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Soeur Jules-Marie Heymans, pionnière des soins infirmiers en Belgique, obtient une rue à son nom à Louvain

Le 25 mai dernier, une rue de Louvain (Brabant flamand) a reçu le nom de Jules-Marie Heymans. Une plaque commémorative a également été posée à l'école d'infirmières qu'elle avait co-fondée, connue sous le nom d' "Ecole de Sœur Jules-Marie". Qui était cette sœur, qui a joué un rôle si important dans la professionnalisation des soins infirmiers en Belgique ? Notre collègue Kristien Bonneure (VRT) a interviewé Luc De Munck, auteur de sa biographie.

Kristien Bonneure Eric Steffens
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"Jules-Marie Heymans, Sœur de la Charité, peut être considérée comme la pionnière des soins infirmiers au XXe siècle en Belgique", affirme Luc De Munck. L’historien est spécialisé dans l'histoire des soins infirmiers et a déjà publié un livre sur les infirmières belges pendant la Première Guerre mondiale. "Jules-Marie Heymans a réussi à élever la profession d'infirmier à un niveau supérieur", explique-t-il.

L'école de Sœur Jules-Marie a constitué un tournant.

Luc De Munck, historien et biographe de Soeur Jules-Marie.

"Lorsqu'elle a obtenu son diplôme en 1917, il n'existait pratiquement aucune formation d'infirmière en Belgique et la profession n'avait que peu de prestige. Cinquante ans plus tard, lorsqu'elle s'est retiré de la vie active, il était possible d'obtenir un diplôme universitaire en tant qu'infirmière, et les infirmières étaient sur le point de voir leur pratique légalement protégée par leur propre statut".

Une évolution remarquable, à laquelle Sœur Jules-Marie a apporté une contribution décisive. L'école des infirmières monitrices de Louvain, connue sous le nom de "l'Ecole de Sœur Jules-Marie", a constitué une étape importante. Elle a joué un rôle de premier plan dans la professionnalisation des soins de santé catholiques.

"Le fait qu'il y ait aujourd'hui des infirmières spécialisées au niveau de la maîtrise et des infirmières cliniciennes au niveau du doctorat n'est qu'une lointaine conséquence de l'engagement de Sœur Jules-Marie en faveur d'un enseignement de haute qualité".

Un frère lauréat du prix Nobel et un père recteur d'université

Maria Heymans, qui deviendra plus tard sœur Jules-Marie, est née à Gand le 3 juillet 1897. Elle grandit dans un milieu d’intellectuels. Son père, Jan Frans Heymans, a été le premier professeur de pharmacologie à l'université de Gand, avant d'en devenir le recteur. Ses frères aînés Corneel et Paul sont devenus professeurs comme leur père.

Corneel Heymans a obtenu le prix Nobel de physiologie et de médecine en 1938. Il a notamment découvert l'existence de récepteurs dans les artères et les sinus, qui jouent un rôle crucial dans la régulation de la respiration, de la pression artérielle et du rythme cardiaque. D'ailleurs, plusieurs rues ont déjà été baptisées du nom de Corneel Heymans, notamment à Gand et à Ostende. Quant à son autre frère Paul Heymans, il a été brièvement ministre des Affaires économiques, des Classes moyennes et de l'Agriculture juste avant la Seconde Guerre mondiale.

(Universiteitsarchief KU Leuven)

"Mes fils et ma fille doivent pouvoir aller à l'université"

Maria Heymans a d'abord obtenu un diplôme d'infirmière chez les Sœurs de la Charité. Sur les conseils de son père, elle commence ensuite des études de médecine à l'Université de Gand. "Son père estimait que non seulement ses fils, mais aussi sa fille, devaient pouvoir aller à l'université. "C'était plutôt progressiste pour l'époque", déclare Luc de Munck.

Entre-temps, elle avait prononcé ses vœux à la Congrégation des Sœurs de la Charité de Jésus et de Marie et devient Soeur Jules-Marie Heymans. Son père s'y était d'abord opposé, mais il a fini par céder à condition qu'elle puisse poursuivre ses études par la suite. "C'était également dans l'intérêt de sa congrégation, car elle pouvait alors être affectée à des tâches d'enseignement ou de gestion après ses études universitaires", explique-t-il. Un élément crucial pour comprendre la suite de sa carrière et son rôle de leader".

