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5 constats après les élections de dimanche : la N-VA séduit les plus riches, le PVDA les plus malheureux

Certaines communes sont plus favorables à certains partis qu'à d'autres. Ainsi, la N-VA et Groen obtiennent de meilleurs résultats dans les communes où les gens ont les revenus les plus élevés. Le Vlaams Belang obtient de bons résultats dans les communes où vivent de nombreuses personnes peu diplômées. Enfin, le PVDA est le plus fort dans les communes qui comptent de nombreux chômeurs et d'habitants qui ne se sentent pas heureux. Les caractéristiques socio-économiques et démographiques des communes peuvent aider à comprendre le résultat des élections.

Victor Van Driessche Eric Steffens
Publié:

Sur le plan géographique, les tendances sont claires. En Flandre occidentale, la N-VA et le Vlaams Belang gagnent du terrain sur le CD&V. Vooruit et Groen obtiennent de bons résultats principalement dans les villes centrales plus riches telles que Gand et Louvain. Le PVDA, réussi une percée dans la ville d'Anvers et dans les anciennes villes minières du Limbourg. Quant à l'Open VLD, il perd presque partout.

C'est du moins ce que l'on constate en premier lieu en examinant les résultats des élections au niveau des communes flamandes. Mais si l'on fait un zoom, plusieurs corrélations frappantes apparaissent entre le comportement électoral et le profil des habitants de ces communes.

1. Plus les revenus des habitants sont élevés, plus la N-VA et Groen obtiennent de bons résultats

La N-VA se porte bien presque partout et reste le plus grand parti de Flandre, même après ces élections. Au niveau fédéral, 1 Flamand sur 4 vote pour ce parti. Des recherches plus approfondies devront révéler le profil exact de ces électeurs. Mais ce qui est déjà frappant, c'est que, comme lors des élections précédentes, la N-VA obtient de meilleurs résultats dans les communes où les habitants gagnent le plus en moyenne.

Il s'agit notamment de communes anversoises telles que Schilde, Hove, Edegem et Brasschaat. Dans chacune de ces communes, plus de 4 habitants sur 10 votent pour la N-VA.

Il est important de noter que même dans les 20 % de communes où le revenu moyen est le plus bas, plus d'un cinquième des habitants votent pour le parti de Bart De Wever. En outre, le graphique ne dit rien de l'évolution dans le temps.

"Les Verts tiraillés entre deux situations"

Mais il semble évident qu'il existe un lien. Et cela vaut encore plus pour Groen. Bien qu'en tant que parti de gauche, il s'oppose catégoriquement à la limitation des allocations de chômage et parie sur une augmentation des impôts sur les grosses fortunes, il obtient lui aussi de meilleurs résultats dans les communes où les revenus sont les plus élevés.

"Nous constatons que Groen est tiraillé entre deux situations dans son programme", souligne le politologue Robin Devroe (UGent). "D'une part, il y a les opinions socioculturelles et écologiques progressistes, qui lui permettent de toucher un public plus éduqué, dont les revenus sont généralement plus élevés. D'autre part, au niveau socio-économique, ils essaient également de se rapprocher des personnes à faible revenu."

"Le problème c’est qu'il y a peu de chevauchement entre les deux, et que ces points de vue ne sont pas toujours conciliables. Leurs plans climatiques ont un certain coût. On leur reproche souvent de ne pas être réalisables pour de nombreuses personnes à faibles revenus". D'autres partis, tel que le PVDA, réussit donc mieux à attirer les électeurs dans ce groupe.

2. Le PVDA obtient ses meilleurs résultats dans les communes où habitent le plus de chômeurs

Le PVDA est l'un des gagnants des élections. Le parti d’extrême gauche a franchi le seuil électoral dans toutes les provinces flamandes, augmentant ainsi considérablement son nombre de sièges. Cela signifie que l'électorat du parti s'est agrandi.

Mais ce qui est frappant lorsque l'on se penche sur les chiffres, c'est que le PVDA obtient ses meilleurs résultats dans les communes où le nombre de chômeurs est le plus élevé. C'est surtout dans les communes où le taux de chômage est le plus élevé que les habitants votent en plus grand nombre pour le PVDA.

"Les personnes qui se trouvent dans une situation économique difficile se tournent traditionnellement vers les partis qui défendent davantage leurs droits", explique le politologue Dieter Stiers (KU Leuven). "Limiter le chômage dans le temps était l'une des priorités de cette campagne. Le PVDA s'y oppose catégoriquement, ce qui lui permettra de trouver un écho favorable auprès de ce groupe".

Boom, Borsbeek, Maasmechelen et Machelen

Les localités où le PVDA a obtenu des résultats favorables sont principalement des villes anversoises et limbourgeoises où vivent de nombreux chômeurs, comme Boom, Borsbeek et Maasmechelen. Dans chacune de ces communes, le PVDA a obtenu 1 voix sur 6. Même dans le centre de Genk, où le taux de chômage se rapproche des 10 %, près d'un habitant sur cinq vote pour le PVDA. Et puis il y a Machelen, dans la périphérie flamande autour de Bruxelles, avec un taux de chômage de 8,1 %. Dans cette ville, 21,8 % des électeurs ont voté pour le PVDA.

Le fait que ces villes comptent un grand nombre d'électeurs issus de l'immigration n'est peut-être pas une coïncidence, explique Robin Devroe. "Nous savons que le taux de chômage reste élevé parmi les électeurs issus de l'immigration.

Et le PVDA les cible spécifiquement avec un certain nombre de prises de positions. Il suffit de penser à leurs opinions pro-palestiniennes ou à leur opposition à l'interdiction de l'abattage sans étourdissement. Cela pourrait également être une explication (indirecte) de ces chiffres", ajoute Robin Devroe.

