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Suite au décès de l’acteur Aron Wade, quelles sont les conditions pour obtenir une euthanasie pour souffrance psychique ?

"Nous devons proposer toutes les options existantes, mais à un moment donné, tout a été essayé". C'est ce qu’ a déclaré le professeur de médecine palliative Wim Distelmans (VUB) à propos du décès, lundi, de l'acteur Aron Wade. Ce dernier était en souffrance psychique insupportable et avait opté pour l'euthanasie. "Même si les gens s'engagent dans une telle procédure, nous ne lâcherons pas le fil de la vie", a déclaré de son côté, la psychologue Sofie Verdegem. Quelles sont les conditions d'une telle procédure en Belgique et comment fonctionne-t-elle ?

Eric Steffens
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L'acteur flamand Aron Wade, connu pour ses rôles dans la sitcom "W817" et la série "De Kotmadam", est décédé lundi à l'âge de 54 ans. Le comédien, qui a lutté la majeure partie de sa vie contre l'anxiété et la dépression, avait introduit une demande d'euthanasie pour souffrance psychique insupportable. "Statistiquement, j'aurais pu espérer vivre encore 25 à 30 ans. Je préfère que l'on garde de moi l'image d'un homme debout, plutôt que de me voir dépérir et souffrir davantage", avait-il confié au journal Gazet van Antwerpen, début août.

L'acteur Aron Wade en 2014

"Choisir l'euthanasie ne se fait évidemment pas à la légère", a déclaré Sofie Verdegem dans l'émission "De ochtend" ce mardi. Elle est psychologue clinicienne à Reakiro, un centre d'accueil pour les personnes souhaitant obtenir une euthanasie en raison de souffrances psychiques insupportables dues à une affection psychiatrique. "Nous voyons des personnes qui souffrent énormément depuis leur enfance et qui souhaitent mourir. Elles ne prennent donc certainement pas cette décision à la hâte et doivent d'abord passer par une longue procédure".

Pour obtenir l'euthanasie, un certain nombre de conditions doivent être remplies. Tout d'abord, il faut que le patient en exprime la volonté, tant au moment de la demande qu'au moment où l'euthanasie est pratiquée. En d'autres termes, le patient doit être capable de prendre des décisions de manière autonome. Il doit également demander lui-même l'euthanasie par écrit.

Une autre condition est qu'il souffre de manière insupportable, physiquement ou psychologiquement. Le patient doit se trouver dans une situation médicale sans issue et faire état d'une souffrance psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d'une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable. Le patient doit donc être dans un "état médicalement désespéré".

"Tous les traitements doivent avoir été utilisés"

Si une personne se trouve en phase terminale, l'euthanasie ne peut être pratiquée qu'après consultation d'un deuxième médecin. Dans le cas d'une maladie psychiatrique incurable, la situation est différente. Dans ce cas, 2 autres médecins sont nécessaires pour donner un avis. 1 de ces 2 autres médecins doit être psychiatre.

Le médecin qui constate que le patient souffre d'une pathologie psychiatrique incurable et sans perspective doit s'assurer que tous les traitements ont été utilisés.

"Nous devons être très prudents et proposer toutes les options existantes. Il peut s'agir de psychothérapie, de médicaments, d'électrochocs, etc.", a expliqué Wim Distelmans, professeur de médecine palliative à la VUB, lundi soir lors de l’émission Terzake (VRT).

"Mais à un certain moment, vous avez tout essayé et le patient continue à dire qu'il souffre psychologiquement de manière insupportable tous les jours", poursuit-il. "Ce patient doit-il alors rester en vie pendant encore 20 ans ? Non. Il faut alors trouver un terrain d'entente et éventuellement accepter de mettre fin à la vie à la demande de cette personne".

Une double approche

En outre, lorsqu'il s'agit d'une affection psychiatrique, il doit s'écouler au moins un mois entre la demande et l'exécution de l'euthanasie.

Lorsqu'une personne s'engage dans une telle voie, c'est toujours sur la base de ce que nous appelons une double approche", explique Sofie Verdegem. "D'une part, nous cherchons l'origine et le sens de cette volonté de mourir et, d'autre part, nous envisageons toujours les opportunités et les possibilités qu'offre encore la vie".

"C'est ainsi que les gens ont parfois de nouvelles opportunités qui leur permettent de se reconnecter à la vie".

Le professeur Wim Distelmans ajoute que paradoxalement certaines personnes peuvent simplement retrouver de la force lorsque leur demande d’euthanasie est acceptée. "Un certain nombre de personnes veulent poursuivre leur vie simplement parce qu'elles ont reçu le feu vert. Le fait qu'elles puissent à un moment tirer le frein d'urgence leur donne suffisamment de force pour continuer".

Un acte difficile à accepter

L'euthanasie pour souffrance psychique n'est pas très répandue dans notre pays. "Sur les plus de 3.400 personnes qui ont demandé et obtenu l'euthanasie l'année dernière, environ 48 patients présentaient une souffrance psychique insupportable", précise le professeur Distelmans.

Mais parce qu'elle est rare, l'euthanasie pour souffrance psychique est souvent difficile à comprendre pour le monde extérieur. "C'est très difficile à accepter parce qu'on ne voit pas grand-chose, voire rien du tout, chez ces patients. C'est complètement différent d'un cancer en phase terminale, par exemple". "Mais lorsque vous souffrez psychologiquement, il y a aussi une composante physique", ajoute Sofie Verdegem. "Si vous êtes très déprimé, vous ressentez cette lourdeur dans votre corps. Si vous avez vécu des événements traumatisants, vous ressentez de la douleur".

Selon le professeur Distelmans, le nombre de personnes qui luttent contre la souffrance psychique est inimaginable. "Il existe un service de conseil de deuxième ligne pour les personnes confrontées à des cas d'euthanasie complexes et la majorité des personnes qui y font appel sont confrontées à des problèmes psychiatriques", explique-t-il. "Dans de nombreux cas, ces problèmes résultent d'abus sexuels subis à un jeune âge".

Comment réagir en tant que spectateur ?

"Nous savons que les personnes qui souhaitent mourir ont souvent perdu tout lien avec les autres, avec elles-mêmes, avec le monde extérieur et avec la vie elle-même", explique encore Sofie Verdegem. "En même temps, la recherche a montré que ces personnes essaient simplement de retrouver ce lien".

C'est pourquoi elle insiste sur l'importance d'oser écouter si l'on sent que quelqu'un est habité par un désir de mourir. "Cela demande aussi du courage. Nous constatons que les travailleurs sociaux et les proches sont souvent effrayés par cette question et qu'ils préfèrent donc l'esquiver".

"Mais si ces personnes peuvent parler de leur désir de mort, nous remarquons que cela permet de rétablir le lien", conclut-elle. "Nous le constatons également dans nos groupes de paroles, où les gens ont souvent l'impression, pour la première fois, de ne pas être seuls face à des questions de vie aussi difficiles. Il est donc très important de pouvoir en parler".  

La ligne d’écoute du Centre de Prévention du Suicide anonyme et gratuite est accessible 24h/24 au 0800 32 123.

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