Il y a huit ans, douze pièces de monnaie en or disparaissaient du Béguinage Sainte-Elisabeth de Courtrai, un site dont l’origine remonte à 1238. Les précieuses pièces découvertes en 1999 avaient été volées dans la plus grande discrétion et n’ont plus réapparu depuis lors. Quelle est leur valeur et leur signification historique ? L’enquête de police a-t-elle permis de découvrir quoi que ce soit ? Les retrouvera-t-on un jour ? Cet été encore, Radio 2 (VRT) tente d’élucider une série de mystères ou de faire découvrir des pages d’histoire de Flandre moins connues. La série de reportages "Mysteries " en néerlandais peut être écoutée en podcast via VRTMAX ou lue sur le site VRT NWS.
Où sont passées les précieuses pièces de monnaie en or volées au Béguinage de Courtrai ?
La Flandre compte pas moins de treize béguinages, et celui de Courtrai en Flandre occidentale est l’un des plus beaux. Il s’agit de lieux où vivait une communauté religieuse laïque de femmes (béguines). Les logements étaient généralement regroupés en une ou deux rangées de petites maisons réunies autour d’une cour, où se trouvaient un jardin et une chapelle. Les 13 béguinages flamands - véritables oasis de paix - sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1988.
Entre les 41 maisonnettes baroques du Béguinage de Courtrai, datant du 17e siècle dans sa forme actuelle, trônent une chapelle et la salle Sainte-Anne. "Depuis 2014, nous y avons installé un centre pour visiteurs qui raconte l’histoire des béguines", expliquait à Radio 2 Liesbeth Soete, gestionnaire du patrimoine du centre public d’aide sociale (CPAS) de Courtrai, qui est propriétaire du Béguinage. "Dans une niche creusée dans le sol, nous avons installé la petite cruche dans laquelle se trouvaient les pièces d’or. Comme si elles venaient d’être découvertes".
Disparues sans laisser de traces
C’est le mardi 9 août 2016 que Liesbeth Soete constatait la disparition des 12 pièces de monnaie. "J’ai d’abord pensé à une raison pratique et j’ai commencé à téléphoner à mes collègues pour leur demander s’ils avaient emmené les pièces pour les faire nettoyer, par exemple. Mais ils ont tous répondu par la négative et j’ai compris que quelque chose ne tournait pas rond. Les pièces d’or ne pouvaient qu’avoir été volées. J’ai appelé la police pour signaler le vol".
Liesbeth Soete n’avait pas été la première à constater la disparition des précieuses pièces. Hubert Vromant, qui était à l’époque concierge du Béguinage courtraisien, l’avait déjà remarquée la veille. "Le lundi, la salle Sainte-Anne était fermée au public, mais je m’y étais rendu pour préparer quelque chose pour les concerts de carillon qui avaient lieu en soirée et j’avais immédiatement vu que les pièces n’étaient plus là. Mais je me suis dit : 'C’est encore quelqu’un du CPAS qui sera venu les chercher et qui n’a pas pris la peine de m’en informer' ".
Plusieurs caméras sont installées dans la salle Sainte-Anne et y enregistrent tous les mouvements. Après avoir prévenu la police, Liesbeth Soete et ses collègues du CPAS ont visionné toutes les images enregistrées pendant une semaine par les caméras de surveillance. "On y voit effectivement quelqu’un qui fait le guet et trois autres personnes qui trainent dans la salle. A un certain moment, l’une d’elles se baisse, fait glisser la plaque de verre vers l’arrière et attrape les pièces en or. Tout s’est passé en l’espace d’une minute", précisait la gestionnaire du patrimoine du CPAS de Courtrai. Grâce aux images de surveillance, on sait que le vol a eu lieu dimanche 7 août 2016.
Une trouvaille de premier ordre
Les douze pièces de monnaie avaient été découvertes le lundi de Pâques 1999, lors de fouilles menées dans le Béguinage par l’équipe de l’archéologue Philippe Despriet. "Je me souviens encore bien que l’un de mes collaborateurs est arrivé en courant pour m’annoncer qu’un gobelet fermé par un couvercle venait d’être découvert. Nous avons lavé le gobelet avec de l’eau à haute pression au-dessus d’un tamis. C’est alors que douze pièces en or sont tombées dans le tamis !".
