Mustii, le candidat belge au concours Eurovision de la chanson, n'a pas été retenu jeudi soir pour accéder à la finale de la compétition musicale. Il défendait le titre "Before the party's over" au cours de la deuxième demi-finale organisée à Malmö en Suède, mais son interprétation n’aura pas suffisamment convaincu. Israël, dont la participation au concours est très controversée, s’est par contre qualifié. Des manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu jeudi dans les rues de Malmö, mais également devant les entrées de la VRT et la RTBF à Bruxelles. Les syndicats de la VRT ont brièvement interrompu la diffusion du début de la deuxième demi-finale, ce jeudi soir, pour une action de protestation. Un message de soutien au peuple palestinien est passé à l'antenne, réitéré après la diffusion de la soirée.
Le Belge Mustii n'accède pas à la finale de l'Eurovision de la chanson, à Malmö
Choisis sur base des votes du public, les candidats lettons, autrichiens, néerlandais, norvégiens, israéliens, grecs, estoniens, suisse, géorgiens et arméniens accèdent à la finale de l’Eurovision de la chanson 2024 qui aura lieu samedi à Malmö. Ils rejoignent les candidats envoyés par la Serbie, le Portugal, la Slovénie, l'Ukraine, la Lituanie, la Finlande, Chypre, la Croatie, l'Irlande et le Luxembourg, qui ont déjà été sélectionnés lors de la première demi-finale mardi. Six pays sont qualifiés d'office en finale: la Suède, détentrice du titre, et les "big five" - Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni - c’est-à-dire les plus gros contributeurs à l'organisation du concours.
La participation au concours de la chanteuse israélienne Eden Golan, interprétant le titre "Hurricane", a été contestée dans le contexte de la guerre opposant Israël au Hamas à Gaza, avec à travers l'Europe plusieurs pétitions réclamant l'exclusion du pays. Le Belge Mustii a d'ailleurs aussi porté un message politique lors de sa prestation à Malmö (bien que le règlement du concours l’interdise). Des lettres noires formant le mot "Peace" (paix, en français) étaient visibles sur ses bras (photo). Peu avant, le chanteur suédois Éric Saade, dont le père est d'origine palestinienne, portait aussi un keffieh autour du bras.
Des milliers de personnes ont défilé jeudi dans les rues de Malmö pour protester de façon paisible contre la participation d'Israël à l'Eurovision. Selon la police, entre 10.000 et 12.000 personnes étaient rassemblées dans l'après-midi. En début de soirée, une cinquantaine de manifestants pro-Palestiniens se sont retrouvés devant la Malmö Arena, où a lieu le concours, mais ont été déplacés par de très nombreux policiers. Des contestataires se sont aussi réunis à l'Eurovision village, où la demi-finale à laquelle concourait Israël était retransmise sur grand écran.
Protestation devant la VRT et la RTBF
En Belgique, quelque 70 personnes - selon les organisateurs - ont manifesté jeudi soir à Bruxelles devant l'entrée principale des radio-télévisions publiques flamande VRT et francophone RTBF. Convoquée par les mouvements pro-palestinien BDS Bruxelles (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) et de solidarité internationale Intal, notamment, l'action critiquait la diffusion par les chaînes publiques belges de l'événement auquel participe Israël.
Certains militants dénonçaient une "complicité de génocide", alors que le gouvernement de Benjamin Netanyahu a lancé une offensive dans la bande de Gaza pour "anéantir" le Hamas. Le mouvement islamiste au pouvoir dans l'enclave palestinienne a perpétré des attentats sans précédent sur le sol israélien le 7 octobre. Plus de 1.170 personnes sont mortes, majoritairement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes. La riposte de l'armée israélienne a coûté la vie jusqu'à présent à 34.904 personnes, selon un décompte du Hamas.
Les manifestants soulignaient notamment que la Russie avait été exclue du concours en 2022 après l'invasion de l'Ukraine. Selon Florian Gillard, du mouvement bruxellois BDS, plusieurs organisations de défense des droits humains ont contacté la VRT et la RTBF pour leur demander d'annuler la diffusion, mais les deux chaînes ont refusé. Les organisations avaient également contacté Mustii.
Action syndicale à l’antenne de la VRT
Les syndicats de la VRT ont brièvement interrompu la diffusion du début de la deuxième demi-finale du concours pour une action de protestation. Un message condamnant la violence perpétrée par l’armée israélienne dans la Bande de Gaza et réclamant un cessez-le-feu immédiat est passé à l'antenne. Il est repassé après la diffusion de la seconde demi-finale.
"Ceci est une action syndicale. Nous condamnons les violations des droits de l'homme par l'État d'Israël. En outre, l'État d'Israël détruit la liberté de la presse. C'est pourquoi nous interrompons un instant la diffusion. #CeaseFireNow #StopGenocideNow", pouvait-on lire sur fond noir.
Le syndicat ACOD-VRT défend l'action. "Cela fait des mois que nous observons avec horreur les événements au Moyen-Orient. Nous sommes convaincus que l'État d'Israël est en train de commettre un génocide et il est donc scandaleux qu'il y ait un candidat israélien au concours Eurovision de la chanson." "Ne rien faire, se contenter de regarder, ce n'est plus une option", ajoutait l'organisation syndicale.
"L'UER - l'Union européenne de radio-télévision, organisatrice de l'événement - a malheureusement rendu possible la participation israélienne et nous avons donc décidé d'interrompre la diffusion. Nous espérons envoyer un signal au gouvernement israélien pour qu'il cesse les combats et les massacres, autorise les observateurs internationaux et la presse à entrer à Gaza et s'assoie pour une solution négociée." La diffusion a redémarré normalement après l'action syndicale.
Les syndicats de la VRT n’excluent pas une nouvelle action pendant la diffusion de la finale de l’Eurovision, qui aura lieu samedi soir. Le porte-parole de la VRT souligne que la direction avait été prévenue de l’action syndicale. "Les syndicats ont le droit de mener une action, sans autorisation préalable".
L’action a été remarquée notamment par l’agence de presse turque Anadolu Ajansi, le quotidien irlandais Irish Mirror et le quotidien espagnol El Diario, et la pancarte diffusée par les syndicats a été partagée sur les réseaux sociaux. Selon le quotidien The Times of Israel, le radiodiffuseur israélien KAN aurait demandé à l’EBU une explication de ce qui s’est passé à la télévision belge.
La coupole flamande des organisations juives condamne
La coupole flamande des organisations juives a protesté ce vendredi "avec force" contre l'action syndicale menée à la VRT durant la deuxième demi-finale du concours Eurovision. Le Forum der Joodse Organisaties (FJO) juge le message de soutien au peuple palestinien diffusé à l'antenne "condamnable et inconvenant".
"Non seulement les syndicats transforment un programme de divertissement en plateforme d'endoctrinement et d'action politique, mais en plus le texte brille sur l'écran par sa partialité absolue", dénonce la coupole. Le forum ajoute qu'aucune mention n'a été faite de l'attaque sanglante perpétrée par le Hamas début octobre. La coupole flamande récuse par ailleurs l'accusation selon laquelle l'État d'Israël bafoue la liberté de la presse. "Israël dispose de la presse la plus libre de tout le Moyen-Orient", avance-t-elle. Mais "en tant que pays en guerre, il a le devoir de fixer des limites à l'incitation et à la propagation de la haine, afin de protéger ses citoyens".