L'une des trois premières femmes médecins en Belgique

En 1923, elle poursuit ses études de médecine à l'Université catholique de Louvain et en 1926, Sœur Jules-Marie obtient son diplôme, avec la grande distinction, devenant ainsi l'une des trois premières femmes médecins et la première religieuse à terminer ses études de médecine à l'université de Louvain.

Mais elle n’a exercé ni comme infirmière ni comme médecin. "À l'époque, on ne demandait pas aux sœurs quelles étaient leurs préférences. La congrégation leur confiait une tâche. Elle a été nommée directrice de l'hôpital Saint-Vincent et de l'école d'infirmières rattachée à la congrégation à Gand".

Sœur Jules-Marie avec des étudiantes de l'école d'infirmières de Gand (Erfgoedhuis Zusters van Liefde)

L'école de Sœur Jules-Marie

Ce n'est qu'à ce moment-là que l'œuvre de sa vie prend tout son sens. Sœur Jules-Marie devient directrice d'un nouvel enseignement supérieur complémentaire pour les infirmières catholiques à Louvain, qui a vu le jour à la demande des évêques belges.

L'école normale universitaire pour infirmières-monitrices ouvre ses portes en octobre 1939. Elle propose non seulement des cours spécifiques à la profession d'infirmière, mais aussi des cours généraux, scientifiques et pédagogiques. Sœur Jules-Marie a donné plusieurs cours dans les sections néerlandophone et francophone.

Des élèves de l'école de Sœur Jules-Marie (Erfgoedhuis Zusters van Liefde)

376 étudiantes ont suivi le cours supérieur d'infirmière, dont plus des deux tiers étaient des religieuses. Les sœurs provenaient de 51 ordres monastiques différents. La plupart des étudiants avaient entre 26 et 32 ans, ce qui indique qu'ils avaient déjà plusieurs années d'expérience professionnelle.

Trente-huit étudiantes en soins infirmiers venues de l'étranger sont également venues étudier à Louvain. "La bonne réputation de l'école et le fait qu'elle soit encore unique en son genre ont assuré sa pérennité". 

Une école modèle au niveau académique

Après 25 ans, en 1964, l'université de Louvain a décidé d'intégrer l'école de Sœur Jules-Marie au Centre des sciences hospitalières. Cela a permis de délivrer des diplômes universitaires aux infirmières diplômées A1.

Le recteur a qualifié cette décision de récompense et de couronnement des années de dévouement de Sœur Jules-Marie. "En 25 ans, son école est devenue une école modèle au niveau académique, même si elle n'était pas une école universitaire au sens propre du terme pendant toutes ces années".

En 1964, à l'occasion du 25ème anniversaire de la création de l'Ecole supérieure de Monitrices, en honneur à cette pionnière du développement des soins de santé, est créé le Prix Très Révérende Soeur Dr Jules-Marie Heymans, attribué tout les deux ans préférentiellement à une infirmière qui s'est particulièrement distinguée par la promotion des soins infirmiers.

Sœur Jules-Marie restera une bénévole active jusqu'en 1985 ; elle est décédée l'année suivante.

"Bien qu'elle n'ait jamais été active en tant qu'infirmière elle-même, elle a réussi à élever la profession d'infirmière à un niveau supérieur", explique Luc De Munck. "On peut donc en conclure qu'elle a été la pionnière des soins infirmiers en Belgique au XXe siècle. Le nom de rue qu'elle a reçu à Louvain, la plaque commémorative apposée à son école et le livre sur sa vie et son œuvre contribueront, je l'espère, à faire en sorte que ce rôle de pionnière ne soit pas oublié",  ajoute Luc De Munck.

Le livre de Luc De Munck paru en néerlandais s'intitule "Altijd de eerste. Zuster Jules-Marie Heymans (1897-1986). Pionier van de verpleegkunde in België'", il est publié aux éditions De Boekenmaker à Lubbeek.

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