Les archéologues étaient fous de joie. "Nous étions tellement enthousiastes que nos cris ont apparemment surpassé le bruit des manèges forains" qui tournaient dans le quartier, racontait Philippe Despriet. "Il s’agit d’un des plus grands moments de mes 50 ans de carrière comme archéologue. J’ai réalisé 102 fouilles, mais celle-ci a mené à une découverte d’exception qu’on ne peut oublier".
De la laine importée de Cotswolds
L’archéologue flamand estime que les pièces de monnaie en or ont atterri à Courtrai grâce au commerce entre l’Angleterre et les Pays Bas. "A l’époque, on importait de la laine de Cotswolds, une région pittoresque du centre de l’Angleterre. Les exportateurs britanniques voulaient être payés avec une devise normale, mais celle du comte de Flandre était frauduleuse".
"Ce dernier menait une vie de débauche, et pour satisfaire toutes ses petites amies, il dilapidait les fortunes de l’Etat. Pour pouvoir continuer à financer ce train de vie, le comte de Flandre déprécia la valeur de sa propre monnaie. Mais les Anglais avaient compris ce jeu et mirent sur le marché une monnaie forte avec laquelle la laine pouvait être payée". Il s’agissait des pièces historiques en or dont Philippe Despriet et ses collaborateurs ont retrouvé quelques exemplaires dans l’enceinte du Béguinage de Courtrai.
Des pièces d’une grande valeur
Les douze pièces d’or ont un jour été estimée par un numismate - un spécialiste des monnaies anciennes. La valeur catalogue de l’ensemble des pièces s’élève à un peu moins de 30.000 euros.
"Mais si ces pièces étaient vendues aux enchères et qu’il y avait dans la salle quelques magnats passionnés et riches qui souhaitent les acquérir à tout prix, il arrive souvent que les enchères montent alors de façon aveugle et que des prix fous sont payés. Une telle pièce de monnaie historique peut alors être cédée pour 6.000 à 7.000 euros", précisait Philippe Despriet.
Une enquête de police sans grand résultat
Après que le vol ait été signalé à la police, une enquête a été ouverte. "Nos enquêteurs ont effectivement dressé un procès-verbal en 2016", confirmait à Radio 2 le porte-parole de la police Thomas De Tavernier. "Des auditions ont également été organisées et les images des caméras de surveillance ont été visionnées, mais il est très vite apparu qu’il y avait trop peu d’indices concrets pour pouvoir identifier et rechercher les suspects. L’enquête était donc bloquée, et cela n’a pas changé".
Les chances de retrouver un jour les voleurs des 12 pièces de monnaie sont donc limitées, à moins que ces personnes aient encore les pièces d’or en leur possession et les rendent publiques. "Si quelqu’un se présente avec de la monnaie ancienne, nous allons d’abord lui poser des questions sur la provenance des pièces, avant d’accepter de les mettre aux enchères", précisait le commissaire-priseur Pol Desmet de Flanders Auctions (photo) à Wingene (Flandre occidentale).
"Tout ce qui est vendu aux enchères est de toute façon annoncé en ligne environ trois semaines plus tôt et peut alors être vu par le monde entier. Je ne pense donc pas que les personnes qui ont volé les pièces du Béguinage de Courtrai les proposent à une vente aux enchères".
Lieven, le fils de Pol Desmet, a son avis sur la question. "Je pense que les pièces ont été fondues et revendues via le commerce de l’or. C’est vraiment dommage parce que ces pièces valent nettement plus que le prix de leur or", soulignait Lieven Desmet.
Faute d’être présentées aux enchères, ces pièces pourraient éventuellement être proposées à un antiquaire. Le Brugeois Paul De Grande, connu notamment comme antiquaire via un programme de la télévision commerciale, possède plus de 40 ans d’expérience et sait immédiatement ce qui l’intéresse, ou pas.
"Pareilles pièces de monnaie m’intéressent énormément, mais je veux aussi connaître leur histoire. Comment la personne qui me les propose est-elle entrée en leur possession ? On sent alors très vite quand quelque chose ne tourne pas rond. Heureusement, le commerce des antiquités a énormément changé. A l’heure actuelle, tout est photographié, ce qui nous donne une certaine garantie d’authenticité".
