"Ne dites plus Pavillon chinois, mais Palais de la route de la soie": c'est le souhait exprimé par la baronne Diane Hennebert, l’une des responsables de l'association mise sur pied pour restaurer avec des fonds publics et privés puis exploiter l'édifice construit par l’architecte français Alexandre Marcel et inauguré à Laeken en 1913, à l'initiative du roi Léopold II. Ce bâtiment unique en Europe est fermé au public depuis 11 ans et en mauvais état (photo). "Il n’est pas trop tard pour le rénover, mais il est temps", estime Diane Hennebert, qui espère que les travaux seront terminés pour fin 2027.
Le Pavillon chinois de Laeken sera restauré avec des fonds privés : "C'est un vrai Palais, avec un énorme potentiel"
Comme la Tour japonaise (1904) - voisine elle aussi du Palais royal de Laeken -, le Pavillon chinois a été fermé au public 100 ans après son inauguration, en 2013, en raison de problèmes de stabilité et de sécurité. Ses façades, et en particulier celle qui est parallèle à l'avenue Van Praet, qui ne sont pas imbriquées dans la structure de l'édifice, ont tendance à bouger, en raison notamment du poids des éléments en bois qui constituent les terrasses. Depuis sa fermeture, l'édifice a aussi subi des infiltrations d'eau. Celles-ci ont entretemps été maîtrisées, mais une lente détérioration liée à l'inoccupation se poursuit. La dernière rénovation remonte au début des années 1990.
Depuis décembre 2019, le Pavillon chinois - tout comme la Tour Japonaise - est classé par la Région de Bruxelles-Capitale. Son jardin avait déjà été classé comme site en 1997. L’édifice reste néanmoins propriété de la Donation royale, une institution publique autonome créée par l'État pour gérer les biens légués par le roi Léopold II à la Belgique. Le Pavillon est géré par la Régie des bâtiments.
Mais peu avant les élections du 9 juin, le gouvernement fédéral donnait son feu vert à la création d'une association sans but lucratif (asbl) réunissant la Régie des bâtiments, le ministère des Affaires étrangères, ainsi que le secteur privé qui apportera des fonds sous la forme de mécénat. La gestion du Pavillon sera donc bientôt assumée par cette asbl, dont la baronne Diane Hennebert est l’une de initiatrices.
Un bâtiment féérique à la vocation muséale
C’est après avoir visité plusieurs fois le panorama du "Tour du Monde" (photo) à l’Exposition universelle de Paris en 1900 que le roi Léopold II demanda à Alexandre Marcel de lui construire un site architectural similaire à proximité de son château à Laeken. Ainsi, le Pavillon chinois et ses bâtiments annexes (un petit kiosque et la "Koetshuis", sorte de garage à carrosses), mais aussi la Tour japonaise furent érigés. La construction du Pavillon dura de 1903 à 1910.
Conçu à l’origine pour devenir un restaurant de luxe, le Pavillon n’a jamais été utilisé comme tel et fut ouvert au public dès octobre 1913. Il servit d’abord de cadre à une exposition permanente sur les produits importés d’Extrême-Orient. En 1921, il passa sous la tutelle du Département des Sciences et des Arts. Promu musée d’art, il fut alors géré par les Musées royaux d’Art et d’Histoire et proposa pendant des décennies une exposition d’art asiatique, jusqu’à sa fermeture pour raison de sécurité.
Malgré onze années d’inoccupation, plusieurs salles du Pavillon chinois ont encore conservé leur grandeur d’antan. On y trouve un mélange de styles, inspiré à la fois du 18e siècle et de l’Art nouveau, avec de nombreux éléments de décoration orientaux, des peintures hautes en couleurs au plafond et des textiles précieux aux murs.
Palais de la route de la soie
La nouvelle affectation du Pavillon chinois sera déclinée sur le thème général des routes de la soie qui ont marqué depuis l'Antiquité les échanges entre l'Orient et l'Occident. Les influences du monument à Laeken ne sont en effet pas exclusivement chinoises. Il y en a d'inspiration japonaise et khmer rouge. "Ne dites plus Pavillon chinois, mais Palais de la route de la soie", suggère Diane Hennebert.
Concrètement, il devrait y avoir des activités culturelles et touristiques publiques en journée, mais aussi des objectifs diplomatiques et des relations amicales entre des entreprises belges et asiatiques. L'annexe du pavillon pourra devenir un lieu de rendez-vous et d'événements exclusifs (conférences, réunions, dîners ou cocktails, notamment) consacré aux relations belgo-chinoises et asiatiques.
D’après la baronne Diane Hennebert - connue notamment pour avoir dirigé le centre Wallonie-Bruxelles de Paris, avoir dirigé l'Atomium au moment de sa grande restauration, mais aussi veillé à la rénovation de la Villa Empain à Bruxelles - "il n'est pas trop tard, mais il est temps". Lors d'une visite récente sur place avec la presse, en présence notamment du Secrétaire d'Etat à la Régie des Bâtiments Mathieu Michel, Diane Hennebert a fait part de son "rêve": un réaménagement du Pavillon d'ici la fin de l'année 2027, à l'occasion des 80 ans de relations diplomatiques entre la Belgique et la Chine.
Les travaux de rénovation sont estimés à quelque 6 millions d'euros. Qu’il faudra trouver partiellement auprès du secteur privé. "Ce n’est pas beaucoup comparé aux 20 millions d’euros que nous avons rassemblés pour la rénovation de la Villa Empain ou aux 30 millions d’euros récoltés pour la rénovation de l’Atomium", confiait Diane Hennebert à VRT NWS.
"Un énorme potentiel"
L’un des membres fondateurs de la nouvelle asbl qui gèrera le Pavillon chinois est l’ancien diplomate Piet Steel, qui a travaillé de longues années dans des pays asiatiques. Il estime que le Pavillon peut jeter des ponts entre l’Europe et l’Asie, avec toutes sortes d’activités et des rencontres internationales. Comme ce fut le cas au temps de Léopold II, lorsque Bruxelles était le centre de l’Europe, avec des ambitions allant jusqu’en Chine. On songe aux rails de tram et de train qui furent posées en Chine par le Belge Edouard Empain.
"C’est un bâtiment avec un énorme potentiel, que nous voulons explorer ces prochaines années. Il s’agit d’un nouveau départ, avec la collaboration du secteur privé. Ceci pourrait peut-être servir de modèle pour d’autres bâtiments publics", suggérait Piet Steel. Pour la Tour japonaise (photo), par exemple, qui demeure fermée au public.

