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Qui était le "skieven architek" qui a transformé le visage de Bruxelles ?

D’un point de vue architectural, Bruxelles est un véritable musée à ciel ouvert et abrite des bâtiments de styles divers qui reflètent la riche histoire et l’évolution culturelle de la capitale. Des grands maîtres de l'architecture ont sculpté la silhouette de la ville telle que nous la connaissons aujourd'hui. Mais l'un d'entre eux a laissé une empreinte si forte qu'il est difficile de l'ignorer. Reste à savoir si cela l'a rendu populaire auprès de ses contemporains. L'église Sainte-Catherine, la Monnaie, la Colonne du Congrès, l'église Notre-Dame de Laeken et enfin le Palais de Justice... tous ces bâtiments ont été réalisés par un grand maître : Joseph Poelaert, surnommé le "skieven architek". Mais pourquoi lui a-t-on donné ce sobriquet ? C'est le sujet que nous propose de découvrir l’hebdomadaire BRUZZ dans sa rubrique Big City.

BRUZZ Eric Steffens
Publié:

Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.

Avec la révolution belge de 1830, Bruxelles devient la capitale d'un nouveau royaume et le centre d'une jeune nation. Bruxelles devient le symbole de la réussite du jeune Etat ce qui implique des travaux de modernisation et d’embellissement afin de permettre à la ville d’assumer dignement son rôle. Un besoin urgent d'architecture monumentale s'est fait sentir et Joseph Poelaert devient rapidement l'architecte de la Ville de Bruxelles. Dès ses premières commandes, il gagne la confiance du roi Léopold Ier, le roi bâtisseur.

Joseph Poelaert, l'architecte de la Ville de Bruxelles.

Joseph Poelaert (1817- 1879) qui avait fait une partie de ses études à Paris (chez Jean-Nicolas Huyot et Louis Visconti) n'hésitait pas à le montrer en mêlant dans ses projets différents styles tels que l'égyptien, le byzantin et le grec. Poelaert a ainsi réussi à ancrer l'architecture éclectique en Belgique.

Ainsi l’église Sainte-Catherine présente une architecture hybride, entre des formes gothiques et une décoration baroque. La colonne du Congrès, qui commémore le Congrès national de 1830 qui rédigea la Constitution belge, est une colonne de 47 mètres de haut qui contient des allégories sur la nation belge et qui est clairement influencée par la colonne romaine de Trajan.  

La Colonne du Congrès, clairement influencée par la colonne romaine de Trajan.

Le quartier du Bovendael

En 1860, Poelaert est nommé membre du jury du concours international d'architecture pour la construction d’un nouveau palais de justice. Après deux ans de discussions infructueuses entre les membres du jury, Poelaert présente finalement son propre projet de plus de 2 hectares et demi au sol. Le nouveau palais de justice devait être situé sur le Mont aux Potences (Galgenberg), un lieu symbolique où les criminels ont été pendus pendant des siècles. Cet édifice colossal constitue sans nulle doute le sommet de l'architecture éclectique du 19e siècle.

La réalisation du projet colossal de Poelaert nécessite un terrain de 4,63 hectares. Mais il y a un problème crucial : l’emplacement est constitué d’habitations du quartier populaire du Bovendael, qui fait partie des Marolles. Les habitants seront finalement expropriés et relogés dans le quartier du Chat à Uccle. Cette situation a provoqué de nombreux drames sociaux dans les familles des Marolles.

Le chantier colossal du Palais de Justice

Lors de la construction du Palais de Justice, Joseph Poelaert était entouré d'ingénieurs britanniques qui s'adressaient à leur patron avec le plus grand respect en l'appelant "Chief Architect". Lorsque les Marolliens, déplacé par les travaux, apprirent que le responsable de leur détresse était traité avec beaucoup d'estime, ce titre honorifique fut transformé avec rancœur en "skieven architek", (dans le dialecte bruxellois, on peut traduire cette expression par "architecte tordu"), une invective qui allait passer à la postérité dans les Marolles.

Le Palais de Justice de Poelaert fait désormais partie intégrante du paysage bruxellois. Et qui sait, peut-être qu'un jour nous pourrons contempler ce bâtiment colossal sans son sarcophage d'échafaudages. Mais une chose est sûre : Poelaert n'était pas l'architecte du peuple. Il voulait passer à la postérité, peu importe s’il fallait pour cela déposséder tous les habitants d’un quartier.

L'intérieur du Palais de Justice de Bruxelles.

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