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Julia Nobis, l'un des modèles avec lesquels Vanderperre a longtemps collaboré (photo de 2015).

Le MoMu d’Anvers présente l’exposition Willy Vanderperre, le photographe de mode fasciné par la jeunesse

Le MoMu, le Musée de la Mode d'Anvers , présente pour la première fois une exposition entièrement consacrée au travail d'un photographe de mode : le belge Willy Vanderperre. Il a notamment réalisé des campagnes pour son ami, le créateur Raf Simons et pour des marques prestigieuses telles que Calvin Klein, Dior et Prada. Willy Vanderperre a commencé sa carrière il y a 30 ans, mais cette expo ne se veut pas rétrospective.

Ellen Maerevoet Eric Steffens
Publié:

Willy Vanderperre est au milieu de sa carrière, comme l’explique Kaat Debo, la directrice du MoMu. Cette expo n’est pas un parcours chronologique mais une profusion d'images. Il y a donc beaucoup à découvrir.

Romy Cockx, la commissaire décrit l'exposition comme "30 ans d'émotion et de rébellion, capturés par un regard acéré". Un regard qui ne cesse de surprendre, car Vanderperre s'efforce de rendre son travail toujours innovant, l'image suivante étant plus forte que la précédente.

Vanderperre a commencé des études à l’Académie de mode d’Anvers en 1989, mais a abandonné rapidement pour se tourner vers la photographie. C'est à l'Académie qu'il rencontre, fin 1989, son compagnon Olivier Rizzo, avec lequel il forme encore aujourd'hui une équipe artistique.

Le photographe est surtout connu pour son travail pour le créateur belge et son grand ami Raf Simons. D'abord pour la propre marque de Simons, il crée ensuite des images de campagne pour les principales maisons de mode pour lesquelles Simons travaille, telles que Jill Sander, Calvin Klein, Dior et Prada.

Chloé, Robbie, i-D Magazine, #206, 2001, modèles : Chloé Winkel, Robbie Snelders

Une obsession pour la jeunesse

La collaboration organique avec Olivier Rizzo et Raf Simons est au cœur de cette exposition. Ils partagent une passion commune, que l'on peut qualifier d'obsession, pour la jeunesse et les sous-cultures. "Ils sont l'avenir. La façon dont vous vous exprimez, ce que vous faites, tout cela trouve son origine dans l'adolescence", affirme Willy Vanderperre. "Outre l'incertitude liée à la recherche de son identité, il n'y a pas de période où l'on est plus sûr de ce que l'on ne veut surtout pas être". Selon lui, : "La jeunesse est la forme la plus pure dans la vie d’un être humain".

L'exposition commence par un long couloir où sont exposés des portraits de mannequins qui ont souvent posé pour Vanderperre au fil des ans. "C'est un hommage à des gens comme Clément (Charbernaud) et Julia (Nobis)", explique Vanderperre. "Ce sont des adolescents que j'ai vus grandir devant mon appareil photo. Je veux les remercier pour l'inspiration qu'ils m'ont donnée. Ils sont donc représentés dans leur forme la plus pure, sans maquillage, sans vêtements".

Julia Nobis, sans maquillage (2017) et avec maquillage (2015)

L'espace d'exposition du MoMu est beaucoup plus grand cette fois-ci. Vous y verrez des photographies (à la fois des portraits et des images plus cinématographiques) dans tous les formats possibles, accrochées de différentes manières sur des murs noirs.

Certaines photographies sont encadrées, d'autres accrochées comme des posters, d'autres encore déposées sur le sol. Outre les photographies de Vanderperre, on trouve également des œuvres d'artistes qui l'ont inspiré et auxquels il se réfère (Lucas Cranach l'Ancien, Ashley Bickerton, Philippe Vandenbergh).

L'éclairage est également particulier. Alors que les vêtements exposés au Musée de la Mode ne supportent qu'un éclairage limité, cette fois il a été possible d'aller plus loin. L'exposition utilise même des lampes fluorescentes. Et en combinaison avec les photographies de Vanderperre, cela fonctionne. 

Vanderperre a voulu que les lumières fluorescentes restituent "l'atmosphère plus industrielle" des années 1980.

Le début : Mickey Mouse

Au centre du premier grand espace se trouve une photo datant de 1999 qui a tout déclenché pour Vanderperre.

Robbie Snelders était habillé par le styliste Olivier Rizzo pour Raf Simons avec une chemise Mickey Mouse, mais le maquilleur Peter Philips avait décidé de dessiner un Mickey Mouse sur son visage. Rizzo et Vanderperre ont immédiatement vu que cela fonctionnait et la série de photos impromptues a été envoyée à V Magazine, le plus grand magazine de mode de New York.

Robbie, V, #o, 1999, modèle: Robbie Snelders

"Cette photo n'a finalement jamais été publiée, mais elle a rapidement pris une vie propre", explique Vanderperre. "À une époque où les images n'étaient pas immédiatement diffusées sur internet, Instagram n'existait pas non plus.

