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Le nom de code de l'opération - "Black Eagle" - renvoie à l'aigle noir à deux têtes qui figure sur le drapeau albanais

Dossier Black Eagle : 34 suspects d'un trafic international de drogue condamnés à Bruxelles

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé jeudi, au terme d'une journée entière de lecture de jugement, des peines de 9 ans de prison à l'encontre des deux principaux prévenus dans le dossier Black Eagle. Ils auraient gagné plus d’un million d’euros avec leurs activités criminelles. Cette affaire - liée au décryptage en 2021 par la police belge de la messagerie Sky ECC - renvoie à un vaste trafic de drogue entre l'Amérique du Sud et l'Europe. Le nom de code "Opération Black Eagle" renvoie à l’aigle à deux têtes qui figure sur le drapeau albanais.

Anne François Belga
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Trente-neuf personnes étaient poursuivies pour avoir fait partie d'une organisation criminelle active dans la confection et la vente de cocaïne, globalement entre 2018 et 2022. L’un des deux principaux prévenus a été condamné à neuf ans d'emprisonnement, à une amende de 8.000 euros et à une confiscation évaluée ex aequo et bono à 625.000 euros. L’autre principal prévenu a écopé de la même peine de prison et de la même amende, ainsi que d'une confiscation évaluée ex aequo et bono à 450.000 euros.

Le tribunal a également prononcé plusieurs peines de six ans de prison pour des prévenus faisant défaut, ainsi que plusieurs autres de cinq et quatre ans de prison, pour la plupart avec sursis partiel. Deux prévenus ont également été condamnés, l'un à trois ans de prison ferme et l'autre à 18 mois avec sursis. Enfin, deux prévenus écopent d'une peine de travail et cinq sont acquittés.

Pour déterminer les peines, le tribunal a tenu compte des éventuels aveux des prévenus et de leurs éventuels regrets, mais aussi de leurs antécédents judiciaires pour certains. Par ailleurs, outre les condamnations, le tribunal a prononcé des interdictions de fréquenter des infrastructures portuaires. Dans son jugement, le tribunal a relevé la "grave atteinte à l'ordre social" que les faits ont causé, mais aussi la circonstance qu'ils ont entravé le développement socio-économique de pays d'Amérique du Sud par la corruption, la violence et les cultures illégales.

Le tribunal a insisté sur le fait que les coupables ont également mené leurs activités en manipulant des substances chimiques au mépris total de l'environnement, mais aussi qu'ils ont participé à la recrudescence de la violence et au fléau de la drogue à l'échelle planétaire.

Des rôles précis assignés aux complices

Dans ce dossier, la procureure avait pointé deux Albanais (qui ont écopé des peines les plus lourdes) comme les dirigeants de l'organisation criminelle. Selon la magistrate, le premier était en contact avec des groupes mafieux italiens établis dans le Limbourg, mais aussi avec les dirigeants d'une autre organisation que la sienne, plus importante encore, basée à Majorque. Le second avait été arrêté en janvier 2020 en Espagne en possession de 440 kilos de cocaïne. Depuis la prison, tout d'abord à Barcelone puis dans la commune bruxelloise de Saint-Gilles, il avait tenté de mettre en place une nouvelle filière avec le Paraguay, avec l'aide d'un diplomate.

La procureure avait ensuite pointé trois prévenus comme des "preneurs de décision", qui sont intervenus notamment pour blanchir l'argent issu du trafic via des placements dans l'immobilier. Les deux chefs présumés avaient aussi fait appel à des hommes de main pour qu'ils agissent comme "observateurs". Le rôle de ceux-ci était de surveiller l'arrivée des bateaux aux ports d'Anvers et de Gand. Il y avait aussi des "extracteurs", qui se rendaient en canoë pneumatique et équipés de matériel de plongée vers les bateaux où se trouvaient les conteneurs ciblés. Autrement dit ceux qui renfermaient la marchandise, qu'il fallait récupérer avant le contrôle des douanes.

Les dirigeants de l’organisation ont aussi recruté des "chimistes", ou "cuistots", dont la plupart sont de nationalité colombienne. Leur tâche consistait à extraire la cocaïne des produits légaux importés et auxquels la drogue avait été savamment mélangée. Il y avait encore des "fournisseurs", qui se chargeaient notamment de trouver des entrepôts pour y installer les laboratoires de transformation de la drogue.

La procureure avait évalué l'avantage patrimonial tiré des infractions à une somme de 234 millions d'euros. Le tribunal a estimé que ce montant était plausible, mais il a choisi de prononcer des confiscations à l'encontre de chacun des prévenus coupables en fonction du rôle qu'ils ont exercé dans la hiérarchie du réseau.

Découverte dans la commune d’Evere

Cette enquête, qui avait reçu le nom de code Black Eagle - en référence à l’aigle bicéphale qui figure sur le drapeau albanais, puisque les principaux prévenus sont albanais - avait débuté en septembre 2020 lorsque la police découvrait, dans des boxes de garage à Evere (Bruxelles), une grande quantité d'acétone et un tonneau de liquide dans lequel avait été dilué l'équivalent de 600 kilos de cocaïne.

Selon les investigations, il s'agissait de laboratoires clandestins où de la cocaïne était extraite, par des procédés chimiques, de diverses substances légales comme des fruits, du ciment ou du charbon, importées par conteneurs depuis l'Amérique du Sud, via les ports d'Anvers et de Gand.

Le port d'Anvers

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