Un groupe d'experts, dirigé par l'infectiologue Erika Vlieghe (hôpital universitaire d’Anvers), a élaboré des recommandations pour la mise en place d'un plan national de lutte contre le sepsis, à la demande du ministre fédéral de la Santé publique Frank Vandenbroucke. Parmi les recommandations clés figurent la formation des prestataires de soins à la reconnaissance et au traitement précoce de la maladie, l'utilisation de systèmes d'alerte pour détecter le sepsis et la mise en place d'équipes d'intervention rapide dans les hôpitaux. La démarche a sans aucun doute été accélérée par la réalisation, fin 2023, d’un reportage de l’émission Pano (VRT) sur le sepsis. Erika Vlieghe (qui a réalisé sa thèse des doctorat sur le sepsis) était l’un des experts interviewés pour ce reportage.
Un reportage de Pano sur le sepsis mène à un plan national pour lutter contre ce "tueur horrible"
Le sepsis - appelé autrefois "septicémie" - a fait l'objet d'une attention particulière à la fin de l'année dernière après le reportage de l'émission "Pano" diffusé par la VRT. Il s'agit d'une réaction extrême du corps et de son système immunitaire à une infection, qui peut entraîner dans le pire des cas la mort mais aussi la perte d’organes ou des amputations. Bien que peu connue du grand public, cette maladie fait des milliers de victimes chaque année en Belgique. Des chiffres exacts n’existant pas encore, on estime que plus de 40.000 personnes par an font un sepsis en Belgique et que plus de 7.000 d’entre elles y laissent la vie, indiquait le reportage de Pano.
Des patients, médecins urgentistes et les réanimateurs avaient déjà appelé à la mise en place d'un plan d'action national. Le ministre Frank Vandenbroucke, qui a qualifié le sepsis de "tueur horrible", a donc chargé Erika Vlieghe de réunir un groupe de travail composé d'experts dans le domaine. Leur mission: élaborer un ensemble de recommandations pour lutter efficacement contre cette maladie.
Sensibiliser les soignants et le public
Le plan propose notamment de sensibiliser le grand public via la création d'une fondation nationale sur le sepsis et la mise en place de campagnes. La prévention des infections, notamment par la vaccination, est considérée comme essentielle, tout comme le renforcement de l'accès aux soins de santé pour toutes et tous, en accordant une attention particulière aux personnes les plus vulnérables.
Le plan préconise également la généralisation de systèmes d'alerte pour détecter plus rapidement le sepsis. La mise en place d'équipes d'intervention rapide dans les hôpitaux est également recommandée, tout comme la présence permanente d'équipes spécialisées en soins intensifs.
La professeure Erika Vlieghe attire l'attention sur le fait que le sepsis passe souvent inaperçu. "L'évolution peut être très rapide et les symptômes sont insidieux", explique-t-elle. "Il est primordial de commencer par sensibiliser le public à reconnaître le sepsis. C'est particulièrement important pour les personnes à risque, telles que les diabétiques, les patients atteints de cancer, les personnes immunodéprimées et les personnes âgées."
Quels sont les symptômes ?
Parmi les symptômes, on peut citer une fièvre élevée ou au contraire très basse, des frissons, des vertiges, une sensation de faiblesse et une confusion, le souffle court, un rythme cardiaque accéléré, mais aussi des douleurs extrêmes ou des taches violettes ou bleues qui apparaissent sur la peau.
D'après l'infectiologue flamande, les outils de détection précoce du sepsis sont déjà à la disposition des professionnels de santé, mais leur utilisation reste souvent problématique pour les médecins généralistes et dans les maisons de repos. "Nous devons évidemment éviter l'écueil inverse, qui serait de submerger les médecins généralistes. Il est essentiel de trouver le juste équilibre."
L'avis a été élaboré à partir des travaux de sept groupes de travail, couvrant différents aspects tels que la prévention, la détection, le traitement et l'utilisation des antibiotiques. Une première version de l'avis était présentée ce vendredi lors d'un congrès à Ostende. Le groupe de travail a sollicité l'expertise de spécialistes externes, tant en Belgique qu'au niveau international, pour obtenir un retour sur le rapport. Une deuxième version sera publiée prochainement.

