Aller au contenu principal

Un programme d’accompagnement dans une clinique d'alcoologie pour mineurs à Anvers

Depuis son hospitalisation pour intoxication alcoolique, Noah* (17 ans) reçoit des conseils intensifs, afin de minimiser les risques de rechute. "Il était tellement ivre qu'il ne reconnaissait plus ses amis ni même nous", témoigne sa mère Hadewijch*. Ces conseils intensifs font partie d'un projet pilote au ZAS Augustinus à Wilrijk (Anvers). Pour l'instant, cette "clinique d'alcoologie pour mineurs " est financée en grande partie par les Pays-Bas, où le projet fonctionne avec succès depuis un certain temps.

Eric Steffens Belga
Publié:

Trois adolescents complètement ivres se retrouvent en moyenne chaque semaine aux urgences à Anvers après avoir généralement consommé plus de 10 verres d'alcool, rapporte lundi Het Laatste Nieuws, citant les constats d'une étude de l'UAntwerp.

Les chiffres avaient augmenté en 2019 puis baissé, sans doute en raison des confinements liés à la pandémie de coronavirus. Aujourd'hui, nous sommes revenus au même niveau, explique la chercheuse Hanna van Roozendaal.

L'âge médian de ces adolescents se retrouvant aux urgences est de 16,6 ans. Le plus jeune avait 11 ans. Leur promille est généralement très élevée, avec une médiane de 1,95. Cela représente près de 10 verres standard d'alcool au moment du test, mais il s'agit d'une sous-estimation. Il est possible qu'ils aient bu encore plus.

Il est crucial de commencer ce travail avec le jeune dès son réveil à l'hôpital

En Flandre, un projet pilote a récemment été mis en place au ZAS Augustinus à Wilrijk. Les jeunes qui sont amenés à l'hôpital après une consommation excessive d'alcool sont soignés et suivis. Lorsqu'ils se réveillent après un coma éthylique, ils ont immédiatement la possibilité de participer au programme d'aide. Huit adolescents suivent actuellement un tel trajet au ZAS Augustinus à Wilrijk. Les Pays-Bas comptent déjà 12 cliniques d'alcoologie de ce type.

Il est essentiel de commencer à travailler avec les jeunes dès la première heure après leur réveil", explique le professeur néerlandais Nico Van der Lely, qui a mis au point cette pratique aux Pays-Bas. "Ils sont sensibilisés à l'abus d'alcool par le biais de sites internet interactifs et lors d'un entretien avec un pédiatre. Ensuite, un psychologue pour enfants leur rend visite.

Ils sont ensuite contactés pour un entretien de suivi. "Nous impliquons également les parents dans le processus", précise Nico Van der Lely.

L'approche a fait ses preuves chez nos voisins. "Le taux de rechute est tombé quasiment à zéro, alors qu'avant les médecins revoyaient régulièrement les mêmes jeunes atterrir aux urgences pour ébriété", selon l'Université d'Anvers. 

"Il semble à présent gêné par ce qui est arrivé"

L'un de ces parents est Hadewijch. Son fils Noah, âgé de 17 ans, est aux prises avec l'alcool depuis plusieurs années. "En fait, sa consommation d'alcool a tout de suite mal tourné", explique Mme Hadewijch. "Lorsqu'il a commencé à sortir, à l'âge de 14 ou 15 ans, il s'est rendu compte qu'il était normal de boire de l'alcool, et depuis, il a du mal à se modérer. Lorsqu'il commence à boire, il a du mal à s'arrêter".

En 2022, Noah suivait déjà un traitement dans un autre centre, après quoi les choses se sont bien passées pendant un certain temps. "Ces dernières semaines, il a recommencé à boire beaucoup et à fumer de la marijuana", explique Mme Hadewijch. "Chaque fois qu'il rentrait ivre à la maison, je prenais des photos et je notais chaque incident dans un livret. Autrement, c'était sa parole contre la mienne à chaque fois".

Noah avait tellement bu qu'il ne savait plus qui il était, ni qui étaient ses amis.

Hadewijch, la mère de Noah

Il y a 6 semaines, les choses ont complètement mal tourné. "Il s'est rendu à un festival, mais dès 22 heures, ses amis m'ont appelé pour me dire qu'ils avaient prévenu les urgences", raconte Hadewijch. "Noah avait tellement bu qu'il ne savait plus qui il était, ni qui étaient ses amis".

Lorsque Mme Hadewijch et son mari sont arrivés sur les lieux, Noah ne reconnaissait plus non plus ses propres parents. "La police nous a rejoints, car Noah ne voulait pas aller à l'hôpital. Il était agressif et avait dû être attaché sur une civière. On lui a même mis une couche, et il s'est endormi tout de suite".

Le lendemain matin, ils se sont immédiatement inscrits à l'essai. "J'ai toujours eu l'impression que Noah minimisait sa consommation d'alcool et qu'il pensait que ce comportement était la norme", a témoigné Mme Hadewijch. "Il n'a jamais semblé le prendre très mal, mais après l'hospitalisation, il a pleuré. Il semble également gêné aujourd'hui. J'ai l'impression qu'il veut entreprendre quelque chose".

Les parents impliqués dans le processus

La semaine dernière ont eu lieu les premiers entretiens avec un pédiatre et un psychologue, pour toute la famille. Il est essentiel que les parents participent également au processus. "Ce n'est pas évident, car les parents ont parfois honte", explique Tine Maes, responsable du service de soins infirmiers de la zone de santé mentale du ZAS.

"Il arrive également que les parents minimisent l'admission de leur enfant intoxiqué par l'alcool aux urgences et qu'ils soient donc moins susceptibles d'entrer dans le parcours de postcure", ajoute Tine Maes. "Cela peut s'expliquer par le fait que notre société considère généralement que l'alcool ne peut pas faire beaucoup de mal et que tous les jeunes boivent un peu trop de temps en temps.

J'ai tout de suite senti que nous étions entre de bonnes mains.

Hadewijch, mère de Noah

Hadewijch n'a pas ressenti de honte, mais plutôt du soulagement. Soulagement parce que son fils a pu entrer dans le parcours et qu'il peut maintenant obtenir de l'aide.

"Lors des premiers entretiens, j'ai appris que ce n'était pas la première fois que la consommation d'alcool de Noah atteignait de telles proportions, mais que c'était la quatrième fois que cela lui arrivait", explique-t-elle. "J'ai eu l'impression que le médecin avait été très à l'écoute et qu'il avait posé les bonnes questions. J'ai tout de suite senti que nous étions entre de bonnes mains. Bientôt, on nous dira comment le processus va se poursuivre".

Financement depuis les Pays-Bas

Noah est l'un des deux patients qui viennent d'entrer dans le parcours. 3 autres adolescents sont en phase d'achèvement, et 3 autres ont terminé le parcours entre-temps. Lorsque 30 adolescents auront terminé le parcours, une évaluation suivra.

Le projet pilote est une initiative de l'hôpital Reinier De Graaf de Delft et de l'université d'Anvers. Il est actuellement financé en grande partie par des fonds néerlandais.

"Nous nous tournons vers le gouvernement fédéral pour le financement de la suite du projet", a déclaré M. Van der Lely. "Nous espérons à terme développer plusieurs cliniques d'alcoologie en Belgique, en suivant l'exemple du réseau que nous avons mis en place aux Pays-Bas.

*Hadewijch et *Noah sont des noms d'emprunt. Leurs vrais noms sont connus de la rédaction.

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5