et puis les désinscriptions du registre des baptêmes se sont multipliées. Se faire débaptiser n’est techniquement pas possible, mais on peut faire rayer son nom du registre des baptêmes de la paroisse où l’on a été baptisé. Chaque année, des désinscriptions ont été enregistrées, par exemple après les scandales d’abus d’enfants au sein de l’Eglise. Et lorsque le Vatican a réitéré en 2021 que “l’homosexualité est un péché", plus de 5.000 désinscriptions du registre des baptêmes ont été constatées.

En 2022, il y a eu 1.270 radiations du registre des baptêmes en Belgique. Pour l’année 2023, on s’attend à un nombre bien plus élevé encore (quand les chiffres seront disponibles à la fin de cette année) en réaction au documentaire télévisé 'Godvergeten' (‘Oubliés de Dieu’) de la VRT, qui a donné la parole à de nombreuses victimes d’abus sexuels par des membres du clergé. Une enquête auprès des évêchés a déjà révélé qu’il devrait s’agir de plusieurs milliers de radiations.

(Ci-dessous: l'évolution du nombre de radiations du registre des baptêmes)

Manque de personnel

Qui travaille au service de l’Eglise dans notre pays ? Il y a presque 200 personnes actives au sein des évêchés et des centres diocésains, qui sont rémunérées par l’Eglise. Mais il y a aussi les ministres du culte. Ils étaient 2.277 en 2022. Il s’agit avant tout de curés de paroisses, mais aussi de diacres, agents pastoraux et assistants paroissiaux.

Ces derniers sont rémunérés par le service public fédéral Justice. C’est prévu dans la législation et cela représente une somme annuelle de 500 à 550 millions d’euros. A noter que les radiations du registre des baptêmes n’ont aucune influence sur l’argent que perçoit l’Eglise, alors que c’était l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de catholiques se sont fait radier du registre.

Dans les cloîtres et abbayes séjournent aujourd’hui près de 5.500 sœurs et nonnes et 2.000 frères et prêtres-religieux. Pour comparaison, il y a 5 ans ils étaient encore au total 10.000 religieux et religieuses dans les ordres.

Et qu’en est-il des vocations ? Elles sont presque inexistantes. En 2022, il n’y a eu que 9 ordinations de nouveaux prêtres. Pour continuer à célébrer les messes et autres sacrements dans les églises, il faudra faire venir des prêtres de l’étranger - ce qui se passe déjà depuis de longues années. De très nombreuses paroisses de notre pays ont actuellement déjà des prêtres originaires d’Afrique, notamment.

Une des rares ordinations de prêtres en Belgique ces dernières années

Spirale descendante

Les chiffres de l’archevêché de Malines-Bruxelles prouvent nettement que l’Eglise de Belgique est en déclin depuis des années. Le nombre de fidèles diminue, tout comme celui des religieux, alors qu’augmente la critique quant au fonctionnement de l’Eglise en tant qu’institution. Il faut cependant souligner qu’il reste beaucoup de chrétiens convaincus en Belgique et que leur communauté est encore toujours grande et vivante.

C’est d’ailleurs ce que l’on constate à l’approche imminente de la visite du pape François : les places pour la messe qu’il célèbrera au Stade Roi Baudouin dimanche à Bruxelles ont été vendues à une vitesse record. Le 'Hope Happening', un festival organisé samedi 28 septembre dans les Palais du Heysel à l’occasion de la venue du pape, attire des milliers de jeunes. On ne peut non plus ignorer les nombreuses organisations et activités paroissiales, ainsi que plus d’un million de visiteurs dans les lieux de pèlerinage de Belgique (à Scherpenheuvel et Oostakker notamment), ou encore les camps pour les jeunes d’inspiration chrétienne qui sont très populaires dans notre pays.

La basilique de Scherpenheuvel est un lieu réputé de pélerinage

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