L'Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT) va devenir le régulateur européen de la messagerie Telegram. C’est ce que révèle le quotidien De Standaard ce lundi. L’information a été confirmée à VRT NWS. L'application est dans le viseur de la Commission européenne depuis l'introduction de son règlement sur les services numériques (DSA).
En Europe, la messagerie Telegram sera placée sous surveillance belge
Développée en 2013 par les frères russes Nikolaj et Pavel Doerov, la messagerie Telegram revendique entre 700 et 900 millions utilisateurs dans le monde. En Europe, elle aurait 41 millions d’utilisateurs. Contrairement à d’autres réseaux sociaux, l'application ne modère que très peu ses contenus et est connue pour ne pas beaucoup coopérer avec les autorités. Elle serait le terrain d’action privilégié de l’extrême-droite, de trafiquants de stupéfiants et de groupes terroristes.
"La force de Telegram est qu’on peut y être actif de façon anonyme", explique Tim Verheyden, expert en médias sociaux à VRT NWS. "Des groupes sur Telegram peuvent inclure jusqu’à 200.000 personnes. Nous connaissons ce réseau social depuis la montée du groupe terroriste Etat islamique, qui l’a utilisé pour diffuser des messages extrémistes. On trouve sur Telegram des contenus très diversifiés, comme par exemple aussi des groupes qui dénoncent en publiant des photos nues de jeunes filles, ou des messages de trafiquants de drogues", précise Verheyden.
En vertu du Digital Service Act (DSA) - un ensemble de règles européennes qui doivent permettre aux Etats membres de mieux contrôler le contenu des réseaux sociaux et protéger les utilisateurs - , la messagerie dont le siège se trouve à Dubai se fait représenter en Europe par la société bruxelloise EDSR. C'est pourquoi il revient à l'IBPT de faire figure d'autorité pour Telegram.
L’IBPT complètement compétent que dans quelques semaines
Si l’application ne respecte pas les règles, l’IBPT pourra lui imposer une sanction. Des personnes privées et instances européennes peuvent signaler à l’IBPT d’éventuels contenus illégaux circulant sur Telegram. Il se pourrait donc que l’Institut belge ait bientôt un grand nombre de plaintes à traiter. "Je suis curieux de voir si ce sera le cas", précise Tim Verheyden. "Telegram est injoignable depuis des années, me rapporte aussi la police. Si l’on veut demander quelque chose à la messagerie ou intervenir, il est très difficile d’entrer en contact. Les journalistes ne parviennent pas non plus à avoir quelqu’un en ligne pour d’éventuelles questions".
L'Institut attend encore sa désignation officielle de sa mission de surveillance, qui doit arriver "dans quelques jours avec une publication au Moniteur", selon le porte-parole Jimmy Smedts. Pour ce faire, les parlements fédéral, flamand, francophone et germanophone doivent encore ratifier un accord de coopération.
