Une nouvelle étude menée par des scientifiques d’universités dispersées dans tous les continents, et publiée le 31 juillet dernier dans la revue médicale The Lancet , révèle que près de la moitié des cas de démence dans le monde pourraient être évités ou du moins retardés. Les spécialistes découvrent en effet un nombre croissant de preuves convaincantes que le mode de vie peut avoir un impact significatif sur le risque de démence, explique Jurn Verschraegen, directeur du Centre flamand d’expertise sur la démence. "Porter un casque ou faire traiter une perte de vision comptent parmi les actions concrètes et simples qui permettent de réduire soi-même les risques d’une démence".
Près de la moitié des cas de démence peuvent être évités ou retardés : "Il n'est jamais trop tard pour agir"
Une perte d’audition, fumer et faire trop peu d’exercice : voici quelques-uns des facteurs qui augmentent les risques de démence. Douze de ces facteurs étaient déjà connus et ont été décrits dans un rapport publié en 2020. Une nouvelle étude réalisée par des experts dans le domaine de la démence - attachés à des universités situées notamment en Grande-Bretagne, Norvège, Finlande, en Inde, au Brésil, au Canada, en Ouganda, au Japon, en Chine et en Australie - et publiée fin juillet dans la célèbre revue médicale The Lancet , confirme ce premier rapport et y ajoute deux facteurs supplémentaires de risque : un taux trop élevé de cholestérol LDL ('mauvais' cholestérol) et une perte de vision.
"Les deux facteurs de risque qui ont été rajoutés à la liste sont associés à 9% de tous les cas de démence", explique Jurn Verschraegen, directeur du Centre flamand d’expertise sur la démence, situé à Anvers. "Ce qui fait qu’ensemble les 14 facteurs de risques sont responsables d’environ 45% de toutes les démences diagnostiquées."
Quels sont ces 14 facteurs de risque ?
1. Perte d’audition (7%) 2. Taux trop élevé de cholestérol LDL ('mauvais' cholestérol) (7%) 3. Faible niveau d’éducation (5%) 4. Isolement social (5%) 5. Dépression (3%) 6. Lésion cérébrale traumatique (3%) 7. Pollution atmosphérique (3%) 8. Perte de vision (2%) 9. Manque d’exercice physique (2%) 10. Diabète (2%) 11. Fumer (2%) 12. Hypertension artérielle (2%) 13. Obésité (1%) 14. Consommation excessive d’alcool (1%)
Cette liste permet de constater que près de la moitié de tous les cas de démence pourraient être évités, ou du moins retardés dans le temps. "Mais on ne peut absolument pas pointer un doigt accusateur vers les personnes atteintes de démence", souligne Jurn Verschraegen. "Tout le monde peut avoir la malchance de développer cette maladie".
"Le but n’est pas de devenir obsédé par les risques repris dans cette liste. Mais il est important de réaliser l’influence que peut avoir un comportement. La nouvelle étude souligne avant tout l’importance de la prévention".
Que puis-je faire?
Nous pouvons faire davantage que nous ne le pensons pour diminuer les risques de démence. "Il y a une série de choses évidentes que l’on peut faire. En collaboration avec le gouvernement flamand, le Centre d’expertise sur la démence a lancé une campagne - baptisée "Deux pour le prix d’un " - via laquelle nous partageons des conseils préventifs". En se rendant sur le site de cette campagne (en néerlandais uniquement), on peut ainsi notamment se faire envoyer à son adresse courriel dix conseils pour diminuer les risques de démence. Un conseil par semaine vous est alors envoyé.
"Vérifiez votre taux de cholestérol. Portez un casque quand vous roulez à vélo pour éviter d’éventuelles lésions cérébrales. Il est aussi très important de bouger. Les bienfaits de la marche à pied ont déjà été prouvés, même pour les personnes qui ont déjà développé une démence", précise Jurn Verschraegen.
"Faites traiter des pertes de vision et d’audition. Elles peuvent sembler banales, mais elles finissent par vous isoler de votre environnement social. Alors qu’il est justement important de maintenir des contacts sociaux pour garder votre cerveau actif".
Tout ce qui est bon pour le cœur, l’est aussi pour le cerveau
Jurn Verschraegen, directeur du Centre flamand d’expertise sur la démence
"D’autres choses sont plus difficiles, mais on peut encore toujours agir soi-même. Cherchez de l’aide pour arrêter de fumer ou pour combattre l’obésité, par exemple. Faites travailler vos méninges. Demandez de l’aide en cas de dépression. Ce sont aussi des moyens d’éviter un isolement social”.
Une règle d’or à retenir : "Tout ce qui est bon pour le cœur l’est aussi pour le cerveau. L’importance d’un mode de vie sain est une nouvelle fois confirmé par ce nouveau rapport".
Il y a bien entendu certains facteurs de risque que nous ne pouvons contrôler, comme la pollution atmosphérique que nous respirons. "Les personnes qui vivent dans un milieu plus défavorisé courent également davantage de risque de démence. Cela provient d’une part des inégalités en matière de santé. Et d’autre part certains groupes de citoyens ont moins facilement accès à un style de vie sain et présentent des risques accrus de dépression, ce qui augmente le risque d’un isolement social. Il faut vraiment y prêter attention".
Quelques chiffres sur la démence
L’Organisation mondiale de la santé estime qu’il y a actuellement 55 millions de personnes qui souffrent de démence. En raison du vieillissement général de la population, ce chiffre grimperait environ à 150 millions d’ici 2050. Dans deux tiers des cas, il s’agit de la maladie d’Alzheimer.
En Belgique, on estime à 200.000 le nombre de personnes souffrant d’une démence. Mais ce chiffre augmente aussi. Le risque de développer une démence au cours de sa vie est maintenant de 20%. Un risque qui s’accentue avec l’âge.
Des changements apportés à son mode de vie peuvent devenir très rapidement apparents. "Des études ont révélé que le fait d’arrêter de fumer réduit presque immédiatement de façon significative ce risque de démence, voire même le supprime entièrement".
"Certains pensent qu’il est trop tard après 40 ans pour prendre sa santé en main. C’est une idée fausse. Le contraire est vrai. C’est justement à ce moment-là qu’il est crucial de faire des choix plus sains et d’être conscient de l’impact que peut avoir son mode de vie. Il n’est jamais trop tard pour agir", conclut Jurn Verschraegen.

