Le roi Baudouin était prêt à abdiquer en 1990, s'il était contraint de signer le projet de loi dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). C'est ce qu'affirme l'ancien ministre et vice-premier ministre Willy Claes dans "De strijd om de macht. Mijn leven in de Wetstraat", un livre dans lequel le journaliste de la VRT Johny Vansevenant revient sur ses 35 ans de couverture de l'actualité de la rue de la Loi. Il y retrace la vie politique fédérale, depuis le dernier gouvernement Martens en 1988 jusqu'aux dernières élections législatives, le 9 juin 2024.
Johny Vansevenant révèle dans un livre que le roi Baudouin était prêt à abdiquer en 1990 suite à la loi sur l’IVG
En 35 ans, Johny Vansevenant aura connu trois Rois, quatre réformes de l'État et neuf Premiers ministres. En tant que journaliste de la VRT, il a été aux premières loges de nombreux moments-clés de l'histoire politique des dernières décennies, comme l'affaire Agusta, la question de l'avortement et le refus de sanction de la loi par le roi Baudouin, l'évasion de Marc Dutroux, la crise de la dioxine ou encore le record mondial de 541 jours sans gouvernement.
La mini-crise de la monarchie
La mini-crise de la monarchie autour de la loi dépénalisant l’avortement en 1990 est peut-être l'événement qui l’a le plus marqué. Ce projet de loi a été élaboré à l'initiative des sénateurs Roger Lallemand (PS) et Lucienne Herman-Michielsens (PVV) et a été approuvé par un majorité alternative. Mais le texte doit encore être soumis à la "sanction royale", c’est constitutionnel. Or, le roi Baudouin refuse d’apposer sa signature sous un texte qui, dit-il, va à l’encontre de ses convictions et heurte sa conscience.
J’avais de très bonnes relations avec lui, je pouvais donc lui parler très ouvertement et il en faisait de même avec moi.
Willy Claes, ministre d'Etat.
En tant que vice-premier ministre, Willy Claes (SP) était l'une des principales personnalités politiques du gouvernement Martens VIII qui a tenté de convaincre le Roi de signer malgré tout la loi sur l'avortement. "J'avais de très bonnes relations avec lui", a-t-il déclaré à Johny Vansevenant. "Je pouvais donc lui parler très ouvertement et il en faisait de même avec moi".
Mais Willy Claes n'est pas parvenu à faire changer d'avis le Roi. "Même si vous faites venir le pape ici, je resterai sur ma position", a déclaré le roi Baudouin à Willy Claes. "Pour moi, en tant que croyant, c'est totalement incompatible. N'insistez donc pas. C'est non."
La remarque du vice-premier ministre selon laquelle, en tant que Roi, il devait être capable de faire la distinction entre ses convictions personnelles et son attitude en tant que chef d'État n'a pas fait grande impression sur le souverain. Il m'a dit : "Dans ce cas, c'est toujours non. Alors je vous le dis : je suis prêt à abdiquer". Pour Willy Claes, cette dernière éventualité était totalement impensable.
Cela n'avait rien à voir avec les convictions de la reine Fabiola
Toujours selon Willy Claes, le roi Baudouin a souligné que son refus de signer la loi sur la dépénalisation de avortement n'avait rien à voir avec la reine Fabiola. "Cela n'a rien à voir avec les convictions de la reine. Je parle ici en mon nom propre. En tant que croyant, c'est non", lui a encore dit le roi. Le roi Baudouin et la reine Fabiola partageaient en effet tous les deux de profondes convictions catholiques.
Comment sortir de cette mini-crise ?
Quoi qu'il en soit, les principaux ministres devaient trouver une solution. "Outre le premier ministre Wilfried Martens et les vice-premiers ministres, le secrétaire du Conseil des ministres, le professeur André Alen, était également présent", explique encore Willy Claes. "Et c'est Alen qui est à l'origine de la solution. Cette solution sera trouvée dans l’article 82 de la Constitution qui vise l’impossibilité de régner.
En cas d'impossibilité de régner du Roi, la Constitution prévoit que c’est le conseil des ministres qui est compétent et qui signe la loi. Après la ratification du projet de loi par le conseil des ministres, la Chambre et le Sénat ont constaté par vote que l’ impossibilité de régner de Roi avait cessé d’exister.
Un livre écrit sur base de notes personnelles
Le livre de Johny Vansevenant a été écrit sur base de ses notes personnelles, d'archives de la VRT et d'interviews de personnalités politiques. "Je suis content d'avoir pu le faire", a déclaré Johny Vansevenant devant un parterre de politiques flamands. "J'ai beaucoup de respect pour les hommes politiques. La politique, c'est mener la guerre avec les mots, en chassant vos adversaires politiques du pouvoir. C'est une lutte difficile", a-t-il déclaré.
Selon le journaliste, notre démocratie n'est certes pas parfaite, mais notre système est "mille fois préférable aux alternatives où le pouvoir vient du canon". "Le grand avantage de la démocratie est que les élites peuvent changer. Dans la Russie de Poutine, ce n'est pas le cas", a-t-il illustré.
Dans cet ouvrage, il explique aussi comment sont conçus les billets et les scoops, révélant, avec son autorisation, l'identité de la source qui lui a fourni des documents du scandale Agusta.
Le livre est publié en néerlandais. "De strijd om de macht. Mijn leven in de Wetstraat" ("La lutte pour le pouvoir. Ma vie rue de la Loi"), éd. Lannoo, 944 pages, 44,99 euros.

