Plusieurs victimes d'abus sexuels commis au sein de l'Eglise ont adressé une lettre au pape François à l'approche de sa visite en Belgique à la fin de ce mois de septembre. Elle a été publiée ce jeudi dans le quotidien francophone Le Soir. Les signataires appellent le souverain pontife à prendre la mesure de la douleur des survivants et exposent leurs revendications. "Ce voyage en Belgique peut devenir historique en tant que moment décisif où vous vous serez adressé à toutes les victimes dans le monde", estime l’auteur de la lettre. Il s’agit de Jean-Marc Turine (78 ans), qui se qualifie de "survivant" et affirme avoir été abusé par des religieux alors qu’il était élève au Collège Saint-Michel d’Etterbeek. Il parle au nom de tous les enfants abusés. Cinq autres victimes ont signé la lettre.
Des victimes belges d'abus sexuels au sein de l'Eglise écrivent une lettre au pape François
"Bien que vous vous soyez à plusieurs reprises emparé de ce sujet avec clarté et force de conviction, jamais vous ne vous êtes adressé à nous les victimes, ou plus exactement les survivantes et les survivants dans notre ensemble. N'est-il pas temps d'envoyer au monde cette précieuse missive dont tant de vies brisées ont besoin, souvent sans même qu'elles le sachent ?", interrogent les signataires dans leur lettre.
Lors de sa visite en Belgique du 26 au 29 septembre, le pape aura une audience privée avec les victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise. Geert De Kerpel, porte-parole des évêques belges, affirme que cette visite est préparée en profondeur et en toute discrétion, mais ne veut pas donner beaucoup de détails supplémentaires. Jean-Marc Turine, auteur de la lettre au pape François, a déclaré au quotidien Le Soir qu’il espérait être invité à cette audience privée. Il regrette le manque de transparence qui l’entoure.
"Cette rencontre ne doit pas clore une histoire, mais ouvrir enfin, parce que tellement nécessaire, un véritable chemin de libération par la parole ou par des écrits, pour des centaines de milliers d'êtres humains", enjoint la missive. Les signataires recommandent plusieurs "tâches" pour la prévention et la reconnaissance des abus sexuels au sein de l'Eglise, notamment un "travail de fond" dans les Évêchés, mais aussi "un véritable travail d'information, de prévention et de formation des personnels enseignants, laïcs et religieux".
Cette lettre est écrite au nom "de toutes celles et tous ceux qui ont connu les pires crimes commis à l'encontre d'enfants confiés à des personnes attachées à l'Eglise catholique, hier et aujourd'hui : le viol", assurent les signataires. Ils réclament en outre "une réflexion de fond" sur le célibat des prêtres.
Le prêtre Rik Devillé n’attend pas de "moment décisif"
Le prêtre flamand Rik Devillé, qui se fait depuis des années le porte-parole des victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise, confirme que ces victimes ont l’impression d’être maintenues en-dehors de la visite du pape. Il ne s’attend en tous cas pas à ce que la visite en Belgique devienne un moment de revirement dans l’attitude de l’Eglise.
"Les victimes peuvent rêver ce qu’elles veulent, mais je peux déjà prédire qu’il n’en sera rien", déclarait Devillé à propos de la lettre ouverte. "Regardez les visites récentes du pape au Canada et en Nouvelle-Zélande, où des victimes ont pu lui parler. Après ces entretiens, il ne s’est rien passé".
“Le pape François aurait pourtant déjà pu agir puisque tant de dossiers ont déjà été envoyés à Rome. Mais ils n’ont jamais reçu de réponse”, précisait Rik Devillé au micro de l’émission De ochtend (Radio 1).

