La poire conférence belge est un célèbre produit d’exportation dans le monde entier, mais de l’autre côté de l’océan, en Argentine, on mange toujours une variété de poire qui a été créée sur le sol bruxellois. Elles proviennent de ce qui était autrefois le plus grand verger expérimental du centre-ville : "La Pépinière de la Fidélité". C'est le sujet que nous propose de découvrir l’hebdomadaire BRUZZ dans sa rubrique Big City.
Comment se fait-il que l’on mange des poires originaires de Bruxelles en Argentine ?
Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.
Dans le centre de la ville, dans ce que l’on appelle aujourd’hui le quartier Fontainas, se trouvait autrefois un grand verger. A la fin du 18ème siècle, plus de 80.000 fruitiers y poussaient. À l'époque, ce verger se trouvait encore à l'intérieur des murs de la ville. Ce qui est assez inhabituel, car l'agriculture se pratiquait en général à l'extérieur des enceintes d'une ville. Au fil des années, un millier de variétés de fruits y ont poussé.
La Pépinière de la Fidélité était le terrain de jeu expérimental de Jean-Baptiste Van Mons (Bruxelles 1765 - Louvain 1842). Lorsqu’il était enfant, ce Bruxellois aimait planter les graines de ses fruits et les voir pousser pour devenir de petits arbres. Ce passe-temps s'est transformé en une véritable passion, puis en une profession. Il planta tellement d’arbres que son jardin était rapidement devenu trop petit.
En 1798, il trouva un terrain vacant dans le centre ville. Il y disposait de suffisamment d'espace pour tester une nouvelle méthode de culture. L’excentrique Jean-Baptiste Van Mons qui était aussi pharmacien, chimiste, botaniste et agronome, tenta, tout au long de sa carrière de comprendre pourquoi la qualité des fruits des arbres fruitiers diminuait avec le temps. Il l’expliqua tout simplement par l’âge. Comme les humains, les arbres se reproduisent moins bien avec l'âge.
La nature résout ce problème en semant constamment de nouvelles graines. Jean-Baptise Van Mons s’est donc attaché à semer les graines issues des premiers fruits de jeunes arbres nés de semis de pépin de cultivars connus. Il a utilisé différentes générations d'une même espèce pour cultiver différents fruits. Van Mons avait consigné tout cela méticuleusement. Il y eut des partisans et des opposants à sa théorie, mais même le scientifique anglais Charles Darwin, célèbre pour ses travaux sur l’évolution, le remarqua. Jean-Baptiste Van Mons est d’ailleurs le seul Belge dont le nom est mentionné dans les écrits de Darwin.
Van Mons avait une préférence pour les poires
Bien qu'il ait appliqué sa méthode de culture à plusieurs variétés de fruits, sa préférée restait la poire. A chaque nouvelle variété de poire il donnait un nom original : "Nec Plus Meuris", "Double Philippe", "Compte de Flandre", "Nouveau Poiteau"...
C'est la Beurré d'Anjou qui a obtenu une renommée internationale, c’est une poire juteuse assez imposante qui au départ portait le nom de Nec Plus Meuris, elle a été créée par Van Mons vers 1822-1823 et dédiée à son chef jardinier Pierre Meuris. Elle a ensuite été importée en France, sa culture s’y développa notamment en Anjou, où elle est connue sous le nom de Beurré d’Anjou.
Van Mons a envoyé des graines de ses espèces à divers biologistes dans le monde entier. Selon toute vraisemblance, c'est de cette manière que cette espèce s'est retrouvée en Argentine et qu'elle y a été plantée.
La Fidélité Future
Malgré le fait que Van Mons créait des dizaines de variétés de fruit et entrait ainsi dans l’histoire de la pomologie, la Ville de Bruxelles a revendiqué le terrain de son verger en 1819, afin de le subdiviser en parcelles. Van Mons a sauvé ce qui pouvait l'être et a replanté une partie de ses arbres sur un terrain situé à Louvain, où il enseignait à l'époque. Mais quelques années plus tard, il dut également quitter cette ville. En dehors de ses écrits et de nombreuses générations de "Beurré d'Anjou", il ne reste finalement pas grand-chose de l'œuvre de Van Mons.
L’association "Bûûmplanters", (qui signifie en bruxellois les planteurs d’arbres) s'est fixé comme mission de redonner vie à l’œuvre de Van Mons et, avec le projet "La Fidélité Future ", veut replanter les anciennes variétés que Van Mons avait cultivées pour la première fois dans différents quartiers de la ville, en recréant des vergers à Bruxelles.



