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L’Etat belge entre-t-il au capital d’Umicore pour freiner les convoitises françaises ?

L’Etat belge, par l'intermédiaire de la SFPIM, la société fédérale de participations et d'investissement, a acquis une participation de 5 % dans le groupe Umicore, acteur mondial de la technologie des matériaux. Cet investissement a un objectif clair, selon les experts : maintenir la nouvelle usine de recyclage de batteries d'Umicore au niveau national.

Eric Steffens Stefan Grommen
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L’Etat belge est rapidement devenu le quatrième actionnaire d'Umicore (anciennement Union minière jusqu'en 2001). Début mai, la part de la Société fédérale de participations et d'investissements (SFPIM), la société d'investissement du gouvernement fédéral, s'élevait déjà à plus de 3 %, et peu de temps après, cette participation atteint même 5 %.

Cet investissement pourrait potentiellement jouer un rôle dans la décision d’Umicore concernant le lieu d’emplacement de sa nouvelle usine de recyclage des batteries.

Le groupe Umicore dispose de 4 sites en Belgique : Bruges, Bruxelles, Hoboken et Olen.

Ce serait problématique pour une entreprise très belge comme Umicore de construire sa nouvelle usine juste de l'autre côté de la frontière, en France.

Herman Matthijs, professeur de finances publiques à la VUB et à l'UGent

Interrogé ce mardi dans l’émission De Ochtend sur Radio 1 (VRT), Herman Matthijs, professeur de finances publiques à la VUB et à l'UGent, estime que c’est une manière pour la Belgique d’empêcher qu’Umicore n’installe sa nouvelle usine de l’autre côté de la frontière. "Ces dernières années, le gouvernement français d’Emmanuel Macron a installé beaucoup d'entreprises de batteries dans la région de Dunkerque. Renault, entre autres, y est installé. La France déploie beaucoup d’efforts pour que cette entreprise s'installe là-bas."

Notre pays veut y mettre un frein. "Ce serait problématique pour une entreprise très belge comme Umicore de construire une nouvelle usine juste de l'autre côté de la frontière, en France. Cela aura joué dans la décision, en tant qu'actionnaire principal, de peser sur le choix de l'emplacement de l'usine".

Aide de l'État français

La politique française vise explicitement à donner un coup de pouce industriel à la région de Dunkerque et des Hauts-de-France. "Par le biais d'aides d'État - directes et indirectes : aides à l'environnement, subventions, garanties de crédit - Paris tente d'attirer les entreprises de batteries dans la région", explique encore Herman Matthijs.

"Ce n'est pas surprenant : les Français mènent une politique économique de colbertisme depuis des siècles. Le gouvernement tente donc, directement ou indirectement, de garder la main sur les grandes entreprises et de les maintenir dans le pays. Il est donc difficile pour un pays comme la Belgique d'être compétitif. D'autant plus que chez nous, les réformes de l'État ont réparti les pouvoirs en matière économique entre le gouvernement fédéral et les Régions."

Le fait que la Commission européenne ait lâché la bride concernant les règles relatives aux aides d'État ces dernières années n'aide pas non plus, observe Herman Matthijs. "C'est le résultat des crises que nous avons connues : la crise financière, mais aussi la pandémie. Par conséquent, les gens ont commencé à interpréter ces règles de manière plus large.

Un timing remarquable

L'investissement a lieu juste avant les élections, ce qui est évidemment remarquable, estime Herman Matthijs. "Le parlement ne peut pas faire grand-chose car il est dissous. Aucune question ne peut être posée".

Selon lui, le gouvernement fédéral veut avant tout éviter le scénario d'Umicore annonçant juste avant les élections la construction de son usine à Dunkerque. "Et ce serait bien sûr une aubaine pour le gouvernement fédéral si l'on pouvait annoncer avant les élections que l'usine sera implantée à Hoboken ou à Zeebrugge".

Indépendamment de la discussion sur l'emplacement de l'usine d'Umicore et du calendrier, Herman Matthijs ne pense pas nécessairement que l'investissement dans l'entreprise soit une mauvaise chose. "À long terme, ce n'est certainement pas un mauvais choix. Umicore est très active dans le domaine des nouveaux matériaux et du recyclage des batteries. C'est certainement l'avenir, car l'Europe veut aussi que nous roulions en grande partie à l'électricité".

"La participation dans l'entreprise a également été achetée à un prix d'action relativement bas. Conclusion : "Il y a de bien pires investissements".

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