Les bières sans alcool continuent de gagner en popularité en Belgique. Selon les chiffres de différents supermarchés et de la fédération professionnelle Brasseurs Belges, la tendance est loin d'être terminée. Le Centre flamand d'expertise sur l'alcool et les drogues (VAD) se félicite de cette évolution, mais émet une mise en garde : "Cela risque de pérenniser la norme selon laquelle l'alcool a toujours sa place".
Forte augmentation des ventes de bières sans alcool mais sont-elles vraiment sans danger pour les jeunes ?
La consommation de bière diminue en Belgique depuis vingt ans mais les alternatives se sont multipliées dernièrement. "Avant, la bière sans alcool était une pils ordinaire dont on avait enlevé l'alcool", explique Krishan Maudgal, CEO de la fédération. "C'était assez insipide. Il existe désormais des innovations via la filtration membranaire ou des alternatives à la levure qui permettent de conserver le goût d'une bière."
Les magasins Delhaize ont constaté une hausse de 40% des volumes vendus au cours des six premiers mois de cette année, par rapport au premier semestre 2023. Au total, 6 millions de bières sans alcool y ont été vendues depuis janvier. Colruyt a par ailleurs récemment lancé une variante sans alcool de sa Cara-pils. Un client de Colruyt sur trois opte aujourd'hui pour une alternative sans alcool, contre un sur cinq auparavant.
Selon Krishan Maudgal, il existe un lien évident entre l'offre et la demande, qui augmentent en même temps. Les modes de consommation évoluent, tout comme les techniques des brasseurs.
Ces produits abaissent le seuil d’accès des jeunes au "vrai produit" contenant de l’alcool
Le Centre flamand d'expertise sur l'alcool et les drogues (VAD) se félicite de cette évolution, mais émet toutefois une réserve importante. "Nous sommes préoccupés par les produits sans alcool qui ressemblent à s'y méprendre à des bières contenant de l'alcool", a déclaré Katleen Peleman, directrice du VAD. "Ces produits abaissent le seuil d'accès des jeunes au 'vrai' produit.
"Un autre risque est qu'en proposant de la bière sans alcool, on entretient l'idée que l'alcool va de pair avec la bière. Nous constatons que l'industrie s'engage pleinement dans cette voie afin de conquérir de nouveaux marchés. Ce n'est pas la direction que nous voulons prendre".
L'organisation demande donc l'interdiction du marketing et de la publicité pour l'alcool, mais aussi l'interdiction de la commercialisation des bières sans alcool si elle se fait au sein de la même marque. "De cette manière, l'entreprise pourrait immédiatement faire de la publicité pour les bières avec alcool", explique-t-elle.
