L’hippodrome de la commune bruxelloise de Boitsfort (photo archives), installé aux portes de la forêt de Soignes, a accueilli jusqu’à la fin des années 1980 les meilleurs chevaux de course et leurs jockeys. C’est le seul hippodrome de la capitale qui n’a pas été rasé. On n’y trouve plus de chevaux aujourd’hui, mais quelques-uns des bâtiments historiques restaurés et un golf à neuf trous dans un domaine rebaptisé Drohme. Mais quelle est son histoire, et a-t-il jamais pu faire concurrence aux hippodromes londoniens ou parisiens ?
L'hippodrome de Boitsfort a-t-il autrefois pu rivaliser avec ceux de Londres ou Paris ?
Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.
L’hippodrome de Boitsfort a été aménagé à la fin du 19e siècle, une époque où les sports équestres - venus d’Angleterre - étaient très populaires à Bruxelles. A un certain moment, la région capitale a même compté quinze champs de courses - dont ceux de Groenendael, Forest, Dilbeek, Stockel et Sterrebeek - et Bruxelles faisait figure de centre des sports équestres en Belgique. Les hippodromes étaient des endroits de rencontre par excellence pour la bourgeoisie et l’aristocratie bruxelloises.
Le complexe de Boitsfort fut construit en 1878 à la demande du roi Léopold II, qui était grand amateur de sports équestres. Le roi voulait en outre faire de Bruxelles une métropole qui puisse rivaliser avec des villes comme Londres ou Paris. Pour ce faire, il lui fallait absolument un grand hippodrome chic.
Bien qu’il soit appelé hippodrome de Boitsfort, le champs de courses se trouve sur le territoire de la commune d’Uccle. Le domaine doit son nom à la gare de Boitsfort voisine, qui permettait à de nombreux amateurs de se rendre aux courses.
Epoque dorée
L’hippodrome de Boitsfort connut un grand succès après sa construction. Il s’y tenait des courses de plat et d'obstacles, et même pendant un certain temps le Grand Prix de Bruxelles. Sa taille réduite permettait aux spectateurs de suivre facilement le déroulement de la course, mais cette caractéristique en faisait un parcours qui ne convenait pas à tous les chevaux. En effet la course présentait des courbes particulièrement prononcées.
Outre les courses et les paris sur les chevaux gagnants, l’hippodrome de Boitsfort accueillait aussi des spectacles de mode et des fêtes mondaines. Pour permettre aux milliers de spectateurs d’accéder au champs de course, on construisit même une ligne de tram.
Les courses pouvaient être suivies depuis divers endroits. La famille royale se rendait dans sa loge, alors que l’élite s’asseyait dans la tribune principale. Certains spectateurs préféraient suivre les courses depuis le centre de l’action, c’est-à-dire "La Pelouse", à laquelle on accédait via un tunnel passant sous le champ de course et où les places coûtaient moins cher.
L’hippodrome de Boitsfort a connu son âge d’or entre 1880 et 1940. Pendant 20 ans, il a même fait partie des meilleurs hippodromes d’Europe. Mais après la Seconde Guerre mondiale, les sports équestres sont devenus moins populaires. De moins en moins de courses furent alors organisées et dans les années 1990 de nombreux hippodromes fermèrent leurs portes, concurrencés aussi par l’arrivée du Lotto et d’autres jeux du hasard qui étaient plus accessibles.
Un complexe désaffecté puis restauré
C’est en 1995 qu’eut lieu la dernière course dans l’enceinte de l’hippodrome de Boitsfort. Ce dernier, délaissé par les chevaux, les jockeys et le public, commença à se délabrer. En 2005, il fut même question d’abattre tous les bâtiments du complexe.
Finalement, c’est le contraire qui se produisit : les bâtiments principaux du champ de courses furent rénovés entre 2014 et 2016. On peut ainsi encore admirer aujourd’hui le pesage, qui est l’enceinte où se trouvaient les balances servant à contrôler le poids des jockeys avant la course et, le cas échéant, à les lester. Depuis 2018, une brasserie occupe le bâtiment classé du Pesage.
La tribune principale et une petite tribune ont également été rénovées, tout comme la tour où s’installaient le jury et les speakers. Le site a été rebaptisé Drohme il y a quelques années et transformé en domaine récréatif, où ont lieu notamment des activités sportives comme le golf mais aussi des spectacles. En sortant de l’hippodrome ucclois, on se trouve à un jet de pierres de la forêt de Soignes.