Néanmoins, c'est devenu le début de la carrière internationale de Vanderperre et de Rizzo, avec une série impressionnante de prises de vue pour de grands magazines internationaux tels que Another Magazine, Dust, i-D, Perfect, Vogue et W Magazine.

Vanderperre confronte son travail des premières années avec des travaux plus récents. Ainsi, en face est accrochée une photographie de l'artiste Rinus Van de Velde en tant que modèle. Il a posé pour une campagne de Dior Homme il y a quelques années. Il s'agit de l'une des nombreuses collaborations de Vanderperre avec l'un des autres grands noms de la mode belge : Kris Van Assche.

Vanderperre fait dialoguer ses photographies entre elles par la manière dont elles sont accrochées

De la techno à Depeche Mode

Vanderperre a conçu lui-même l'exposition et donne un aperçu personnel de ses diverses passions et sources d'inspiration. Il a sélectionné plusieurs objets d’art qui dialoguent avec ses photos, des pièces qui l’ont inspiré tout au long de l’évolution continue de son univers. Par exemple, un T-shirt du Club 55 de Kuurne (où il a découvert la techno à l'âge de 17 ans) porte l'inscription "Protect me from what I want" ("Protégez-moi de ce que je veux").

Cette phrase a été projetée par l'artiste Jenny Holzer sur Times Square à New York, au début des années 1980 et peut être interprétée comme un réquisitoire contre le consumérisme sans fin. "En l'accrochant comme cela, on la met sur un pied d'égalité avec l'art".

Les photographies montrant des mannequins portant des tenues de Blanche-Neige sont également remarquables. "J'ai toujours trouvé que la fluidité des genres (où le genre d'une personne est fluide et oscille entre féminin et masculin) était un thème important", explique-t-il. Son penchant pour les films d'horreur est également mis en avant. "Citez-moi l'un des pires films et je l'ai probablement déjà vu", dit-il en riant.

Daan, Dust, #16, 2020, Daan Duez

Un peu plus loin, un portrait de Dave Gahan de Depeche Mode, un intense jeu d'ombres et de lumières. "C'est vraiment mon idole. Le travail en studio suit toujours le même rituel. Mise en place de la lumière. L'arrivée des modèles. Et puis toujours du Depeche Mode. Mon équipe le sait. "

D'ailleurs, il y a tout un mur de célébrités qui "fascinent et inspirent" Vanderperre. Pour n'en citer que quelques-unes : les actrices Tilda Swinton et Michelle Williams, l'artiste Yoko Ono, le leader des Arctic Monkeys Alex Turner.

Espace vidéo et éthique de travail de Vanderperre

Une partie distincte de l'exposition est l’espace vidéo dans lequel on passe en revue une compilation de 25 minutes de tous les travaux commerciaux de Vanderperre (pour de grandes maisons de couture, entre autres). Ce passage se fait de manière interchangeable, sur différents écrans. Avec un téléscripteur d'actualités surmonté d'un texte. Celui-ci est rédigé par Jelle Van Riet, journaliste à De Standaard, et est lu par l'acteur Tijmen Govaerts.

"Je voulais une sorte d'ambiance Times Square (la célèbre place de New York remplie de grandes publicités lumineuses, ndlr)", explique Willy Vanderperre. "Une abondance d'images et d'informations."

Romy Cockx, commissaire de l'exposition, estime que l'espace témoigne surtout de "l'énorme éthique de travail" de Vanderperre. Celle-ci est d'ailleurs littéralement exprimée dans le texte : "Nous (mes collaborateurs, les modèles et moi-même) nous devons de toujours faire une meilleure image que celle que nous avons faite jusqu'à présent".

En d'autres termes, il s'agit de toujours rechercher quelque chose de nouveau et de meilleur. L'image finale capture ce qui est important pour Vanderperre, même s'il s'agit d'une photo prise pendant la période du Covid. Dans une pièce blanche au sol en bois où la lumière du jour pénètre, il y a une chaise vide habillée d'un T-shirt sur lequel on peut lire " Protect me from what I want", (Protège-moi de ce que je veux), une invitation à au moins autant de clichés supplémentaires dans la seconde moitié de sa carrière.

Dans le sillage de son obsession pour la jeunesse et les sous-cultures, Willy Vanderperre a par ailleurs élaboré un programme parallèle à l’exposition, composé de films, de musique et du lancement d’une série limitée "d’objets à collectionner" vendus sous forme de drops dans l’espace d’introduction. Le produit des ventes sera en partie reversé à Çavaria , l'association flamande de défense des personnes LGBTI+. Çavaria s'engage pour le bien-être, l'égalité des droits et l'égalité des chances des personnes LGBT, transgenres et intersexuées.

L’exposition va de pair avec la parution de l'ouvrage WILLY VANDERPERRE prints, films, a rave and more... publié par Lannoo.  

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