3. Le Vlaams Belang obtient ses meilleurs résultats dans les communes où le taux de personnes diplômées est bas et Groen dans les communes où ce taux est élevé

Le Vlaams Belang obtient de bons résultats dans toute la Flandre. Dans 3 provinces sur 5, il est le premier parti. Plus d'un Flamand sur cinq a voté pour le parti d’être-droite. On ne peut donc certainement pas réduire l'électorat du Vlaams Belang aux personnes peu diplômées.

Néanmoins, il est frappant de constater qu'il existe une corrélation avec le niveau d'études : dans les communes où le nombre de personnes ayant suivi un parcours scolaire court est plus élevé, les chances du Vlaams Belang d'obtenir de bons résultats sont nettement plus grandes.

Ainsi, les communes où le Vlaams Belang dépasse la barre des 30 % s'avèrent souvent être des communes où vivent davantage de personnes peu diplômées. Pensez, par exemple, aux communes rurales de Flandre occidentale telles que Ichtegem, Houthulst, Moorslede et Langemark-Poelkapelle.

Des solutions simples ?

C'est une corrélation que nous observons également dans d'autres pays", explique Dieter Stiers. "Il y a plusieurs raisons à cela. L'une des explications possibles est que les personnes exerçant des professions pour lesquelles aucun diplôme spécifique n'est exigé sont plus susceptibles de se sentir menacées par la migration de la main-d'œuvre. Ils accordent également plus d'importance à la sécurité économique qu'à la politique climatique, par exemple. C'est ainsi que l'on se retrouve rapidement proche d’un parti comme le Vlaams Belang.

"Pour les personnes peu qualifiées, il est souvent plus difficile de suivre la politique de près", ajoute Robin Devroe. La politique suscite peu d’intérêt ou ces personnes n’ont ni le temps ni les moyens de la comprendre. Et si un parti radical propose des solutions simples, comme le Vlaams Belang, il est facile d'y adhérer.

Groen obtient de bons résultats chez les personnes très diplômées

Nous constatons une relation inverse avec les Verts. Les communes comptant un grand nombre de personnes possédant de nombreux diplômes ont également tendance à enregistrer des scores plus élevés pour ce parti.

Il s'agit notamment des communes situées autour de Louvain, telles que Oud-Heverlee, Herent et Bierbeek. Dans chacune de ces communes, plus de la moitié des habitants sont des travailleurs qualifiés. À chaque fois, Groen obtient un score nettement supérieur à 10 %, alors que le parti reste bloqué à 7,5 % dans l'ensemble de la Flandre.

4. Moins il y a de personnes issues de l'immigration, plus les habitants votent pour le Vlaams Belang.

C'est ce que l'on avait déjà constaté lors des élections précédentes : Le Vlaams Belang n'obtient pas ses meilleurs résultats dans les communes où la pression migratoire est forte. Si une commune compte moins de personnes d'origine immigrée, les chances du Vlaams Belang d'y obtenir un bon score augmentent.

C'est le cas, par exemple, des communes rurales que nous avons mentionnées précédemment, comme Ichtegem, Houthulst, Moorslede et Vleteren, toutes des communes où pratiquement aucun électeur issu de l'immigration ne vit. Dans chacune de ces communes, près d'un habitant sur trois a voté pour le Vlaams Belang.

Toutefois, cette règle ne s’applique pas partout : à Denderleeuw, un habitant sur quatre est d'origine non-européenne, mais le Vlaams Belang obtient là aussi plus de 30 % des voix.

Les personnes qui sont moins en contact avec la diversité ont moins d'expériences avec elle et commencent à se baser davantage sur ce qu'elles entendent à ce sujet", estime Dieter Stiers. "Un parti comme le Vlaams Belang, qui met fortement l'accent sur ces questions, joue un rôle à cet égard.

5. C'est dans les communes où les habitants sont les moins heureux que le PVDA obtient les meilleurs résultats

Enfin, un dernier constat assez étonnant : dans les communes où les habitants sont les moins heureux, le PVDA obtient de bien meilleurs résultats. Cela se remarque lorsqu'on examine le niveau de bonheur dans les communes flamandes, mesuré dans le Gemeente-Stadsmonitor 2023 (Moniteur des communes 2023) . Les personnes interrogées ont été invitées à dire dans quelle mesure elles se sentaient (mal)heureuses, sur une échelle allant de 0 (très malheureux) à 10 (très heureux).

"La question est de savoir qui sont ces personnes", explique Dieter Stiers. "Nous savons que de nombreuses personnes ne votent pas seulement pour un programme, mais surtout contre les partis au pouvoir. Les personnes qui ne sont pas satisfaites des politiques actuelles peuvent alors rapidement se retrouver dans les partis radicaux tels que le Vlaams Belang et le PVDA".

Or, l'analyse des chiffres montre qu'il n'y a pas de corrélation entre les communes où les gens se sentent plus ou moins malheureux et les scores du Vlaams Belang.

"C'est frappant", déclare M. Stiers. "Je ne vois pas d'explication immédiate à cela.

"Le Gemeente-Stadmonitor n'est pas une enquête politique. La question est donc de savoir à quoi pensent les gens lorsqu'ils répondent à la question de savoir s'ils se sentent heureux. Nous savons qu'il s'agit souvent de questions économiques. Au moment de l'enquête de l'année dernière, nous étions encore en période d'inflation élevée, ce qui explique peut-être pourquoi ces personnes sont plus susceptibles d'adhérer à un parti travailliste comme le PVDA. Mais ce n'est que de la spéculation".

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