La N-VA souhaite qu'une prison soit construite au Kosovo afin d’accueillir les personnes sans-papiers arrêtées en Belgique. Le député Theo Francken fait cette déclaration au quotidien Het Nieuwsblad. Il s'inspire de l’exemple danois, un pays qui coopère déjà avec le Kosovo. Mais est-ce bien réaliste ? Une criminologue interrogée par la VRT tempère les espoirs de la N-VA.
La N-VA propose de construire une prison belge au Kosovo pour les détenus sans-papiers, mais est-ce bien réaliste ?
Envoyer des sans-papiers condamnés à une peine de prison dans un autre pays pour y purger leur peine, selon le député Theo Francken (N-VA), cette une idée s'inscrit parfaitement dans le cadre du gel de l'asile que son parti et lui préconisent depuis longtemps.
Lors d'un récent voyage dans les Balkans, son idée s'est concrétisée : et si la Belgique faisait construire une prison au Kosovo, comme le fait le Danemark ? Pour faire face à la surpopulation carcérale, le Danemark verse 210 millions d'euros au Kosovo sur 10 ans pour accueillir quelque 300 détenus qui résidaient illégalement au Danemark.
La proposition de Theo Francken figure dans le programme électoral de la N-VA. Il y voit également la solution pour alléger le problème de nos prisons. Le personnel pénitentiaire belge en grève serait ravi de l'entendre, mais dans quelle mesure cette idée est-elle réalisable ?
"Même si la prison existe, les détenus n’y sont pas encore"
An-Sofie Vanhouche, professeur de criminologie à la VUB, tempère les espoirs. Surtout si l'on compare avec le Danemark, où l'idée n'est pas encore tout à fait d'actualité. "La prison elle-même a déjà été construite. Pourtant, beaucoup de choses doivent encore être réglées et beaucoup de choses restent floues", déduit Mme Vanhouche des conversations qu'elle a eues avec ses collègues danois pas plus tard qu'en février.
S’il est assez facile de construire un bâtiment, mais pas de transférer des personnes au Kosovo. "Les détenus refusent d’être transférés dans un autre pays. Et ce n'est pas parce qu'ils ont été condamnés qu'ils ne conservent pas leurs droits".
Et c'est là que le bât blesse, car la qualité des prisons doit être égale à celle du Danemark. Les droits de l'homme peuvent-ils continuer à être garantis dans les prisons du Kosovo ? "C'est le premier problème pour le Danemark. De nombreux experts juridiques estiment que ce n'est pas faisable".
Le Kosovo demeure assez réticent
Bien que cette garantie de qualité des prisons soit inscrite dans l'accord conclu entre les deux pays, il est très difficile de la vérifier. En effet, le Kosovo n'appartient pas à l'Union européenne et n'est même pas reconnu comme un État indépendant par cinq pays de l'UE.
Et même si le Kosovo a accepté certaines conditions, il n'en demeure pas moins que ce pays fait preuve d'une certaine réticence. "Il est certain qu'en ce qui concerne les personnes qui ont commis certains crimes, ils ne sont pas très enthousiastes".
Mais finalement qui est responsable des détenus ? "Le Danemark, parce qu'il s'agit de personnes condamnées au Danemark et qui doivent y purger leur peine. La question de savoir comment cela fonctionne pour les détenus d'un autre territoire reste entière".
"Ce n'es pas une proposition réaliste pour la Belgique"
Le Danemark cherche une solution depuis 2016, mais de nombreux problèmes subsistent. "Il s'agit clairement d'un projet à long terme et même dans ce cas, il n'est pas certain qu'il aboutisse. C'est aussi pourquoi il ne s'agit pas du tout d'une proposition réaliste pour la Belgique", affirme An-Sofie Vanhouche.
"Il y a beaucoup plus de problèmes que ce que l'on pensait au départ, donc ce n'est certainement pas une solution aussi réaliste que le propose la N-VA."
