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Les funérailles de Puccini à Bruxelles, fin novembre 1924

La Monnaie présente l'opéra "Turandot", près de 100 ans après le décès du compositeur Puccini à Bruxelles

C’est ce vendredi 14 juin qu’avait lieu à La Monnaie à Bruxelles la Première d’une nouvelle production de l’opéra "Turandot" du compositeur italien Giacomo Puccini (1858-1924) dans une mise en scène du régisseur flamand Christophe Coppens. Un événement puisque cet opéra laissé inachevé par Puccini n’est pas souvent monté à la scène en Belgique. Puccini décédait le 29 novembre 1924 à Bruxelles, à l’âge de 65 ans, alors qu’il tentait de terminer "Turandot". Mais que faisait ce compositeur, considéré comme l’un des plus grands de la fin du 19e et du début du 20e siècles, à Bruxelles en 1924 ?

Anne François
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Cela fait 43 ans que l’opéra "Turandot" n’avait plus été présenté à La Monnaie à Bruxelles. Cette œuvre de Giacomo Puccini contient pourtant l’un des airs les plus connus de l’histoire de l’opéra, "Nessun dorma", rendu immortel notamment dans l’interprétation du ténor italien Luciano Pavarotti (audio ci-dessous).

Puccini travaillait justement à la composition de "Turandot" en 1924 lorsqu’il s’installa temporairement à Bruxelles, pour des raisons médicales. Un cancer de la gorge aigu lui avait été diagnostiqué, il en souffrait physiquement et moralement, et voulait tenter à Bruxelles un traitement expérimental au radium.

L’Italien issu d’une famille où cinq générations de musiciens se sont succédées était à l’époque l’un des compositeurs les plus connus au monde. Le public d’adulait. Ses opéras, comme 'La Bohème', 'Tosca' et 'Madame Butterfly', étaient joués sur toutes les scènes occidentales.

A Bruxelles pour tenter de guérir

A l’automne 1924, Puccini déménageait avec son fils Antonio à Bruxelles et s’installait dans une somptueuse maison dont la façade ressemblait à un palais italien, située au 294 Avenue du Roi, tout près du Botanique. L’endroit est encore connu aujourd’hui comme l’Hôtel Puccini. La décoration d’origine y serait encore partiellement conservée, avec un escalier monumental et des lustres.

Puccini séjourna essentiellement incognito à Bruxelles. Un article du 18 novembre 1924 dans le quotidien Le Soir, annonçant sa présence dans la capitale, était d’abord démenti par l’ambassadeur d’Italie. A cette époque, le compositeur aurait aussi assisté à une représentation de son propre opéra "Madame Butterfly" à La Monnaie. Sa maladie avancée l’aurait cependant contraint à quitter la salle avant la fin de la représentation.

Puccini alors qu'il était au sommet de sa carrière

Le traitement expérimental avec lequel Puccini voulait tenter de guérir son cancer de la gorge n’était dispensé en 1924 qu’à deux endroits en Europe : Berlin et Bruxelles. Il opta pour l’expérience du Docteur Leroux à Ixelles, un spécialiste réputé à l’époque.

Le quotidien Le Soir, qui fut le premier à révéler la présence de Puccini dans la capitale, publia aussi le 21 novembre une interview avec le compositeur, quelques jours avant son décès. Il y décrit ouvertement le traitement qu’il doit suivre. “Je connaissais du reste Bruxelles, et je l’aimais. Mais vous pensez comme je l’aimerai quand j’y aurai recouvré la santé", déclarait Giacomo Puccini dans cet entretien.

Une opération déterminante du larynx eut lieu le 24 novembre 1924. Puccini était préparé au pire, comme en témoignent des lettres adressées à des collègues. L’intervention se déroula d’abord comme prévu, mais les complications qui apparurent le lendemain furent fatales au compositeur. Il décéda d’une crise cardiaque le 29 novembre à 11h30, dans la clinique privée du docteur Leroux, située Avenue de la Couronne à Ixelles.

L’institut chirurgical a entretemps été remplacé par un complexe à appartements. On y trouve néanmoins une plaque commémorative avec ces mots : "Giacomo Puccini est décédé ici le 29 novembre 1924".

Après les funérailles à Bruxelles, un carrosse amena le cercueil à la Gare Centrale, d'où il fut envoyé à Milan, en Italie

Une foule aux funérailles à Schaerbeek

Les funérailles de Puccini furent célébrées à l’église royale Sainte-Marie de Schaerbeek, à moins de 300 mètres du "palais urbain" où le compositeur s’était installé avec son fils. Des obsèques nationales furent célébrées et la procession fut filmée pour être montrée dans les salles de cinéma européennes (vidéo ci-dessous). La mort et les funérailles de Puccini à Bruxelles firent le Une des quotidiens de l’époque.

Le célèbre chef d’orchestre Arturo Toscanini fit jouer une marche funèbre extraite de l’opéra "Edgar" de Puccini pendant les funérailles, alors que des milliers de personnes rassemblées le long du parcours tentaient d’apercevoir brièvement le cercueil qui était transporté en carrosse à travers la ville.

Après la cérémonie nationale qui se termina par un salut d’honneur devant la gare de Bruxelles-Central, le cercueil avec la dépouille du compositeur fut envoyé par train à Milan, où il était temporairement inhumé dans le caveau de famille d’Arturo Toscanini. Antonio Puccini fit entretemps construire une chapelle dans la villa de son père, à Torre del Lago, où la dépouille fut réinhumée à l’occasion du deuxième anniversaire de son décès. La villa est aujourd’hui un musée dédié à la mémoire du compositeur. En son hommage, le village s’appelle depuis 1938 Torre del Lago Puccini.

Giacomo Puccini aurait eu 66 ans trois semaines après son décès. Son opéra "Turandot” resta inachevé à Bruxelles. Le compositeur italien Franco Alfano le complèta en écrivant un dernier duo et la scène finale. C’est cette version que La Monnaie présente actuellement à Bruxelles, dans la mise en scène, les décors et costumes du Belge Christophe Coppens . Ce dernier situe sa version de l’opéra dans le Hong Kong contemporain, où une famille richissime est gangrenée par le pouvoir, l’argent et la violence.

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